La vie… senryû : Blyth – : Sakai Kuraki – 134-5-6)

Sakai Kuraki, l’autre grand réformateur du senryû à l’ère Meiji naquit en 1869 à Yokohama. Il apprit à écrire jeune des senryûs et certains furent sélectionnés par le neuvième Senryû. Il en vint à croire que les habitants d’Edo étaient les vrais Japonais et que leur poésie représentative était le senryû. Il fut infatigable à presser pour un retour aux vieux idéaux du senryû. Il mourut pendant la guerre.
Il évoque les trois qualités du Vieux Senryû : Ugachi, okashimi et karumi, qui, maintint-il, sont nécessaires pour le senryû moderne.
 Ugachi est une manière de regarder l’incident particulier et concret de manière à ce que quelque principe général et abstrait y devient implicite.
 Exemple d’ »ugachi » donné par Kuraki :

Il n’est pas assez populaire
avec les autres femmes
pour faire que la sienne se tracasse

Okashimi est ce qui titille le sens de l’humour :

Prêtant son seul parapluie
il reste à la maison
à bougonner

Karumi, la légèreté, signifie que le contenu du verset n’est pas obscur ni confus ; et que la forme est bonne, de manière à ce que le senryû se lise facilement. Exemple donné par Kuraki:

Le vieillard
a toujours l’esprit pour aller
au nord plutôt qu’à l’ouest

: A l’ouest est le paradis d’Amida, au nord est le Yoshiwara.

Exemples de senryûs de Karuki :

« Arrachons-les toutes »
dit le dentiste
nonchalamment

Les futuristes
ont l’air d’avoir tiré leurs idées
de miroirs bon marché

Un toit de tôle ondulée
n’est pas ce qu’il faut
pour entendre tomber la pluie de printemps

Senryûs que Karuki, en tant que sélectionneur, retint (ère Meiji) :

Le philosophe :
les cieux savent, la terre sait,
je ne sais pas
(: Ittôsai)

Le grand frère
fait grand cas
d’autres jeunes soeurs
(: Genkaibô)

La servante
fait les coussins petits,
proportionnellement
(: Shûji)

Riant
à leur première rencontre :
les débuts de l’amour
(: Azembô)

Les suppléments du journal
il les vend
comme s’il les avait faits lui-même

Dans la chaise du dentiste
il répond :
« Ah -, Ah -, Ah – »
(: Bunshô)

Disant amen
puis
lorgnant alentour
(: Monoyo)

Perdant
un parapluie emprunté
sur le chemin du retour
(: Shûji)

Méprisant les êtres humains
le prêtre expose
la grande Loi Bouddhiste
(: Kanehiko)

Epilogue :

Les senryûs sont toute la vérité vue par les coiffeurs, les prêtres, les parasites, les marchands japonais des XVIIIè, XIXè, XXè siècles.

 Les senryûs modernes manquent de la rudesse et du cynisme, ont la même résignation face à la volonté insondable des dieux qui caractérise le senryû ancien. Les Japonais pensent toujours qu’il est préférable d’avoir doucement tort à avoir violemment raison.

°°°

FIN de Japanese life and character in senryu, de R-H. Blyth, Hokuseido Press, 1960.

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