Senryûs : l’hiver – 125-6-7-8

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Chapitre XXIX : L’hiver.

Il y a un homme
qui boit son kimono rembourré
et revêt du saké

: Il a mis son kimono en gage et boit l’argent qu’il en a retiré.

« Retirez d’abord
vos habits pleins de vermine ! »
dit l’entremetteur

Après avoir tiré sur sa barbe,
le gardien de nuit
cherche les poux

Ils affluent
à Edo
pour se rassasier

: De pauvres fermiers des régions froides, où il n’y avait pas de travail pendant les mois d’hiver – les champs étant couverts de neige – venaient travailler à Edo. C’étaient de gros travailleurs et de gros mangeurs.

Epiant,
le vendeur de nouilles, la nuit,
crie trois fois

: Pensant que les gens de la maison étaient encore debout, le vendeur qui marchait en tirant son étal, criait : « Holà, nouilles de blé noir ! ».

Pas étonnant qu’il somnole,
l’admiration des érables
est un conte de fées

: Les hommes allaient au quartier Yoshiwara en automne et au début de l’hiver, disant qu’ils allaient admirer les érables.

Il n’y avait pas d’autre stratagème,
alors, encore une fois :
« Admirer les érables »

Au jour de gala du garçon
c’est propre,
même sous son nez

: Les gens célébraient les trois ans et les sept ans d’une fillette et les trois ans et cinq ans d’un garçon le quinze novembre. Ils les habillaient et les emmenaient dans un sanctuaire pour prier pour leur bonne fortune.

Le quinze,
le faisant saluer
aussi souvent qu’un singe de foire

Le seize également :
« Laissez-moi mettre le kimono !,
laissez-moi mettre le kimono ! »

Il dit souvent
à son domestique
de ne pas porter le manteau court

: Le « hanten », un manteau court, qui n’a pas l’air très chic. L’homme sentait que si son domestique portait un « hanten », lui aussi aurait l’air peu distingué.

A cause du dégel,
il la tint par la main :
quelque chose qu’on ne devrait pas voir !

: La route était si boueuse qu’elle fut forcée de tenir la main de l’homme. Mais si on la voyait faire cela…

Il pourchasse la mariée
tenant le poireau
avec ses baguettes

: Dans les temps reculés, les gens, particulièrement les femmes, évitaient les poireaux, parce qu’ils donnaient mauvaise haleine. Au banquet de noces, un homme ivre essaie de faire manger des poireaux à la mariée. C’est une scène vulgaire, mais inoubliable, et donc poétique.
« Regardez, regardez, elle va manger
des poireaux ! »
quel tumulte !

: Une femme, à Yoshiwara, allait manger des poireaux. Voyant cela, les autres femmes firent grand bruit.

Le marié
mange les poireaux
pour éviter que les gens ne blaguent

: S’il ne les mange pas, pour l’amour de son épouse, les gens vont se moquer de lui !
« Ne voudriez-vous pas mourir ? »,
sort-il
ce soir de neige

: Les gens s’empoisonnaient souvent et mouraient de manger le poisson-globe. Mais les Edoïtes aimaient les manger, appréciant l’excitation, ainsi que le goût du poisson. Remarquable brièveté poétique qui omet le mot « poisson-globe ».

« Je parie que c’est un poisson-globe ! »
le docteur-charlatan se lève
dans la nuit enneigée

Fou qui a mangé
et fou qui ne mange pas
la soupe de poisson-globe

La jeune fille avec une dot
vient à la messe bouddhiste souvent
mais en vain

: Du vingt-deux au vingt-huit novembre quelques sectes célèbrent la messe bouddhiste pour les morts… Certaines en profitaient pour y rencontrer de potentiels futurs époux. Au Japon, une jeune fille avec une dot conséquente était normalement assez laide.

Le Bouddha
ne pouvait pas sauver
la jeune fille trop grêlée

Remarquée à la Messe Bouddhiste
pendant quatre ou cinq ans :
comme ses chances sont minces !

Observant de près
la jeune fille avec une dot
elle avait un nez, mais…

: Les Japonais admirent un nez proéminent (relevé), mais beaucoup de jeunes filles riches semblaient ne pas en avoir.

Jusqu’à ce que le prix en soit fixé,
il retire les barbes
du navet

On lui fait l’amour ;
la servante
met un radis * dans sa bouche

: pour cacher sa timidité. Le « daikon » = radis blanc, radis d’hiver, radis chinois…

Quand la barrière
joue de la flûte
les feuilles dansent

: Le vent dans les bambous est froid, et les feuilles qui dansent sont mortes.

Décembre :
il réprimande quelqu’un
en comptant les jours

: Le tenancier du magasin vitupère : quel jour penses-tu qu’on soit ? C’est le douze, et il n’y a plus que dix-huit jours ! (Il y a tant à faire, en décembre : payer toutes les dettes, nettoyer la maison, préparer toutes sortes de nourritures.)

Décembre –
nous avons trop de pitié pour autrui
pour rire de bon coeur

Si la première neige
tombe en abondance
elle devient vulgaire

: Se rappeler à ce propos le verset de Bashô :

Première neige –
juste assez pour faire pencher
les feuilles des jonquilles

La blessure
qui fit de lui « un homme »
connaît aussi la neige

: Cette blessure, comme toute autre, devient douloureuse quand le temps se refroidit soudain.

« Vas-tu t’arrêter chez toi
en ce jour de neige ? »
le moquent-ils

: Ses amis veulent l’emmener au Yoshiwara. Il semble qu’il y ait un lien bizarre entre faire l’amour et la neige. Les Japonais de l’époque d’Edo pensaient que c’était un plaisir particulier de boire avec une courtisane tout en regardant un paysage enneigé. (Voir plus haut, p. 18)

Mangeant du « médicament »,
il utilise le couteau
d’un air sombre

: Les gens d’Edo ne mangeaient jamais de viande, mais en hiver, quelques uns en mangeaient, l’appelant « médicament ». Ils pensaient que la venaison et la viande d’ours sauvage rendaient forts les gens faibles. « Sabishiku » (solitairement) signifie qu’il se sentait mal à l’aise, ne maniant pas le couteau adroitement. (Voir plus haut, p.12)

Comme il fait froid !
Un aveugle
trouve un trou dans le panneau

: L’aveugle trouve rapidement le trou par lequel le vent froid souffle.

S’il n’avait pas les clochettes,
on aurait dit qu’un voleur des rues
l’avait dépouillé !

: Au milieu de l’hiver, à minuit, certains parcouraient sanctuaires et temples. Cet homme, en vêtement léger d’été a l’air d’avoir été dépouillé de ses vêtements de dessus. Les clochettes qu’il porte cependant montrent que c’est un exercice religieux.

Récitant des prières en hiver
il aide à ouvrir les portes
de l’extérieur

: Pour donner au prêtre quelque argent ou un peu de riz, il faut ouvrir la porte. Mais elle résiste par ce grand froid. Le prêtre s’y met aussi, de l’extérieur. On dirait que le Bouddha lui-même manque de forces pour que les portes s’ouvrent.

Il retourna à Kaga,
fatigué de regarder
son propre visage

: Les polisseurs de miroirs venaient principalement de Kaga (maintenant dans la Préfecture d’Ishikawa) à Edo, pour polir les miroirs (en métal) en décembre, pour la nouvelle année.

Pour oublier l’année passée ;
seuls les visages de ceux
qui n’ont rien à oublier

: A la fin de l’année, on se rassemblait pour oublier, soi-disant, tous les troubles et tristesses de l’année précédente, afin de saluer l’an Neuf d’un esprit joyeux.

« Oh, juste comme ce que tu as dit
la fois d’avant ! » :
présentation des gâteaux de riz

: Un garçon, à un voisin, puis à un autre, sa mère lui ayant dit de réciter le même compliment.

Le dernier jour de l’an
il ne jouera pas au go
par sens du devoir

La concubine joue du shamisen
sans trouble dans son coeur –
le dernier jour de l’An

Dernier jour de l’An :
grondé
pour avoir apporté un bébé dans la maison

« S’il vous plaît ! vous voyez bien ! »
dit le convalescent
au percepteur

: Comme vous voyez, j’ai été malade. Seriez-vous assez aimable d’attendre que j’aille mieux ? » Même l’argent tout puissant doit se soumettre à la mort ou à la maladie.

La veuve soudainement
fit entrer le percepteur
en le prenant par la main

: « Mon mari vient de mourir… Si vous ne me croyez pas, entrez pour constater par vous-même ! Je ne sais pas quoi faire ! Entrez donc lui offrir une prière ! » Le percepteur se retrouve dans la situation de donner plutôt que de prendre !

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