Senryû – De Genroku à Hôreki (2è partie) – 11-15)

CHAPITRE III : De Genroku (1688-1704) à Hôreki (1751-1764) (2è partie.)

Le grillon est devenu
à la fin
terre de la ville

: Pris dans la campagne, mis en cage pour la distraction de certains esthètes, il fut enfin jeté dans la cour et ses cendres se mélangèrent à cette terre étrangère.

Le télescope
me fait le vouloir mettre
à l’oreille

: Nous sentons que le télescope peut révéler de nouveaux mondes, à notre ouïe également.

L’argent
dépensé sans compter pour le ginseng
est pitoyable

Dans ce monde
on est lié par les parents
et par l’argent

Mangeant du « médicament » – *
L’ayant mangé
il se redresse

* = de la viande – ce qui ne se faisait pas à Edo. C’était cependant censé fortifier une personne faible. (voir plus bas, p. 127)

La boîte à pierre-à-encre
est son compagnon
de solitude

Le télescope
laisse le pluvier
être un héron neigeux

: Le télescope est d’une grande rareté à l’époque d’Edo. Son propriétaire laisse croire à un naïf que le pluvier est un héron.

De la salle-de-bains
ces cris :
« Je deviens langouste ! »

: L’eau du bain est trop chaude.

Un homme bien fait
est un paroissien
du Dieu de la pauvreté

: Etre riche et beau semble être incompatible !

Si belle
qu’elle semble née
sans parents

: Quand on les voit, il semble inconcevable que cette femme décharnée et que ce chauve puissent être ses parents !

Un mendiant
dans les vapes
pendant cinquante ans

: C’est-à-dire toute sa vie, 50 ans étant la durée de vie moyenne d’un habitant d’Edo. « Les vapes » = les vagues de chaleur qui s’élèvent au printemps et en été. Ce verset a quelque chose de l’esprit du haïku de Kikaku :

« Le mendiant !
Il a le ciel et la terre
pour habits d’été ».

Il tend le télescope
à son serviteur
après y avoir regardé tout son saoul

On appelle
l’enfant perdu
avec son propre tambour

: Les parents cherchent l’enfant en tapant sur son petit tambour.

La couture de la femme
à la lumière de la nouvelle lampe
a l’air vieillot

De l’étage
la courtisane
voudrait aussi planter le riz

: A Edo, Yoshiwara, le quartier des plaisirs, était entouré de rizières. En mai ou juin, pendant le jour, quand les courtisanes étaient oisives, elles regardaient d’en haut ces rizières. Elles pensaient à leur jeunesse, quand elles aidaient à la culture du riz dans leur village natal.

Quand le plaqueminier
qu’il a greffé porte fruits,
ses dents sont tombées

Les chants du milieu de l’hiver
semblent inutilement
sonores

: Leurs voix sont devenues très fortes et mélodieuses, mais que cela a-t-il à voir avec le fait d’aller au paradis ?

Les bâillonnés regardent
celui
qui mange le riz froid

: Le voleur a bâillonné tout le monde et remplit son ventre avant de piller la maison.

Pluie, grêle
et neige –
le jour est achevé

: Trop de nature, et l’homme peut à peine vivre !

Réclusion hivernale :
la marque de ses lunettes
sur son nez

Quand le rossignol chante bien
on se sent désirer
une cage

Le prêtre-mendiant
envie
l’éméché

L’oiseau libéré,
tout à sa joie,
se cogne dans un arbre

A partir de quarante ans
nous nous sentons irritées
en nous regardant dans la glace

La grêlée
se résigne,
pensant qu’elle ira au paradis

Le jour pointant,
mon ombre
me revient

Le jour où elle est de mauvaise humeur,
pas un bruit
dans la cuisine

Le grillon
est devenu unijambiste ;
c’est l’automne

A y regarder de près,
comme elle a l’air solitaire,
la gueule de la vache !

Averse d’été :
l’éventail entre les dents
elle apprête son kimono

Juste pour le plaisir
il nage vingt ou trente mètres
après s’être purifié

: Des gens se mettent sous une cascade pour se purifier de leurs péchés. Lui, combine le business avec le plaisir.


Namuamidabutsu
accumulés, cela fait
un énorme temple

: Le senryûiste évoque sournoisement l’argent qui, accumulé, construit le grand monastère. « Namuamida » est l’expression sacrée, répétée par les croyants de la secte Jôdo.

D’après son travail à l’aiguille,
celui qui devait venir
n’est pas venu, apparemment !

Elle décide d’oublier, et se lève,
mais voici que passe
un enfant qui lui ressemble !

Seulement un carré
du champ fleuri a été mangé :
le cheval aveugle

d’hier
une flaque de pluie hivernale
dans le bateau abandonné

Tout ce qu’il prend
est bon pour s’en faire un oreiller :
le charpentier

robe noire –
elle a un visage
que les gens envient

: la belle nonne vaque, faisant naître par inadvertance dans le coeur des autres précisément ces sentiments auxquels elle a renoncé.



Dans le baquet
emprunté pour un bain,
un escargot

Agissant avec un homme ivre
comme s’il était
un sac de paille

L’aigrette
bouge ses pattes
comme si la rizière était sale

Il ferme les yeux
pour chercher la sagesse
à l’intérieur de lui

Loué pour ses belles dents,
il est mortifié
par ses oreilles

renversé,
son parapluie enneigé
s’allège

Deux ombres :
l’une qui conseille,
l’autre plus petite

°°°

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