L’esprit du haïku : Brian Tasker (G.B.)

 » Les trois cents ans écoulés depuis la mort de Bashô ont vu le haïku se développer et changer de bien des manières. Peut-être la chose la plus improbable qui est arrivée a été son arrivée et son développement à l’occident. Je suis sûr que Bashô serait à la fois content et amusé que le médium poétique qu’il aimait ait pris racine si fortement en dehors du Japon. L’esprit ou élément universel du haïku ne connaît certes pas de frontières, et où qu’il y a langage il peut y avoir haïku. A cause des différences de langues variées, la forme physique dépendra des conditions locales.

Mais, comme nous l’avons vu, le haïku échappe à la définition. Cependant son esprit reste constant aussi longtemps que nous demeurons constants avec lui. Cela implique une responsabilité; une responsabilité pour assurer que l’esprit n’est pas submergé par nos personnalités occidentales. Tristement, le résultat a été qu’au lieu de nous questionner nous-mêmes et nos attitudes, nous avons mis en question le haïku. Il y a une forte résistance à accepter l’influence du zen, comme si c’était l’entacher de quelque dogme religieux. Le zen est simplement une école directe du bouddhisme; et le bouddhisme est simplement un chemin vers la vérité de notre existence à travers les vérités de notre existence. Le bouddhisme ne revendique aucun monopole de la vérité et, dans ce sens, il n’opprime personne. Aucun autre chemin spirituel n’est aussi direct que le zen, et c’est un fait que sans le zen, le Japon serait un endroit très différent. Il est convenu que les haïkus concernent la vérité des choses, telles qu’elles sont. Accepter ce fait demande que nous mettions en suspens, au moins temporairement, nos personnalités et nos égos, nos sympathies et nos antipathies.

Je ressens que le haïku occidental va vers son déclin  avant même de s’être correctement épanoui. Je ressens que ce déclin continuera jusqu’à ce que nous soyons persuadés qu’un instant de haïku remet en question toutes nos présomptions sur nous mêmes et sur notre manière de voir les choses. Un instant de haïku, un instant de talité réelle, et nous pourrons voir que la vérité est la même pour nous tous et qu’en fait, il n’y a pas besoin de rejeter quoi que ce soit. »

: Brian Tasker (G.B.) p. 246, de « Round the Pond », une anthologie (bilingue) compilée par Ion Codrescu à l’occasion du tricentenaire du décès de Matsuo Bashô. (Roumanie, 1994.)

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