Senryû – Ere Kyôwa et Ere Bunka – 31-34)

CHAPITRE VIII : Ere Kyôwa (1801-1804) et Ere Bunka (1804-1818)

On y publia les volumes 20 à 70 des Yanagidaru.

Comme c’est affreux !
l’enfant abandonné
sourit au gardien

Allons, maintenant, allons
admirer la lune
au débit de boisson !

: Jean Cholley, in Un haiku satirique, le senryû, op. cit., p. 89 en propose deux versions :
« Allons, partons admirer la neige, jusqu’à ce que nous trouvions à boire ! »

« Allons, partons jusqu’à un endroit où il y ait une taverne ! »

Ce sont des parodies du verset de Bashô :
« Allons maintenant
admirer la neige
jusqu’à tomber ! »

: Ce haïku semble avoir provoqué beaucoup de senryûs, peut-être parce que les senryûistes sentaient que Bashô se rapprochait dans ce haïku du senryû, leur chasse gardée ?

Quand elle arrange joliment
ses cheveux,
on médit de la veuve

: On pense qu’elle va pêcher le mari numéro deux. Il y a ici un jeu de mots en japonais, qui pourrait se retranscrire ainsi :

Quand la chevelure de la veuve
est bien faite,
on dit qu’elle a fait le mal !

Elle cousit enfin
la bouche de sa plus jeune soeur
avec une épingle à cheveux ornementale

: elle soudoie sa soeur pour ne pas qu’elle révèle sa secrète liaison amoureuse. L’épingle à cheveux est employée comme une aiguille à tricoter pour fermer les lèvres de sa soeur.

Au milieu du feu
le forgeron fait une épée
« de la trempe d’un ruisseau glacé »

La lanterne s’éteignant,
c’est le masseur aveugle
qui montra le chemin

Pour la dispute,
le mari eut bien le dernier mot –
mais c’est lui qui fait cuire le riz

La statue de pierre de Jizô
embrassée sur la bouche
par une limace

: Ce senryû fait de Jizô un maître de zen

Quel dieu peut-ce être, je ne sais,
mais la porte de ce temple
m’empêche de pisser !

: La porte d’un sanctuaire Shintô. Ici, la petite figure d’un « torii », signifiant : « Ne commettez aucun préjudice ! » Ce senryû parodie le waka de Saigyô :

« Ce que c’est
je ne sais pas,
mais avec respect
et gratitude
tombent mes larmes »

La pièce de 4 tatamis et demi
fait que le Daimyô
sert le thé

: La salle de cérémonie du thé, où tous sont égaux.

Chose très utile,
une femme –
mais grand obstacle !

Il touche
à l’or et à l’argent
seulement aux échecs

: Aux échecs japonais, « or » et « argent » correspondent à peu près à « tour » et à « fou » du jeu d’échecs européen. Cet homme ne manie jamais or ni argent, sauf quand il joue aux échecs !

Amoureux
de sa propre voix,
il glisse et tombe dans l’eau du canal

: Un homme, marchant oisivement le long d’un canal, chante de manière infatuée, glisse et tombe à l’eau.

L’encens s’enroule aussi
autour de la peinture du mont Fuji
dans le tokonoma

Quand elle dit quelque chose
les lèvres de ma vieille compagne
sont fines

: Les Japonais disent que les gens aux lèvres fines sont bavards et aiment les ragots.
C’est une parodie du verset de Bashô :

« Quand je parle
mes lèvres sont froides
au vent d’automne »

Pas du tout dangereux,
mais le batelier
veut la tenir dans ses bras

Le lien entre maître et serviteur
est rompu –
le cerf-volant s’envole

: Le senryûiste semble se moquer de l’idée (confucéenne) de la relation sacrée entre maître et servant.

Au bruit des pas
l’ombre
se scinde en deux

Avec un miroir
comme une éclipse de soleil
la servante se maquille

: Le miroir est à-moitié cassé.

La petite tortue
se retourne
grâce à son cou

: Ses pattes sont courtes, son dos large, mais même ainsi ele peut se rétablir en allongeant son cou, en le sortant vers l’arrière. C’est le zen de la tortue.



Si difficile que cela soit
d’enfiler l’aiguille,
elle ne demandera pas à sa bru

La musique de la biwa,
on ne peut pas dire
si on en joue bien ou pas

: La biwa est le plus beau des instruments par la forme, mais même très bien joué, elle sonne plutôt sauvage et discordante pour une oreille non éduquée. Il est donc difficile de savoir si le joueur est habile ou pas.

Prêtant un parapluie cassé
avec des instructions
pour s’en servir

On lui apporte une phalange ;
il ne sait pas
où la mettre

: Les courtisanes de la période d’Edo montraient leur engagement envers un client en se coupant la première phalange du petit doigt, et en leur envoyant. L’homme est satisfait et flatté de recevoir cet objet horrible, mais le problème est : où la mettre ?
– Jean Cholley, in Un haïku satirique, le senryû, op. cit., p. 139, propose la traduction suivante :
« il a reçu un doigt et se demande avec embarras où le mettre », et cette autre (dans Courtisanes du Japon, éd. Picquier, 2001, p. 124) :
« Recevant un doigt, / se demande en quelle façon / pourrait s’en défaire ».

Les mouches battent en retraite
et les moustiques
lancent leur cri de guerre

: A la tombée du jour, un ennemi bat en retraite, alors que l’autre avance.

Elle a beaucoup
à reprocher aux dieux :
petite vérole

Si j’avais eu de l’argent,
je ne me serais pas mouillé
sous cette averse !

°°°

à suivre : Ere Bunsei (1818-1830).

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