Senryû – Scènes de ce monde flottant – 101-107)

Chapitre XXIV : Scènes de ce monde flottant.

Au Kotugikan, *
quelle clameur
pour ces deux-là seulement !

: Bâtiment où ont lieu les grands tournois de Sumô.

Sur la ligne de départ :
on dirait
qu’ils vont mordre !
(: Tanoji)

Bâillant dans son bureau de policier
ses mains
touchent le plafond

Le shampouineur aveugle
chasse le chien
dans une attitude d’escrimeur
(: Tôsembô)

Le nouvel apprenti
s’assied à table,
se faisant petit
(: Meisaku)

Les soldats
marchant dans la chaleur du jour
ont tous le même visage
(: Gorô)

Le parasite
avance son troisième bol
très doucement

La repiqueuse de riz
est toute crottée
quand elle s’est grattée

: C’est la poésie du senryû, qui ne demande que de l’humanité, renonçant aux couchers de soleil, aux figures de rhétorique, et à la « poésie » même.

Regardant
dans le petit miroir :
seules les lèvres
(: Kiyoshi)

Un laïus funèbre sans fin
qui ne mentionne pas
l’empoisonnement par le poisson-globe

Quelque chose survint –
et ses trois maîtresses
se rencontrent pour la première fois
(: Suifu)

: On les a convoquées au poste de police.



Pas d’endroit où mettre
les arrangements floraux –
mais ma fille les étudie
(: Reiha)

Le visage du
« Roi de la Comédie »
à l’hôtel des Impôts
(: Makkuro)

Aimée –
la même technique
que pour la précédente secrétaire
(: Kazuhiko)

L’astuce des humains –
mettre les tombes
l’une à côté de l’autre
(: Toyoji)

Je regardais juste
le rouge-à-lèvres
qui jacassait
(: Ichiro)

Un homme admirant les fleurs
demande de l’eau à un temple
sans réponse
(: Gyokutorô)

: C’est du senryû, pas du haïku, seulement parce que l’emphase est mise sur l’esprit de l’homme.

Il chasse
le (/ la) domestique
poliment
(: Manraku)

Avec sa mère :
voilà à quoi elle ressemblera
en vieillissant
(: Sôsei)

Quand nous sommes contrariés,
la réponse vient
par deux

: « oui, oui ! » ou « non, non ! » sont des expressions d’irritabilité.

Pleurant –
quand on lui parle gentiment :
pleurant plus fort encore
(: Chindenshi)

Si nous regardons attentivement
chacun d’eux,
chacun d’eux est intéressant
(: Kingetsu)

L’homme riche
devient ossements
dans le four de première classe
(: Sayû)

Il est mort
du feu de ses propres troupes,
et de l’ennemi
(: Ryômei)

Chacun connaît
le visage de la folle –
nul ne sait où elle habite
(: Rokuten)

La muette
exprime par sa mine
le plus haut degré de la joie
(: Ujô)

Comme il a
un vice intéressant,
on le reconnut en tant que personne
(: Goken)

Utilisant le télescope
il s’assura
d’y regarder à l’oeil nu
(: Kpotôshi)

La cloche de départ d’un train
faisant la course
avec un étranger
(: Gimbô)

Dans la salle d’attente
écoutant
les bruits de son propre estomac
(: Monta)

En périphérie de la foire,
un vendeur de lucioles,
seul
(: Hideo)

Elle lui fait sentir son parfum
quand elle descend –
les yeux du chauffeur !
(: Dadabô)

« Je vais juste au coin ! » –
et elles se retrouvent
chez le prêteur sur gages
(: Sôken)

Son propre enfant aussi
s’enfuit avec les autres –
le plaqueminier en automne
(: Yutaka)

: Chapardeurs !

Fatigué de surveiller la maison,
il ouvre la fenêtre
avec son pied
(: Takenofune)

Ayant prêté son parapluie,
le célibataire, confiné chez lui
par la pluie
(: Anon.)

Tombé en un tel endroit,
comment pouvais-je dire
que ce peigne était le mien ?

Quand vient l’hiver,
« Chez ma tante »
se change en été

: En hiver, les gens apportent leurs affaires d’été chez le prêteur sur gages.

Le pet de sa bru
la met en colère –
le sien la fait rire
(: Kichibô)

Louchant,
tombant amoureux
de biais

Seules les Pompes Funèbres
ne font pas
de soldes
(: Kôtarô)

Un couteau de cuisine
sur le tatami
: dégoûtant !
(: Sanurô ? cf p. 501)

Fraîcheur !
dormant sur le pin
d’une peinture à l’encre de Chine

Comme s’il leur * disait de se quereller,
il épargna, épargna
et mourut
(: Hakuchô)

* : ses descendants.

Le soleil vers l’ouest
brille sur le malade :
il a l’air d’un Bouddha
(: Anon.)

Mes yeux me trompent-ils ?
Ce paravent doré
n’a-t-il pas été emprunté ?

Le messager
est très habile
à feindre l’ignorance
(: Anon.)

Un règne paisible, une saison douce ;
en plus des fleurs de cerisiers,
nous avons la brume de printemps
(: Anon.)

décrottant,
se décrottant les oreilles,
il le regarde droit dans les yeux

Ayant oublié son nom,
ses marques de petites vérole
font son affaire
(: Anon.)

Aérant les vêtements au milieu de l’été,
on gronde
le petit soldat
(: Anon.)

: Le garçon a mis le casque et d’autres éléments d’une armure étalée sur l’herbe, et on le gronde de son impudence.

Des lunettes épaisses
furètent
dans une librairie d’occasion
(: Naritaya)

Rassemblant des enfants du péché
un enfant du péché
prêche sur le péché
(: Eboshi)

A Bakuro-chô
leurs ronflements ne montrent pas
que ce sont des paysans

: A Bakuro-chô, à Edo, il y avait beaucoup d’auberges pour des gens de tout le pays. Ronfler est chose démocratique, sans classes, qui transcende toutes les différences de races et de géographies.

Pêchant la truite :
plus de pêcheurs
que de truites
(: Kenjin)

Elle fait signe
aux poules
avec son poing
(: Anon.)

: La femme appelle les poules avec sa main fermée, pleine de grain. Elle a donc l’air de les menacer et de les chasser.

Les visiteurs de l’An Neuf
viennent
avec une odeur de penderie
(: Ajôshi)

Parlant à un bébé :
à les entendre,
qu’ils ont l’air stupide !

°°°

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