Senryu – Vie quotidienne… – 81-89)

Chapitre XXI : Vie quotidienne et domestique.

Submergée d’amour (pour son enfant)
elle appelle les danseurs comiques ambulants
pour la première fois

: Au Nouvel An, des hommes, parés de costumes anciens, dansent, chantent et font des acrobaties devant les demeures des gens.

Un spectacle affligeant :
se protégeant de la pluie
sous les fleurs de cerisiers

Pour le pauvre, il y a
la belle lune,
les fleurs qui s’épanouissent

Quand on s’y habitue,
la pauvreté aussi
possède la lune et les fleurs
(: Jisshi)

Quand la voix de l’évangéliste
ne suffit pas,
il étale les bras
(: Chôzaburô)

un rickshaw vide :
va-t-il l’emprunter ?
Non, il demande son chemin
(: Goken)

Au garçon
qui court après lui
il renvoie la balle
(: Chiryû)

Le lion est endormi,
les écoliers le regardent
tristement
(: Kohagi)

Une souris sur l’autel domestique –
la deuxième femme
saute en l’air

: La deuxième femme craint l’esprit vengeur de la première qui est enchâssé sur l’autel domestique.

Ne lit jamais la bible,
mais incomparable
à chanter les hymnes
(: Suna-no-ya)

Voyageant en deuxième classe :
nous n’avons rien en commun
avec nos co-voyageurs
(: Kimpyô)

Faisant si grand cas
de sa femme :
un spectacle pénible !

Si l’épouse la réprimande,
c’est qu’elle est
une bonne belle-mère

Incapable de retirer le clou
avec les pinces
il l’enfonce avec
(: Kuratu)

Quand deux bicyclettes
arrivent au même niveau,
toutes deux accélèrent
(Jifû)

S’aidant mutuellement
du fond de leur pauvreté :
voilà la vraie touche humaine
(: Nokôrô)

Sortant le chien :
c’est drôle de voir le nombre de chiens
que vous rencontrez !
(: Sôshi)

Le télégraphiste
dirige sa lampe de poche
sur le chien qui lui aboie dessus
(: Sanshôshi)

: Le proverbe dit qu’un homme qui se noie s’agrippe à une paille.

L’appareil photo
qui prend la girafe
doit reculer encore et encore
(: Kanevo)

Quand nous avons beaucoup d’argent
chacun a l’air
d’un pick-pocket
(: Hôhei)

Une foule –
et une foule
qui ne sait pas de quoi il retourne
(: Chinchikurin)

Les voleurs font
de la soupe de gâteaux de riz
avec les gâteaux de riz volés
(: Kenkabô)

La jeune fille charmante –
on peut compter aussi sa mère
au nombre de ses admirateurs

Une route enneigée –
faisant d’un chien noir
une lanterne

: Sur le paysage blanc le chien noir agit comme une lanterne dans une nuit sombre.

S’asseyant sur la véranda
de sa propre maison :
quelle chaleur !

: Quand nous allons chez quelqu’un d’autre, nous oublions la chaleur. Mais à la maison, rien ne nous « excite » et on ressent cet ennui comme de la chaleur, une chaleur supplémentaire.

Il ne meurt pas
et je ne peux pas le tuer,
ce vieux bougre !
(: Isôrô)

Vous pouvez toujours les gronder,
les enfants aiment
les sandales trop grandes pour eux
(: Anon.)

Une posture officielle
de courbettes :
cinquante ans
(: Isôrô)

Plutôt que des moustiques qui piquent,
se séparant de la moustiquaire
qui ne pique pas

: La mettant en gage…

Le parasite
quand il y a une souris
fait du bruit comme un chat
(: Shittarô)

Une averse soudaine :
Jizô regarde
nonchalamment
(: Anon.)

La lampe rampe
le long du sol :
quelque chose est tombé sur la route
(: Kojirô)

Son visage quand il sourit
encore plus que quand il pleure :
l’enfant abandonné

: Pathétique.

Comme si elle marchait
dans les mailles d’un filet
les voeux de Nouvel An de la mariée

: Son kimono est si étroit.

Le jour de l’aération d’été,
retournant à l’époque
des guerres civiles
(: Dainogon)

: Après la saison des pluies, on sort les objets de valeur pour les faire sécher au soleil. Dont des armures, des épées, …

Sur le banc pour prendre le frais
deux sont restés –
les moustiques les dévorent
(: Kurerô)

Le serviteur, à l’admiration de la neige :
« – Quelle sorte de blague
est-ce ? »

: Les senryûistes critiquent l’admiration-de-la-neige, qui leur semble un plaisir douteux et prétentieux. Le pauvre hère qui doit accompagner son maître l’injurie pour son manque de naturel et sa folie

Frappé par la pelle à neige
le fils pare
avec son parapluie

: Le fils ayant découché, le père le châtie…

Dans le quartier des servantes,
en tourmentant une
qui est trop jolie
(: Gorohachi)

Quand elle délivre un message
la servante
remue du fessier

: Elle est callipyge.

Dans le quartier des domestiques
ils se rassemblent tous
autour de celle qui s’est fait gronder
(: Shôgabukô)

Le père de la nourrice
caresse l’enfant
avec les mains d’un gratteur de dos

L’adversaire de son mari
au go
blesse la vue de la femme

: Ils restent tous deux à jouer tard dans la nuit – jusqu’au petit matin – , et, en bonne épouse japonaise, elle ne peut pas aller se coucher.

Le deuxième fils
mange énormément
et joue de la flûte
(: Santarô)

: Le deuxième fils d’un homme riche, qui n’a pas d’éducation, ni de travail, ni de responsabilités.

Le chas de l’aiguille :
à chaque fois elle demande
à son petit enfant

On ne peut pas trouver l’aiguille :
le mari aussi
se lève
(: Hachibô)

Emménagement –
l’enfant des voisins
déjà dans le jardin
(: Kômu)

L’enfant ne pleure pas
quand il s’écorche
à la fête
(: Amembô)

L’enfant au bain
ramasse
un macaroni
(: Sôryû)

: L’eau bouillie pour le bain d’été, en extérieur, l’a été dans une grande casserole qui a servi précédemment à faire cuire des pâtes. (Notre vie, apparemment si civilisée et hygiénique, est une mixture de manger, laver, vivre, mourir.)

L’attrapeur de mouches
scrute
tout autour de la pièce
(: Sanshirô)

La vendeuse
prend le parti de l’enfant
enjôleur
(: Jôzen)

: Un vendeur resterait neutre ; une femme, non.

Perdant son travail –
la sirène retentit
pour les autres travailleurs
(: Tôminshi)

« Allons maintenant, que tout le monde cherche ! »
le père
a perdu quelque chose
(: Kôseki)

Si brutalement
on poussa ma vie
dans le bus
(: Bakusen)

Il regarde le visage endormi
comme si c’était une pendule
arrêtée
(: Saihô)

Pas d’enfants –
regardant une photo de la mer,
le vieux couple
(: Deirei)

Pleine lune claire :
pas d’amour, pas de poésie,
je me gargarise

Trompée,
je pèle un kaki,
longtemps, longtemps

: La pelure rouge, fine et continue du fruit symbolise sa trahison.

L’enterrement :
un fou rire
de la cuisine
(: Fûryû)

S’habituant
à vivre chichement,
son dos arrondi
(: Kôgyo)

J’ai vieilli
sans donner d’ordres
aux autres
(: Chiyo)

J’ai atteint l’âge
où tout
semble un rêve
(: Shôgyo)

Festival d’automne
l’enfant malade
est si tendrement obéissant
(: Shôjin)

« – Il doit y être !
apporte le tiroir »
dit-il
(: Tôhyaku)

De temps à autre
l’assoupi
montre qu’il est vivant
(: Shinsei)

Le portier
regarde une femme
solennellement
(: Bansei)

Le pharmacien
renvoie l’enfant :
« – Redemande ce que c’était ! »
(: Anon.)

Disant : « La première bonite !
la première bonite ! »
et n’en ayant encore jamais mangé

: Ceci est une parodie du haïku de Chiyo :
« Disant : « Coucou,
coucou »
le jour s’est déjà levé »

Le senryûiste implique qu’acheter la bonite, qui est chère, est aussi difficile que de composer un haïku à propos d’un coucou. (Chiyo essaya toute la nuit de composer un haïku sur le coucou.)

Ne rentrant pas avant le matin –
la domestique prend un air maussade
pour saluer sa maîtresse

« C’est un bon savon ! » –
qu’ils choisirent
avec le nez
(: Hisao)

Epuisée par le travail domestique,
elle regarde son mari endormi –
sa « tonsure »

« Il veut du lait ! »
dit-il, poussant l’enfant
vers sa mère

Ils sont très populaires,
laissant leur fille
rester fille

Il continua de flatter
sa femme;
mais elle ne sourit pas

« Vas-t-en !
tu ne fais que gâcher
les allumettes ! »

: Une belle-mère à sa bru.

« Les moustiques sont arrivés,
où est la moustiquaire,
mon mari ? »

: A cause de la boisson et de sa débauche, son mari a mis en gage la moustiquaire à la fin de l’été précédent.

L’enfant prit froid en dormant :
le jour suivant,
mari et femme se disputent

A moitié saoul
il badine avec le bébé
en passant dans la rue

La femme,
le pressant de lui donner son pagne,
le lave

Lui demandant de le réparer
alors qu’il le porte :
« Attention, je vais péter ! »

Un bébé arrivé
revient à :
« restons donc ensemble ! »

Il est trop tard :
on ne peut pas mettre un édredon
sur la pierre tombale

Les flèches du temps
sont toutes envolées
et son entrejambes plie comme un arc

Elle montre à son mari
le changement de couleur de ses mamelons
avant qu’il n’aille au travail

La mère du bébé abandonné
prie
dans l’ombre

Le portier
semble surpris :
la cageot d’oranges sourit

: Le cageot d’oranges a juste la taille et la forme adéquates pour y abandonner un bébé.

Plus pitoyable encore
que le poème de mort :
le créancier

« Sois prudent de ne pas prendre froid
sur le choki ! »
: quelle jalousie gracieuse !

: Le « choki » était le bateau qui transportait les clients sur la rivière Sumida pour aller à Yoshiwara (le quartier des plaisirs).

L’oficier incorruptible
est invité
sur le choki

Le gars qui saute
si prestement dans le choki
doit avoir dépensé une fortune !

: Il doit être allé de nombreuses fois à Yoshiwara pour être si habile à grimper à bord du choki !

Comptant mes années sur mes doigts
le miroir
n’est pas à blâmer

°°°

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