Senryû – Ere Kansei – 25-31)

CHAPITRE VII : Ere Kansei (1789-1801)

Les volumes 23 à 25 des Yanagidaru parurent. Senryu mourut en 1790.

Lui faisant faire la grimace
l’ophtalmologue
le soigne

: Le docteur tire sur une paupière du patient comme s’il le forçait à faire une grimace.

La lune d’hiver :
chacun l’admire
mais rentre la tête !

: Quelle belle lune ! Chacun sort sa tête à la fenêtre puis la rentre. Le senryuiste montre que ces soi-disants poètes préfèrent le confort à la beauté !

Plus il fait beau, plus il est en colère,
gardant la maison
quand les autres sont partis admirer les fleurs

Le teinturier dit,
pour être poli :
« un peu de pluie ferait du bien ! »

: Le teinturier n’aime pas la pluie, parce qu’il doit sécher les habits après les avoir teints. Mais à cause de la sécheresse qui perdure, il prétend souhaiter quelque « humidité » !

La servante
rôtit un peu son gâteau de riz
dans l’allée

: « Rôtir un gâteau de riz » signifie en japonais « être jaloux ». « Un peu » signifie « à voix basse ». Elle parle à son amant. « Tu es très gentil avec la servante d’à-côté. Crois-tu que je sois aveugle ? », siffle-t-elle.

L’invitée
semble vouloir partir,
mais elle se remet à parler.

Le visage de la veuve
se salit
avec la poudre

: La poudre sur le visage des autres femmes les rend (est supposée les rendre) plus beaux ; mais dans le cas de la veuve, cela montre son intérêt pour l’autre sexe, et on considère que c’est répréhensible et impur.

« Ne me réponds pas ! » :
dire ceci prouve que le maître
a perdu

Tissant le brocart :
un seul dragon –
et le jour se termine.

Revenant au pays natal
l’épouse parle d’abord
de ses beaux-parents

Pour une femme
s’asseoir négligemment
est une offense

Le cactus :
arbre, feuilles, branches ?
difficile à dire !

La nuit est froide
les habits sont fins
le saké est trouble

Ils ramassent des coquillages
là où la mère peut les voir –
mais elle s’inquiète quand même !

Ce qu’on met en gage
avec beaucoup de paroles
est de piètre qualité

: Un proverbe japonais dit : « kotoba ôki wa shina sukunashi » :
« Plus il y a de mots, moins il y a d’élégance ».

L’ivrogne
avec les meilleurs habits
fait des poèmes

: Quand ils sont ivres, certains rient, d’autres chantent, certains pleurent, d’autres se fâchent. Le meilleur d’entre eux est celui qui fait des poèmes. On peut prendre ça comme une parabole de la vie en général.

Le gars vulgaire
connaît bien
les raccourcis

: L’homme de caractère noble ne voit pas le siège vide dans le bus, ne se faufile pas en tête de la queue…

Souriant,
il décachette
la lourde lettre

: Une lettre courte est une lettre de refus. Une longue lettre montre au moins quelque intérêt pour lui.

Jeu de volant :
on découvre que la mariée
est gauchère

: La mariée est si réservée et timide, personne ne savait qu’elle était gauchère, jusqu’au jour de l’An, quand, excitée, elle prit la raquette de la main gauche.

Cautérisant au moka –
il attend que le patient
s’arrête de rire

Enfin
ils trouvèrent
les pieds du bébé

: Un bébé en habits longs est plus petit qu’il n’y paraît, et ses pieds sont bien hauts !

Le récitant
se fait tellement plaisir
que personne ne l’écoute plus

Réprimandé
pour avoir comparé des oeufs de morue
à des poux

: Si on mange des oeufs de morue, ils ont l’air de poux craquants. Autrement dit, les gens n’aiment pas la vérité. Ils détestent les senryûs et leur attitude envers la vie.

Le milan
qui n’a pas faim
vole haut dans le ciel

La femme compte
les nuits
qu’il a passées à la maison

Comme il est déraisonnable
que les gens nous conseillent :
« Changez votre caractère ! »

Quand le shamisen
s’arrête brusquement,
c’est louche !

: C’est la version senryû de :

Satan trouve encore
pour les mains oisives
quelque chose de mal à faire

« N’oublie pas :
la lune voit tout ! »,
prévient la mère

: Soleil et lune étaient véritablement vivants pour les anciens Japonais. Ils prenaient la place de Dieu dans leurs pensées et leurs sentiments.

Devinant l’âge de la veuve :
moins qu’il ne le pensait réellement :
ce gars est odieux !

: Dans le cas de femmes ordinaires, c’est de la politesse de dire qu’elles sont plus jeunes que nous le pensons, mais dans le cas d’une veuve, qui ne devrait pas se remarier, cela révèle un motif ultérieur !

Par fierté et obstination
la femme ne veut même pas
goûter la bonite

: La première bonite était très chère et la femme ne voulait pas en acheter ; mais le mari insista, ou plutôt, l’acheta lui-même. La femme était si en colère contre cette extravagance qu’il dut la manger fout seul.

La colère, parfois,
fait du visage
une oeuvre d’art

Bien qu’il mange,
le goût est celui
du dentier

: Ceci n’est pas une parodie de la dernière partie d’un passage célèbre du Grand Enseignement (chapitre 7) : «  Si l’esprit n’est pas présent, un homme ne peut pas voir bien qu’il regarde, il ne peut pas entendre bien qu’il écoute, et il ne peut pas manger bien qu’il mange. »

Dans la nuit
seuls marchent des yeux :
un chat noir

La vieille mare –
sur son bord
Bashô sursaute

: Le senryû a compris le haïku, mais met l’emphase sur la partie la moins poétique, le choc de « moyenne surprise » que doit avoir la nature humaine pour transcender ce monde non poétique.

Quand le médiateur s’en vient,
les deux parties
se renforcent

Pour observer une peinture accrochée,
la meilleure posture
est celle du crapaud

: Quand un Japonais admire un rouleau peint dans le tokonoma ,il s’assied sur ses hanches, avec ses mains sur le tatami, le regardant bêtement, ayant l’air aussi, sinon plus bête qu’un crapaud.

Il y en a
qui boivent des habits rembourrés
et se parent de saké

: Une froide nuit d’hiver, un homme voulait boire, mais sans argent il alla gager ses habits rembourrés et but avec cet argent, se réchauffant ainsi, buvant donc les habits et portant le saké.

On ne peut pas lire
la bonne ordonnance
sans que quelqu’un ne soit mort

« Combien coûte celle-ci ? »
Il ne demandera que le prix
d’une Masamune

: Une épée Masamune (Okazaki Masamune, 1267-1344, le forgeron le plus célèbre du Japon) était la plus chère, et il en demande le prix, pour en être impressionné, et parce qu’il n’a pas la possibilité d’être amené à s’en servir (ou à l’acheter).

Le soir,
fatiguée d’attendre ;
la nuit, affamée

: L’amour et ses misères d’abord, oui, mais à la longue, la femme ressent les affres de la faim.

« Les autres femmes
sont si habiles,,
si aimables, si… »

: Ainsi s’exprime la belle-mère !

Nouvelles de la mort subite
de la belle-mère :
c’est incroyable !

Regardant les lignes de la main –
Il faut bien qu’il y en ait une
de mauvaise !

: Le diseur de bonne aventure doit pouvoir donner quelque conseil préventif !

Une route boueuse :
ses mains marchent
le long de la barrière

Une grosse goutte de pluie tombe
et, à l’entendre,
il a été occis !

Chez le poissonnier
les premières bonites
reposent dans leur fierté

: Le client est une créature hésitante, d’apparence malingre. Le poisson a l’air majestueux, par comparaison.

yeux ensommeillés
et figures maussades,
face à face

: Femme et servante attendent le maître de maison.

La jeune apprentie * de la courtisane
polit la pipe
avec laquelle on la bat

= « kamuro ».

La réserve du ménage fuit
avec les larmes
de la courtisane

: Les fausses larmes de la courtisane font que le maître de maison dépense pour elle tout son argent, si bien qu’il n’en a plus assez pour réparer le toit de sa réserve.

Il saisit et mange
des êtres humains,
le masseur aveugle

: « Il mange » = il fait de l’argent sur le dos des personnes qu’il masse.

Le soleil du matin
secoue et réveille les bambous
endormis par la neige

: Le bambou se réveille de manière irrégulière de son sommeil dans la neige qui fond

Du vieux maître
qui mange des radis marinés,
les bruits pitoyables

: Ses fausses dents claquent, il nasille et grogne.

Le Zen érige,
revêche,
des monuments de pierre

: Le Zen est sévère, inhospitalier et même rude, dans son aspect extérieur. Les piliers de pierre informent l’ignorant que le vin n’y est pas admis, etc.

°°°

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