Senryû – L’été – 119-123)

°°°

Chapitre XXVII : L’été.

Mai :

Mettant les feuilles d’iris sur le toit
il trouva
un volant séché

: Pour le Festival des garçons, le cinq mai, on met des iris dans le bain ou sur les toits pour chasser les démons.

Pour une personne humble
il est difficile
de manger la première bonite

Toute la famille vint
et n’eut qu’un regard
pour la bonite

La première bonite :
« Pas si chère ! »
dit celui qui ne va pas l’acheter

Toute l’année
sa femme grommela
à propos de la première bonite

Tous ceux-ci
près du crématorium
devinrent bambous

La couleur de l’eau
de laquelle l’iris
fut dérobé il y a peu

Les iris :
il leur en a donné gentiment –
et ils tirèrent la cloche

: Au lieu de les arranger dans l’alcôve (« tokonoma »), ils les offrirent au Bouddha : Il entend le ting-ting de l’autel bouddhiste.

Un coucou chante –
la partie de go
fut gagnée par le sourd

: Deux hommes jouaient. Celui qui n’écoutait pas le coucou gagna.

« J’ai entendu un coucou chanter
près de l’embarcadère ! » :
Oups ! sa langue a fourché

: Cette digue était sur le chemin du quartier des plaisirs.


La femme appelle
le vendeur de moustiquaires
de sa plus belle voix

Le parasite
chasse les mouches
loin de l’enfant syphilitique

La mouche s’est échappée
mais il ouvre la main
très, très lentement

Une puce fit
que la femme vertueuse
défit sa ceinture

Le carillon
tinte sans cesse :
ça doit être la nourrice !

: Il n’y a pas de vent, et le tintement répété montre que la nourrice doit l’agiter pour que l’enfant cesse de pleurer.

Saison pluvieuse –
le shamisen aussi
a la voix enrouée

: Les shamisen sont fabriqués en peau de chat. Ils se mouillent et donnent un son plat, étouffé, bouché, comme s’il avait attrapé froid.

Une prune tombe –
la grenouille verte
s’arrête de coasser

: Si on le compare avec le verset de Bashô, il semble y avoir une forte similitude :

La vieille mare –
une grenouille saute
: bruit de l’eau

Dans un certain sens, le senryû est meilleur, en ce que le silence est plus profond que le bruit.

La deuxième femme
frissonna
devant le yukata dans l’obscurité

: Un kimono blanc d’été… remuait au vent. La deuxième femme eut l’impression que c’était le fantôme de la première épouse.

La planteuse de riz
chante le chant des planteurs de riz
pour endormir aussi son enfant

L’éventail
de l’homme somnolant
expire peu à peu

La longue conversation –
ouvrant l’éventail,
fermant l’éventail

Juste alors qu’il allait sortir
dans un fin haori d’été
la relance de l’usurier

: Un « haori » est un manteau japonais.

Juin :

Les cordons
de son chapeau conique
limitent son bâillement

: Le « sugegasa », chapeau en forme de parapluie, fait de carex, porté en voyage, est serré sous le menton.

Ouvrant la bouche
pour que son chapeau conique
ne soit pas emporté par le vent

Priant,
après avoir posé son chapeau conique
sur le lion-gardien

Appelant l’homme
qui venait de mourir
du nom inscrit sur son chapeau

Allant chercher le docteur
dans son habit
de fête

Faisant la sieste –
mais de la taille jusqu’en bas :
femme

: Dans son déshabillé, peu soucieuse de son visage et de sa poitrine, mais, instinctivement, elle couvre bien la partie inférieure de son corps.

Comme on jouait faux
il ne put pas
faire sa sieste

Averse soudaine
et au loin
le chant des cigales

: Ceci est un senryû merveilleusement poétique : seulement la pluie qui tombe et au loin le soleil qui brille et le cri faiblement sonore des cigales lointaines.

Juillet :

La fleur de lotus
en bons termes
avec chacune des sectes bouddhistes

Seulement quand il roule
disent-ils :
« Monsieur le Tonnerre »

Même le tonnerre
sera parti
quand les moineaux commenceront à piailler

Le tonnerre
met fin à la querelle
à propos de l’eau

Parlant de leurs brus,
une barrière de belles-de-jour
entre elles

L’épingle-à-cheveux
trouvée en nettoyant le puits
est en argent

: Une « kanzashi », épingle-à-cheveux ornementale japonaise est tombée dans le puits quand les femmes en tiraient de l’eau. Le jour du nettoyage du puits, l’on en retrouva une à l’intérieur. Elles étaient rarement en argent, si elles appartenaient à une servante !

Le visage d’une sauterelle
ressemble à celui
d’un cheval

Quand il abat sa main, seulement des suzukis ;
quand il retire sa main :
la sauterelle

: « Suzuki » = miscanthe

Disant « Au revoir »
aussi à son chien
avec son chapeau conique

Il cache
à son journal de voyage
qu’il a mangé deux oreillers

: « Mangé deux oreillers » signifie qu’il a couché avec une courtisane.

°°°

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :