Senryû – Printemps – 113-119)

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UNE ANNEE DE SENRYÛS :

Chapitre XXVI : Le Printemps.

Janvier :

Il existait et existe encore au Japon une coutume qui veut que l’on travaille le moins possible le jour de l’An, que l’on ne se querelle ni ne se réprimande, ni ne se lamente ce jour.



Une femme qui marche
le Jour de l’An :
il doit y avoir quelque affaire terrible !

Celui qui crie
au Jour de l’An
a toujours moins de sept ans

Grommelant
le jour de l’An :
il est éméché !

La poussière et les ordures
du Nouvel An
sont ramassées et jetées

: Balayer le jour de l’An voudrait dire balayer aussi toute la chance et tout l’argent.

Il y a un livre pour les visiteurs
comme pour dire :
« N’entrez pas ! »

D’abord,
et comme pour les gens de son district,
il les salue sobrement

Le Nouvel An :
même le voisin salue
rigide et formaliste

Apparemment
il lui doit de l’argent –
salut poli du Nouvel An

Apparemment
on lui doit de l’argent :
il reçoit les compliments, hautain

Il se fait apporter
le livre des visiteurs du Nouvel An
près du brasero

On dit souvent
à l’homme de Shinano
de le laisser pour le chat

Le rêve fait la deuxième veille de janvier s’appelle « le premier rêve » au Japon. On met l’image d’un « navire de trésor » sous l’oreiller. On dit que le meilleur rêve est celui du Mont Fuji, le deuxième, celui d’un faucon, le troisième celui d’une aubergine.

Le navire de trésor
et le coeur d’un enfant :
il veut aller au lit tôt

Présentant leurs salutations du Nouvel An
aux bains :
tous deux nus !

Le cerf-volant bon marché
s’élève seulement
quand il court

Regardant
son garçon
choisir la corde du cerf-volant

Comme c’est calme !
dans le ciel
le bruit de la baleine

: On utilise un aileron de baleine pour produire un son comme d’avion sur le dos d’un cerf-volant.

Les enfants
apprécient le printemps
avec leurs cerfs-volants
(: Sotôba)

Les cerfs-volants
sont rabattus
par l’étoile du soir

L’enfant court derrière le cerf-volant
dont la ficelle s’est cassée
aussi loin qu’il le peut

jeu de volant :
soucieuse de son style
la jeune fille perdit le match

La servante
rit aux éclats
devant les amuseurs

« S’il vous plaît, posez le petit chien
dans l’autre pièce ! »
dit le montreur de singes

: Les Japonais disent (assez erronément en fait) que chiens et singes sont en mauvais termes.

Quand l’employeur
lui donne les habits,
il tire la langue

: A la période d’Edo, les employeurs donnaient à peine un salaire à leurs domestiques. Ils leur fournissaient des habits deux ou trois fois l’an. En hiver, c’était le quinze janvier, et le jour suivant, c’étaient « les vacances des domestiques ». Le garçon n’a pas aimé les habits que le vieux grippe-sou lui a donnés.

Vacances des servants –
l’employé du magasin sort
comme un nouveau riche

Vacances des servants –
quand la fille rentre à la maison
la mère agit comme la bonne d’une courtisane

Vacances des serviteurs –
après que la fille s’en retourne,
la mère a les yeux vides

Après les vacances des serviteurs,
ceux qui viennent à la maison
sont seulement personnes âgées

Vacances des serviteurs –
perdue dans ses pensées, apparemment,
depuis lors

: Elle est tombée amoureuse de quelqu’un rencontré pendant ses vacances.

Après les vacances des serviteurs
ils veulent plus de vacances
pour la fille qui a raté son suicide

Cela doit être inévitable,
la fille à la maison pendant les vacances des serviteurs
se fait réprimander

Le Festival d’Ebisu :
ils ont dû sucer les arêtes
pendant quatre ou cinq jours

: Les magasins japonais célébraient le festival d’Ebisu, dieu des affaires, le vingt janvier. Un festin était donné aux connaissances, relations, clients, et même aux domestiques – qui devaient finir les restes du repas, les arêtes de la brème mangée à cette occasion.

Quand la jeune épouse du village
va saluer le nouvel An,
le temps se réchauffe

Les salutations de la jeune épouse
devant franchir le seuil –
quelle commotion !

Dites ce que vous voulez
le visiteur du Jour de l’An
entre dans la maison

Février :

Pendant les trois premiers feux de moxa
le visage désagréable
jure avec le kimono à longues manches

: La cautérisation par le moxa avait lieu le deux février, et, en moindre part, le deux août. Pratique importée de Chine en août 552.

Ils se rassemblent auprès de la kamuro
pour voir son visage
alors que brûle le moxa

: « Kamuro » : petite fille employée au bordel.

Attendant
qu’il arrête de rire,
puis cautérisant

Cautérisant la nourrice :
près d’elle, il y en a un
qui pleure pour elle

Du jour où la fille s’est confessée,
ils ont arrêté de cautériser
aux quatre endroits

: Les quatre endroits se situent sur le dos.

Le prunier au village –
les feuilles séchées du navet
sont toujours pendues à la branche

: Les feuilles du « daikon » étaient pendues en automne… Elles ont été oubliées alors que c’est le printemps et que les fleurs du prunier s’épanouissent.

Le parfum des fleurs de prunier
est un obstacle nasal
à ceux qui font zazen

Mars :

« Essaie d’avoir l’air
de ne pas vraiment les vouloir ! » :
il l’emmène au marché aux poupées

: Le Festival des Poupées a lieu le 3 mars.

Elle pleurniche
depuis le matin :
on ne lui laisse pas tenir ses poupées

Pendant Higan
on entend le vrai rire
de la bru

: Pendant la semaine de l’équinoxe, les Japonais visitent les tombes de leurs ancêtres et on organise des services bouddhistes pour les morts. La belle-mère acariâtre va sur les tombes chaque jour… et la bru est libérée d’elle.

Le mari de la nourrice
qui a quitté son service
porte son coffre en souriant

: A Edo, le 5 mars, se tenait le jour du changement d’employeur, ou de quitter son service.

La nourrice quittant son service
dit au revoir
au visage endormi

La fruste servante :
l’assiette des poupées
est la dernière chose qu’elle casse

: Le 3 mars se tient le Festival des Poupées, le quatre est le jour où on les range, et le cinq le jour où les domestiques quittent leur emploi.

Le bol des poupées –
c’est la dernière fois
que la servante se fait réprimander

La servante qui quitte son service
verse des larmes
plus que pour uniquement prendre congé

L’homme qui quitte son service
met ses affaires sur son dos
et part tout droit

La servante qui vient à l’essai
sur les hauteurs d’Edo
regarde dans le puits

: Aux temps anciens, tirer l’eau du puits était une des tâches principales de la servante. Elle regarde dans le puits pour en évaluer la profondeur.

Le maître réprimandant
fit lui-même tomber
le lait caillé de soja

Le long de la route du pique-nique,
un papillon ridiculise
l’homme à moitié ivre

Chiant dans le champ,
il avance en écartant les jambes
pour s’en éloigner

: Lire, in Jean Cholley: Un haiku satirique, op.cit.:
« Faisant un besoin dehors, il s’avance un peu pour sa sauvegarde »
(, suivi du commentaire y afférant, p.86.)

Le bac au crépuscule :
des pêcheurs,
deux ou trois

Superbe temps ;
il y a des empreintes de pas
au fond de la mer

: C’est entièrement haïku, sauf pour le manque de précision du mot de saison.

Temps parfait –
qui me fait désirer
de l’argent

Temps magnifique –
écrasant des poux
sur la coque du bateau

L’intelligence de l’épouse :
elle lui fit prendre l’enfant
pour aller admirer les fleurs de cerisiers

: La femme avait peur qu’il aille ailleurs. Le Yoshiwara n’était pas loin de l’endroit célèbre pour ses cerisiers – ou vice-versa !

Le jour après l’admiration des fleurs,
il n’y a pas tant
de sujets de discussion

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