Senryû – Ere Meiwa – 15-19)

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Chapitre IV : L’ère Meiwa (1764-1771)

Pendant cette période on publia les huit premiers « Yanagidaru ». Meiwa, et la période suivante : Anei, constituent l’Âge du Réalisme de l’histoire de la littérature japonaise. On notera que les haïkus de Taigi, mort la dernière année de l’ère Meiwa, ont une qualité très caustique, semblable au senryû.

Rentrant au matin,
il n’a plus la sagesse
qu’il avait la veille

ou :
« Retour au matin / on n’a plus autant de ruse / que quand on y va »
(: J. Cholley, in Haiku érotiques, éd. P. Picquier, 1996, p. 165).

Tandis que sa bru est au loin,
elle leurre
son petit-fils

Au nombre de ses peines de coeur
elle compte aussi
les piqûres de moustiques

: après avoir attendu son amant, la nuit.

Quand sa bru sort,
la première chose qu’elle fait
est de lui offrir son sein décharné

: La grand-mère, laissée seule avec le bébé, désire secrètement retrouver sa jeunesse (et donner vie à un nouveau petit être).

Le ramoneur
prend le gâteau de riz
sur le dos de sa main

La statue du Grand Bouddha :
quelque chose à admirer,
pas à adorer !

S’abritant de la pluie :
« Bizarre qu’ils ne viennent pas me chercher »,
prétend-il

: Personne ne vient le chercher avec parapluie et « jeta » hautes, mais il vuet paraître important et s’excuse de rester si longtemps sous cet auvent…

Les docteurs parlent entre eux :
« Elle fera bientôt
une jolie veuve ! »

: Jean Cholley, in Un haiku satirique, le senryû, éd. POF, 1981, p.49 proposa :
« Il va y avoir une jolie veuve, se disent les médecins entre eux »

Une femme,
c’est plus d’embêtements
qu’une mère !

Psalmodie incessante du nom du Bouddha –
de temps en temps
le phlegmon obstrue la gorge

: Si le phlegmon s’accroît, on ne peut plus guère prier.

La nouvelle moniale
ne s’aime pas
quand elle regarde son ombre

Le parasite
ne peut se lever tôt
ne peut se lever tard

Montrant à sa mère
une lettre d’amour
de quelqu’un qu’elle n’aime pas

Le vendeur de pinces-à-épiler
montre comment elles fonctionnent
en arrachant un de ses propres poils

Un homme
qui fait grand cas de sa femme :
un spectacle pénible !

Pardonnant
au fils déshérité :
deux bouches de plus à nourrir !

: Le fils s’enticha d’une femme que le père – peut-être un riche marchand – réprouvait, et le chassa donc de sa maison. Mais la femme attendant un enfant, il leur permit de revenir, donnant à la maison deux bouches de plus à nourrir.

Prétendant être endormi,
(mais) le ronflement
est trop régulier

Rencontrant sa femme en chemin
avant tout
il la réprimande

: Comprendre ce senryû, c’est comprendre la mentalité des mâles japonais. Il y a un sentiment de supériorité masculine, la notion que la place de la femme est au foyer, mais plus profondément encore, l’idée qu’on ne doit sous aucun prétexte montrer de l’affection en public. On doit plutôt prétendre le contraire.

Sur le visage qui attend,
les fleurs de cerisier
tombent de temps à autre

: Pourquoi est-ce un senryû, pas un haïku ni un court waka ? Parce que le visage irrité de la femme qui attend a l’air encore moins beau en comparaison avec les pétales des cerisiers.

Quand elle se rase
un sourcil,
elle le recouvre de sa main

: Dans le Japon ancien, une femme qui se mariait se rasait les sourcils et noircissait ses dents. C’était probablement pour se rendre inactivante pour les autres hommes ; même pour son mari, elle n’était qu’une productrice d’enfants. Le senryû la montre au moment où ses véritables sentiments sont à découvert.

En bref,
faire l’amour est aussi
une sorte de mendicité

: « Aime-moi », « Laisse-moi t’aimer » : autant d’expressions de faiblesse…

« Il n’est pas encore mort ! »
On la gronda
de pleurer

La coiffeuse
essuie ses doigts
comme si elle les retirait

: essuyant ses doigts gras avec du papier. Il faut retirer le gras.

Se réconciliant après une dispute :
qui se regarde dans le miroir ?
: la femme

Une grande dispute d’amoureux
Il s’en retourne, hélas,
sous la neige

: Les Japonais relient le sexe et la neige. La neige est belle et rend la chambre encore plus chaleureuse et intime. Il est donc spécialement inapproprié que l’amant s’en retourne le visage rouge et affreux, sous cette même neige. (voir plus bas, page 128.)

La nuit dernière,
une querelle d’amoureux –
ce matin, une vraie

: La nuit précédente, il est allé au quartier des plaisirs et a eu une sorte de petite querelle avec son amante. Ce matin, il a une vraie scène avec sa femme, où tous les coups sont permis.

Même l’amitié
offerte à un homme
peut devenir blessure

: Une femme est très vulnérable car elle vit de sa réputation. Tout dépend de comment les autres la traitent. Elle doit donc faire attention à comment, quand et où elle montre la moindre faiblesse ou affection.

Quand on chuchote,
la concubine
est nerveuse

: La situation d’une concubine est très précaire, dépendante qu’elle est du moindre caprice d’un homme. Si des gens parlent à voix basse, elle a peur que cela la concerne.

Le visage de la sauterelle
ressemble à celui
d’un cheval

La bru
qui plaît à sa belle-mère
va prochainement quitter ce monde

« Même quand elle pleure
elle est aussi belle que ça ! »
dit l’entremetteur

: l’entremetteur vend une fille à un souteneur.

Ils l’admirent
mais referment bruyamment la fenêtre :
la lune d’hiver

: Si c’était l’automne, ils laisseraient la fenêtre ouverte, mais le vent glacial de la nuit chasse leurs sentiments poétiques.

La plus jeune soeur
est plus difficile à dépouiller
que la mère

: La jeune soeur a l’air plus doux, plus tendre et plus docile que la vieille mère desséchée, mais elle est en fait dure comme la pierre quand son frère essaie de lui emprunter de l’argent.

La veuve est fière
que la procession funéraire
soit longue de deux pâtés de maisons

: « Un tel homme m’aimait » : voilà sa fierté.

Où va
ce koto dans son étui ?
au mont de piété !

Comme le double suicide
est une réalité,
ils ne peuvent pas réprimander trop fort

Les deux maisons face à face
connaissent
le bruit des pas

Chantant
sa mélodie
à sa guise

: Chacun peut être compositeur quand il chantonne. Chantonner est gratuit. Il peut chanter juste ou faux, s’il lui plaît.

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