Senryû – 2 senryûistes de l’ère Meiji – 130/1/2/3/4.

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Chapitre XXX : Deux senryûistes de l’ère Meiji :

Inoue Kenkabô et Sakai Kuraki furent les deux senryûistes qui revitalisèrent le vieux senryû, dénonçant le kyôku comme manquant de poésie, et déclarant que le senryû doit avoir, en plus de son élément poétique, de la pénétration psychologique, de l’esprit et de la légèreté.

Inoue Kenkabô (1870-1934), un des rénovateurs principaux du senryû à la fin de l’ère Meiji, souhaita, dès le début, faire disparaître le kyôku, verset léger, et revenir au senryû. Ses propres versets traiter de vie et de mort, de pauvreté et de famine, d’hypocrisie et d’ambition. Les caractères extrêmes de l’homme sont les perspectives de Kenkabô. Son motto était : « Debellare superbos, parcere subjectis» (« Dompter les superbes, épargner ceux qui se soumettent » : Virgile, l’Enéide.) Nous voyons ce plaisir malicieux dans ce :

Le coup de tonnerre ;
il tombe sur la maison
la plus haute

Il a une médiocre opinion de l’humanité en général, voyant non seulement les mouches mais aussi les hommes dans leurs situations les plus défavorables

Le sadisme des hommes :
tuant les mouches
quand elles copulent

Sans qu’on lui demande,
le ciel tourne petit à petit
à l’été

Essayant d’être
non un dieu,
mais un être humain

Nous arrêtant de boire
nous connaissons le vrai goût
du vin

Du supérieur
s’approche un autre supérieur
qui le réprimande

Frappé sur sa tête rasée par un sceptre
il est éveillé
au fait que ça fait mal

: « Nyoi » : sceptre d’un maître zen.

Cette dame de la Haute Société –
n’a absolument rien
d’un être humain

: Elle est si raffinée et maniérée qu’il n’y a plus de vérité, d’humour, de tendresse ni de bon sentiment en elle.

Une vie de pénitence
jusqu’à ce qu’ils atteignent
le nirvana

Venant se noyer –
l’affreuse couleur
de l’eau

Etirant les bras
et soutenant
les cieux qui tombent

Chiens en bons termes –
donnez-leur à manger :
immédiatement ils se disputeront

: La paix est simplement la guerre en suspens.

Cinquante ans ensemble,
et toujours la même différence
de trois ans

Son visage, mort :
enfin, il a l’air
d’un être humain

Pour faire face au mur
je m’assieds en face des livres
de ma bibliothèque

: Daruma resta neuf ans devant un mur pour atteindre l’Eveil. Le poète regarde ses livres – pour trouver l’inspiration ?

Heureusement, les gens meurent
de façon à ce que les moines
ne meurent pas

Le vieux
qui ne veut pas mourir
écrase la mouche

De nos jours, seulement,
ordures, saletés, cochonneries :
la rivière Sumida !

Etant dévisagé
dévisageant de retour –
c’est tout

Aussi contrit
que tu puisses être,
la coupe est cassée

Les mouches
sont exclues
de la moralité humaine

La première bonite :
bonne pour le haïku
et pour le sashimi

: Ce verset se réfère évidemment au célèbre haïku de Sôdô :

Pour l’oeil, les feuilles vertes ;
le coucou des montagnes ;
la première bonite

Compassion et devoir –
avec ceux-ci
de moins en moins d’argent

Si nous regardons les poupées sur l’estrade,
les hommes, même là,
ont la place du dessus

: Au Festival des Poupées, les poupées représentant les groupes sociaux sont arrangées par ordre ascendant. Même là les poupées mâles ont les meilleures places

Le jour où il se marie,
l’assommeur de chevaux
se rase

Faisant amis avec pinceau et encre
ne faisant pas amis
avec l’argent

Aucune
des poupées
n’a un visage endormi

Vus par les oiseaux,
les êtres humains
rampent dans la poussière

Que nous riions
que nous pleurions :
un seul et unique visage

Apparemment fatigué de ça :
pas une âme
dans la salle de zazen

: Le senryû déteste le zen autant qu’il hait la poésie, et pour la même raison : leur transcendantalisme. Et après tout, pense le senryûiste, zazen est comme un médicament : ce n’est pas chose naturelle, humaine, plaisante. Chacun est heureux d’arrêter et de sortir de la salle de torture, un moment.

Pensant que tous les gens
sont des êtres humains,
nous nous mettons en colère

L’éphémère naît
juste pour avoir un aperçu
du monde

Quand il prête
ou quand il ne prête pas
on le traite comme un ogre

Faisant des commentaires sur
« La vieille mare »
dont Bashô ignorait tout.

Le plus célèbre de tous les haïkus :

La vieille mare –
une grenouille plonge
: bruit de l’eau

a été surchargé de profondeurs métaphysiques, mystiques, au point que Bashô serait très surpris s’il pouvait les lire. C’est vrai également de beaucoup d’autres oeuvres du passé. Le lecteur se sent libre de dire ce qui lui plaît, parce que le pauvre auteur est mort. On peut en dire autant des explications et commentaires du senryû de Kenkabô donné ici.

Le temple Honganji
dans le hall doré
des excréments éparpillés

: Les pigeons chient sur les endroits sacrés avec cette indifférence que l’on nomme à juste titre sublime.

Jusqu’à la mort
il s’attache à vous
le trou du nombril

Urinant,
puis il revêt
son costume

: Le senryû ne vous laissera rien oublier, particulièrement des choses que la sentimentalité, la « poésie », le snobisme, l’amour-de-soi choisissent de ne pas se remémorer. L’homme, resplendissant dans ses habits d’apparat, est le même qui se tint dans cette attitude disgracieuse, pissant aux toilettes.

S’il y a une marge
dans notre vie,
nous y écrivons de la poésie

: Poésie, littérature, senryû même nécessitent du loisir pour être produits.

Le millet de Mandchourie *
est inutilement élevé
pour cacher les amants

: dix ou douze pieds de haut. Il y a un jeu de mots sur le « kaoliang », le premier caractère signifiant « haut », la partie haute du deuxième « shinobu » = « se cacher », et sa partie basse = « arbre ».

Sa beauté !
un sourire –
et il y a une ceinture pour elle !

Le vendeur de petits ballons
n’en donne pas
à son propre enfant

De manière à ne pas montrer
les toilettes publiques,
un nuage de fleurs de cerisiers

: Ceci nous rappelle le verset de Bashô :

« Un nuage de fleurs de cerisiers
La cloche vient-elle d’Ueno
ou d’Asakusa ? »

Pour l’oeil du crabe,
tous les humains
rampent de travers

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