Archive for mai 2015

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 13/24

22 mai 2015

°

izumi no soko ni ippon no saji natsu owaru

Iijima Haruko (f) (1921-2000) Membre du groupe de haïku Taka (« Faucon »).

une cuiller
au fond de la fontaine –
l’été est parti

°

« kakute natsu hatsu » to rippukuchô ni kakite neru

Imoto Nôichi (m) (1913-1998)

« Enfin la fin de l’été »
écrit de mauvaise humeur
et puis au lit

°

shinimo no aka no hotette orinikeri

Gotô Hinao (1917-) Leader de Fûei (« Improvisation ») et membre associé du groupe Hototogisu (« Coucou »).

la chair écarlate
de nouvelles patates douces
toutes rouges de couleurs

°

me mo mimi mo ushinai gege no sagirigaki

Tomita Chôji (m) (1940-) Ancien leader du groupe de haïku Wakatake (« Jeune bambou »). Comme le poète Murakami Kijô (1865-1938), il a perdu la vue et l’audition.

la dernière répétition
sans voir ni entendre –
cherchant les mots

°

ryûtô no te o hanareyuku magiwa kana

Ochiai Suibi (1937-) Leader du groupe de haïku Ukino (« Champ flottant »).

juste au moment
où cette lanterne flottante
quitte mes mains…

°

yukisugite mune no Jizôe akari kana

Washitani Nanako (1923-) Leader du groupe de haïku Nanpû (« Vent du Sud »).

après être passée
la clarté de la fête de Jizô
reste dans mon coeur

°

shiranui o ichiretsu no musha yogirishi yo

Kawano Ryôsô (m) (1929-)

a travers le feu follet sur la mer
un seul rang de guerriers
passe en marchant

°

tômeina uo ga sora tobu yoru no aki

Fukuhara Jûô (1903-1992)

un poisson transparent
vole dans le ciel sombre –
une nuit d’automne

°

asagao no kon no kanata no tsukihi kana

Ishida Hakyô (1913-1969) (m) Fondateur du groupe de haïku Tsuru (« Grue »).

mois et jours futurs
s’étendent au-delà du sombre et du bleu
des belles-de-jour

°

shinryô ya kama no hasaki ni kusa no kuzu

Ikeda Shûsui (1933-) (m) Memre associé du groupe de haïku Seizan (« Montagne bleue »).

première fraîcheur d’automne –
sur le bord d’une faucille
une tige d’herbe

°

hachijû wa dôjo nimo nite shirofuyô

Yasome Aiko (1934-) (f) Membre associée du groupe de haïku Kari (« Chasse »).

Quatre-vingts ans
et toujours juste comme une fillette –
l’hibiscus blanc

°

sono nochi no chôjû ni Tobasôjôki

Suzuki Eiko (f) (1929-) Membre senior du group Shuntô (« Lumière de printemps »).

Depuis lors
on se souvient de Tobasôjô
par les animaux et les oiseaux

: Tobasôjô : peintre et prêtre de l’ère Heian (794-1185)

°

poppentei kosumosu afure hito afure

Yamada Mizue (1926-) Leader du groupe de haïku Mokugo (« Langage des arbres »).

de cosmos et d’invités
ma hutte-poppen est remplie
à ras bord

: « poppen » : un petit instrument de musique en verre.

°

michibata ni uru hajutô mo Kudara kana

Arima Akito (m) (1930-) Spécialiste en physique atomique, ancien président de l’Université de Tokyo et Leader du groupe de haïku Ten’i (« Providence »). Apprit le haïku avec Yamaguchi Seison (1892-1988).

les pêches blanches
vendues au bord de la route
font aussi partie
de Kudara

: Kudara : un des trois anciens royaumes de Corée. Les pêches blanches indiquent l’automne.

°

(A suivre, p. 148)

Haïkus, etc. Py – janvier 2015

22 mai 2015

°

bientôt
la fin du je ? –
Nouvel An 2015

une mouche
à l’envers de la vitre
ventre
au soleil

les canons-à-neige muets –
la dameuse
s’y met quand même

mémé
monte en raquettes
derrière pépé –
chemin de neige

Certains haïkistes (français)
ont beaucoup de mal à
faire le vide *
dans leur haïku

* = vider (leur haïku)
du trop plein des mots
(inutiles… morts…)

2 janvier –
une mouche à l’envers sur la vitre
ventre au soleil

une mouche morte
sur le rebord de la fenêtre
ce 3 janvier

pattes au ciel
une mouche morte
ce 3 janvier

Le haïku est un poème blanc –

– le blanc du papier
(re)couvre les mots…

Inondations :
De boue,
les dégâts !

tout attentat est odieux
– surtout s’il est religieux

rire
ou mourir
faut-il choisir ?

ô dieux,
que de crimes
en vos noms !

Les corvidés
préfèrent-ils
la Croassie ?

où rire
mène à m
ourir…

ô dieux cruels
hier(s)
demain(s)

: Bannir les dieux !

Mourire de rir

Charlie
Charrie
Charpie
– hebdo

ce soir
la pointe d’une bougie
la flamme d’un crayon
à la fenêtre

– la défaite des lumières ?

« regarde la vie en fa  »

Trashédie

ce matin
du balcon mouillé
ramasser les restes de cire
de la bougie-Charlie

Barbarire

C comme Charlie
R comme Charlie
A comme Charlie
Y comme Charlie
O comme Charlie
N comme Charlie

Pizzicati de contrebasse –
ses seins
à contretemps

: dp (in Bulles de musique, éd. Pippa, 2013)

« tango argentin
à travers le chemisier
seins à contretemps »

: Patrick Gillet, 2è prix Mainichi, 2014.

Percusition

Aux semeurs de mort
aveugles
et sourds
nous faisons un
crayon d’honneur

Aux morts
pour le rire
nous (a)dressons
un crayon d’honneur

La tante de mon fils
est partie
le soir même de la Grande Marche *
rejoindre les
CHARLIE’s
ANGELS **
(: des couillus, ceux-là !)

* cf « La longue marche » (de Mao… de Gandhi…)
** série-télé 1976-, film (américain) 2003.

On t’envoie au paradis
avec une ceinture d’explosifs
– va faire sauter Dieu !

une banane au bout de la main
elle montre à l’enfant
l’avion près d’un nuage

où se trouve
la minute de silence
entre les mots ?

Rentré de Sy rit ?

Les 12
de Charlie Hebdo(s)
envoyés en S’y-rit ?

Charlie Hebventre
Charlie Hebcouilles
Charlie Hebsang

Charlie Hebcul

Mort à ces dieux mortifères !

– Les bonnes idées de Dieu ?

dieu,
franchement,
c’est plutôt une mauvaise idée !

« dieu » : le sens du massacré ?

dieu,
devra-t-il rendre des comptes
pour tous ceux
qu’il (a) fait massacrer ?

Charlie,
ces anges
couillus,

ces couillus angéliques !

sine dieu

Dieux : crimes à perpèt(r)e

Il doit y avoir un sacré bug
entre dieu
et les hommes !

martyres des djihadistes :
dieu les fait ensuite
sauter sur ses genoux ?

ceux pour qui
« sacré »
et « sacrifié »
sont de la même famille…

Quant à Sarko
il se fraie-
tille
coude après coude
une place
pour la photo,

sa place
au premier rang

, ce Charlot
pitoyable !

, ce charlie-tan(t)
ridicule !

Au milieu de tous ces Charlie, Sarko-Charlot

Nicolas premier
joueur de coudes
de France ?

onanisme : l’auto-rut

Il jouait déjà des épaules,
il joue aussi
des coudes

Sarko, convenez-en
est une source inépuisable
de senryûs !

Marche pour Charlie :
Sarko à lui seul
est caricature

les autruches
du nucléaire :
enfouissement des déchets

Ce que Sarko préfère
dans « Je suis Charlie », c’est
« Je »

Marche pour Charlie :
après la photo de classe
Sarko retrouve son rang

Ils sont tous Charlie
je continue d’acheter
Siné-mensuel

bonnet de jour,
bonnet de nuit :
l’hiver – et la vieillesse ?

La nuit tombe
entre les cornes de la vache
– Kaokoveld *

* Afrique du Sud-Ouest.

l’élève de Qigong :
ses lacets du même vert
que les carreaux de la salle

2ème année
qu’un Père Noël
pend lamentablement
du balcon d’en face

au balcon d’en face
un père Noël
pendu par les pieds
oscille du bonnet

fin janvier
le père Noël
pendu au balcon d’en face
reçoit
quelques flocons

Après un service « funZèbre »,
enterré au cimetière
du père H.S.

°

dp.

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïkus – 12/24

21 mai 2015

°

kenkon no itteki tonari hadaka nari

Usaki Fuyuo (m) (1931-) Maître de renga et poète de haïku lyrique. Il dirige et publie la revue de haïku Ashita (« Demain »).

n’étant qu’une goutte
entre ciel et terre,
totalement nu

°

ryôfû no ikkai toshite otoko kuru

Iida Ryûta (1920-)

juste comme une masse
d’air rafraîchissant
un homme arrive

°

kotoba machitsutsu suzushisa no naka ni iru

Hirose Naoto (m) (1929-) Membre senior du groupe de haïku Unmo (« Gélatine ») mené par Iida Ryûta. Puis meneur du groupe de haïku Hakuro (« Rosée blanche »).

assis tranquillement
dans la fraîcheur de l’été, attendant
que les mots viennent

°

mi o sorasu niji no / zetten / shokeidai

Takayanagi Shigenobu (m) (1923-1983) Un des compositeurs majeurs du haïku d’avant-garde

où se courbe en arrière
un arc-en-ciel à son zénith
– le gibet

°

garasu bakari shôgakkô no yûyake ori

Katô Shûson (1905-1993)

seules les fenêtres
d’une école élémentaire
dans la lueur du crépuscule

°

gassan ni sokuryoku no aru kumo no mine

Minagawa Bansui (1918-) Leader du groupe de haïku Shunkô (« labour de printemps »

sur la Montagne de la Lune
une colonne de nuages en rang
s’élève rapidement

°

sôkai ni u ya gaki ya ite oyogikeri

Kaneko Tôta (1919 -)

dans la mer bleue
où cormorans et fantômes affamés
ont déjà nagé

°

wankyokushi kashôshi bakushinchi no marason

Kaneko Tôta (1919-) Ex-Président de l’Association moderne de haïku, leader du groupe Kaitei (« Parcours nautique »).

tout tordu et brûlé
à l’hypocentre de la Bombe
un marathon

: le plus célèbre et représentatif des haïkus de Kaneko Tôta. Il fut composé sur le site du bombardement atomique. Un marathon en relais fut couru entre Hiroshima et Nagasaki entre les 6 et 9 août, dates auxquelles les deux villes subirent l’attaque nucléaire.

°

(A suivre : p. 133)

Haïkus, etc Py – février 2015

21 mai 2015

°

livre neuf –
un cil
coche un haïku

sur le chemin
du stage de bâton ce matin :
un livre de haïkus,
les cris des mouettes sur la Seine

lundi matin 2 février,
une fine couche de neige –
la mousse de l’eau de vaisselle

10 ans :
au lieu de sauter à la corde
elle saute à la bombe –
Boko Haram

des piaillements
percent le froid du matin noir
début février

il s’est bien mouillé
pour sauver la centenaire
des flammes !

Le haïku
doit épouser
la forme de ses rythmes
les plus élémentaires,
les plus naturels…

: la forme
c’est le rythme

(Le rythme dicta forme)

métro :
elle éteint ses chaussures

l’homme
est un homme
pour l’homme

le panneau
« Centre de secours »
pointe vers le ciel

un élastique
clé de sol
sur le trottoir

à l’abri du froid
la plante verte
se tresse
vers la lumière

nous préludions à l’amour –
je dus me lever pour pisser
mais je ne pus jamais retourner dans son rêve

pendu par les pieds
tout au bout de son balcon
un ancien père Noël

le vent
balance le bonnet
du père Noël
pendu de son balcon

… quant au Père Noël
à l’envers
au bout de son balcon :
le sang
lui est tombé
à la tête ?

… quant à la plante verte
derrière son carreau
(à l’abri)
elle grimpe, elle grimpe
et continue sa tresse
vers le haut

… se tresse
avec tant d’adresse

vers le haut
vers dehors,

spirale
géniale

je vous souhaite
de bien avancer
sur le chemin
de vous-même

trois élèves de Qigong
recentrent leur énergie
– un lotus qui se referme

silence :
laisser infuser l’image du haïku
pour bien s’en imprégner

étoiles, lucioles, gouttes
vers le réverbère

Arrêter le temps
Faire couler celui d’un livre

la pluie –
elle resserre son décolleté
(Saint-Valentin)

les vieux
se recourbent
ralentissent
rejoignent le temps

… pour qui je virgulais du coeur…

Pourquoi tourner autour des mots ?
: un seul, au centre

Pourquoi tant de mots ?
: un seul
mais juste !

jour de la Saint-Valentin :
annulé nos billets
pour Nouméa

la solitude du robinet :
goutte à goutte

(d’après Cécile Duteil : « Solitude / le robinet / goutte à goutte »)

la solitude du robinet :
goutte…
goutte…

la fleur
ne fait rien :
elle attend
que le printemps
la pousse
l’ouvre

Pour la Saint-Valentin
des affiches
Lise Charmel

au bout de leur tige
les bourgeons de géranium
sont si lents !
– mi-février

drone
survolant la centrale :
ami, ennemi ?

manucure impeccable,
elle accroche un ver de terre
à l’hameçon

une pantoufle mauve
sur une flaque d’eau
– ciel de février

la plume de canari
refuse
de monter dans la pelle

doigts d’une femme
faisant leur gamme
dans son sac à main

Charlie sous le coude,
les gouttes sur le parapluie

comme un bébé dans ses bras
son six-pack
de bières

2ème Charlie
après le crime
plus personne ne se précipite
au kiosque à journaux

25 février
le soufflé Charlie
retombe

Plus personne ne se précipite
au kiosque :
2è Charlie de l’an 15

un kaïkaïku :
un haïku qui fait se sauver
en courant

les oiseaux chantant
je m’égoutte
près du buisson

Janvier :
le mois de l’envol définitif des Charlie :
2015 : Charb, Cabu, Maris, Wolinski, Tignous, Honoré
2014 : Cavanna
2005 : (Le professeur) Choron

« Sarko l’incruste » :
« La première rigolade post-attentats »
(: in « La Presse Satirique, n° 10, p.8)

Sarkozy :
à lui seul
une caricature
– que dis-je ?
: mille caricatures !

(cf je-suis-nico.tumblr.com)

« Rire, c’est la meilleure arme contre les cons » : Maël Jones
(in : « La Presse satirique, n° 10, p. 8)

d’un inspir ronfleur
labourant un pan
du matin

(ancien = 2006 ? -:)

septembre
ses feuillets tombent
sur le trottoir

au coeur du traVail
cet envol de l’oiseau

au coeur de l’
enVol
les ailes s’ouvrent

au coeur de l’
enVol
ailes ouvertes

ciseaux
l’oiseau
scie le ciel

ciseau(x)
l’oiseau
ouvre le ciel

Faire haïku net !

quiet
le frigidaire
qu’on remplace demain

/(: inquiet ?)

/(: parce qu’inquiet ?)

°

dp

‘Une mare cachée’ : une anthologie moderne de haïku – 11/24

21 mai 2015

°

ubaguruma natsu no dotô ni yokomuki ni

Hashimoto Takako (f) (1899-1963) Apprit d’abord le haïku avec la haijin Sugita Hisao (1890-1946) à Kyûshû. Puis étudia la construction interne du haïku avec Yamaguchi Seishi.

une poussette de bébé
se tourne de côté, face à des
vagues d’été déferlantes

°

ningún yo fuku no sejiwa wa ase no tame

Hayashi Shô (m) (1914-) Conseiller auprès de magazine du groupe Oki (« Au large ») et membre senior du groupe de haïku Ashibi (« Andromède japonaise »).

Vous, êtres humains,
habits tout froissés dans le dos
par la transpiration

°

enten no tôki ho ya waga kokoro no ho

Yamaguchi Seishi (1901-1994)

sous un ciel de feu
une voile au loin –
la voile dans mon coeur

°

enten no dokonimo furezu modori kinu

Kamikura Utsuwa (1927-) Leader du groupe Fûdo (« Climat »), destiné principalement aux (plus) jeunes poètes.

Revenant,
n’ayant pas été touché
par le soleil brûlant

°

me no shita o fume o tôseru atsusa kana

Saitô Umeko (f) (1929-) Leader du groupe de haïku Seikaiha (« Vagues bleues »).

chaleur d’été éblouissante
et cependant passe un navire
juste sous mes yeux

°

awaki haha koki tsuma doyô suginikeri

Hasegawa Sôgyo (m) (1897-1987) Editeur d’un magazine appelé Seiju (« Arbres verts ») qui connut plus de trois cents numéros. Reçut le Prix Dakotsu en reconnaissance de la dévotion de sa vie entière à l’art de la composition du haïku.

Mère dans une pâle lumière,
femme dans une ombre profonde –
la canicule des étés disparus

°

shizukasa no seboneni shizumu taisho kana

Mori Sumio (h) (1919-)

sérénité qui
pénètre jusqu’à la colonne vertébrale –
un jour de la mi-été

°

naarai no minawa osamari aburaderi

Itami Mikihiko (1920-) Leader du groupe de haïku Seigen.

après avoir lavé des légumes verts –
ronds de vaguelettes qui s’élargissent
et soleil d’huile

°

minzoku no kôgan kuroki nishibi kana

Nagata Kôi (1900-1997)

Les testicules noires
d’une race entière – chaleur venant du
soleil de l’ouest

On peut comparer ce haïku avec celui du poète américain Raymond Roseliep (-1983) :

Christ en main
balance le gentil sac
entre mes jambes

°

suiren e ago o noshiori hiyashiushi

Ikegami Shôjin (1925-); Etudia avec Nakamura Kusatao. Ce haïku, composé en Inde, reçut de grands compliments de la part de Kaneko Tôta :

une vache se rafraîchissant
tend son menton vers
les nénuphars

°

(A suivre, p. 124)

‘Une mare cachée’ : une anthologie moderne de haïku – 10/24

19 mai 2015

°

samidare no amadare bakari Ukimidô

Awano Seiho (1899-1992) Leader de Katsugari, et membre associé du groupe de haïku Hototogisu (« Coucou »)

sous la pluie d’été
seul le bruit des gouttes
autour de l’Ukimidô

: Ukimidô = un sanctuaire dédié à Bashô, au bord du lac Biwa.

°

Sado e muku Ryôkan zazô tsuyugumori

Imoto Nôichi (1913-1998)

la statue assise de Ryôkan
regarde vers l’île de Sado –
nuage de la saison des pluies

°

koibotaru futatsu no seoto autokoro

Shiihashi Seisui (1920-) (m)

lucioles amoureuses
où les bruits de deux rivières
se rejoignent

°

hôrei no yami to narikeri hotarukago

Katô Minako (f) (1925 -) Leader du groupe de haïku Ôjiki (nommé d’après les sons d’une cloche de temple)

les nuances de l’obscurité
s’enrichissent et s’approfondissent –
lucioles en cage

°

tôi hi no kumo yobu tame no natsubôshi

Ômaki Hiroshi (m) (1931 -) Membre associé du groupe Oki (« Au large »), il mène le groupe Minato (« Port »)

nuages il y a si longtemps,
et pour s’en souvenir –
un chapeau d’été

°

taki ochite gunjôsekai todorokeri

Mizuhara Shûôshi (1892-1981) (m). Shûôshi apprit beaucoup de Buson…

cascade chutante…
résonne comme tonnerre
dans un monde de mer verte

°

takisubo no mizu onozukara hitosuji ni

Yamada Reichôshi (1903-1996) Mena le groupe Nanpû (« Vent du sud »).

l’eau dans le bassin
d’une cascade coule droit
dans sa propre ligne

°

kingyo hashi tokisute oshimu momi no iro

Arima Kazuko (f) (1910-)

magnifique poisson rouge –
couleur d’un « momi »
difficile à jeter

: « momi » = un très fin ourlet de soie rouge sur un kimono féminin.

°

natsutsubaki sanki ugokeba âme to naru

Shimatani Seirô (1949-) (m) Membre du groupe de haïku Fûdo (« Climat »), également leader du groupe Ichii (« Feuille rouge »).

camélia d’été –
l’air change au sommet des montagnes
pour devenir pluie

°

sekei no mizu kumi ni deru hoshi no naka

Okada Nichio (1932-) (m) Leader du groupe de haïku Yamabi (« Feu de montagne »), il est considéré comme le premier des poètes de haïkus de montagne.

Pour tirer de l’eau
dans une vallée enneigée,
sortir au milieu des étoiles

°

unkai ni kurosankaku no Fuji no kage

Tsukakoshi Toshô (1922-) Mène le groupe de haïku Mori (« Forêt »)

le triangle noir
de l’ombre du Fuji
dans une mer de nuages

: Le poète apprit le haïku sous la férule de Yamaguchi Seishi, leader du groupe Tenrô (« Sirius »). Ce haïku rappelle de fait un verset de Seishi à propos d’une autre montagne :

setsurei no daisankaku o kama to yobu

le grand triangle
du pic neigeux de la montagne
s’appelle La Faucille

: Yamaguchi Seishi.

°

(A suivre : p. 112)

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïkus – 9/25

17 mai 2015

°

sawagani no ima kakuretaru kusa ni ame

Murasawa Kafû (m) (1918-2000) Leader du groupe de haïku Sagano (: une région à l’ouest de Kyoto. Egalement membre associé du magazine de haïku Tsuru (« Grue »).

pluie sur les herbes
où un petit crabe de rivière
vient juste de se cacher

°

tenshizô kudakete shoka no chô mureori

Mizuhara Shûôshi (h) (1927-) L’auteur étudia le haïku dans les groupes de haïku Kaze (« Vent ») et Tenrô (« Sirius »). Leader du groupe Tenpaku (« La Voie du Ciel »)

trois grandes rivières
divisant les rizières vertes
de la plaine de Mino

: Mino est l’ancien nom de la Préfecture de Gifu, et les trois rivières les plus grandes qui la traversent sont les rivières Nagara, Kiso et Ibi.

°

ishi miyuru yami ni u no kage hashirikeri

Kondo Ikkô (1912-1996) Leader du groupe de haïku Kaiyose (nommé d’après une brise de mer au printemps).

on voit des pierres
dans l’obscurité
où l’ombre des cormorans
est passée

°

tsuru asobi hajimeshi kyûrinae o kau

Tagawa Hiryoshi (m) (1914-1999) Membre senior de l’école de haïku menée par Katô Shûson Kanrai (« tonnerre du milieu de l’hiver »). Il publia un magazine haïku appelé Riku (« Pays ») et fut un des pionniers du haïku moderne au Japon.

semis de concombres
à peine achetés, les vrilles
commencent à onduler

°

umi to iu ôkina mimi ni kankodori

Takaha Shugyô (m) (1930-) Leader du groupe de haïku Kari (« La chasse »), et Président de l’Association des Poètes de Haïku.

Dans une oreille si énorme
que nous l’appelons lac
s’en vient le cri du coucou

°

nakishi ato kusaya o hanatsu tori no sora

Nakamura Sonoko (f) (1913-2001) Fut une des poétesses modernes de haïku les plus représentatives.

après de bons pleurs
lançant des flèches d’herbes dans
un ciel pour oiseaux

°

hito nakute sanga shitataru Yamato kana

Kadokawa Haruki (1942-) (m) Fut à la tête de la maison d’édition Kadokawa.

même sans toi
les collines et les rivières de Yamato
trillent comme avant

°

Gakkôbosatsu isshi yori kumo tarasu

Fujii Wataru (m) (1913-1995) Membre senior du groupe de haiku Kari (« La chasse »)

Bodhisattva de clair de lune
laissant descendre une araignée
d’un seul doigt

°

isogunakare tsuki taniguku ni saehajimu

Akao Tôshi (1925-1981).

Ne passez pas si vite –
la lumière de la lune vient juste de se poser
sur un crapaud de la vallée

°

katatsumuri onoga bikô no naka o yuku

Chiyoda Kuzuhiko (m) (1917-) Membre senior du groupe de haïku Ashibi (« Andromède japonaise »).

un escargot rampe
à la lueur d’une lumière
entièrement sienne

°

(A suivre, p. 98)

A propos de Taneda Santôka dans « Dans « Le Bol du Mendiant » :

17 mai 2015

°

Citations tirées de Dans « Le Bol du Mendiant », éd. Atelier Manda, 2008.

De la préface (p.4) :

« Le rythme créé par l’absence de règle dans la structure de ses haïku (…) »

: Tsukasa KAWADA, Consul Général du Japon à Strasbourg.

De la présentation de Taneda Santôka (Santôka, son nom de plume, signifie « le feu au sommet de la montagne »), pp. 164-5 :

« Santôka compose ses haïku dans une forme complètement libre, abandonnant le rythme de 5-7-5 syllabes et le recours au kilo (mots de saison) au profit d’une expression libre, d’une apparente grande simplicité. La poésie peut être répartie sur deux, trois ou quatre lignes selon l’image recherchée. Pour Santôka (…) si les mots expriment le sujet, seuls le rythme, la musique, la répétition des mots donnent vie aux mots. »

« (…) haïku, poésie qui pour lui, indissociable de la « pure expérience », est l’expression de la spontanéité, de la simplicité, de la quiétude et de l’impermanence. Ecrits dans une langue simple, les haïku de Santôka sont le reflet de son quotidien, des choses communes auxquelles on ne prête plus guère attention. « Il est des trésors cachés dans l’instant présent » affirme-t-il. »

(Il) « rêvait de « mourir seul, en paix, dans un champ comme les moineaux et les éléphants ». »

°

Ses 7 recueils de haïku :
Le bol du mendiant, 1930
Stoupa d’herbes et d’arbres, 1933
Voyages dans les montagnes et sur les eaux, 1935
Paysage d’herbes folles, 1936
Feuilles de kaki, 1937
Froide solitude, 1939
Corbeau, 1940.

°

(D’après mon comptage – qui n’est peut-être pas tout-à-fait précis ? –
de ce premier recueil (91 haïku), la moyenne des mores s’élève à 14 par haïku.
2 haïkus en comptent 9
2 en comptent 10
6 en comptent 11
16 en comptent 12
13 en comptent 13
13 en comptent 14
12 en comptent 15

Seuls 6 haïkus comptent 17 mores, et parmi ceux-ci seuls trois sont de facture « académique » (5-7-5) !

°

dp (17/5/15)

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 8/25

16 mai 2015

kaze kureba mizu waku gotoshi wakabayama

Kikuchi Tsuneko (f) (1922-) Leader dru groupe de haïku Ran (« Orchidée »).

au flanc de la montagne
le vent tourbillonne comme de l’eau
à travers de jeunes feuilles vertes

nirewakaba haneuchiwa hodo no kaze o hi ni

Kurokawa Miki (m) (1905-1994) Membre associé des groupes de haïku Hototogisu (« Coucou ») et Natsukusa (« Herbes d’été »).

nouvelles feuilles d’orme
le vent effleure un mémorial de pierre
tel un éventail de plumes

: Kurokawa Miki éleva des mémoriaux de pierre pour de nombreux haijins japonais dans le jardin littéraire qu’il créa à Kanie, dans la préfecture d’Aiche.

takenoko ga mayo no adoro no lusa no naka

Iida Ryûta (1920-)

une pousse de bambou
parmi les buissons épineux
au profond de la nuit

asashi no hayai ie no aomugi ni rôba

Kaneko Minako (f) (1925-) Membre associée du groupe de haïku Kaitei (« Milles nautiques ») et femme du poète Kaneko Tôta.

une vieille femme
dans le blé vert à côté d’une maison
au soleil levant

bôtan no hyaku no yururu wa yu no yô ni

Mori Sumio (m) (1919-) Leader du groupe de haïku Sugi (« Cèdre ») et membre de l’Académie Japonaise des Arts.

cent pivoines
bouillonnant dans la brise comme
de l’eau bouillante

bonnô no beni o honnori hakubotan

Hinoki Kiyo (f) (1937-) Leader du groupe de haïku Tôya (« Flèches lointaines »)

pivoines blanches
si faiblement rougies
de désir charnel

amatsuhi ni kin no shibe haki kurobotan

Matsumoto Sumie (f) (1921-) Ecrit des haïkus depuis plus de cinquante ans, dès l’âge de 19 ans. A étudié le style de la « description objective », caractéristique de l’école de haïku Hototogisu (« Coucou »). Publie maintenant son propre magazine de haïku : Kaze no Michi (« La Voie du Vent »).

jusque vers le soleil
projetant leurs étamines dorées –
les pivoines noires

tanidani ni fuji no kakehashi seigogatsu

Koga Mariko (f) (1924-) Membre associée du groupe de haïku Tochi (« Marron d’Inde »).

ponts de glycine
recourbés au-dessus des vallées
ce Mai Sacré

yama shotte yorozu uru mise mushanobori

Kurenuma Keiichi (m) (1924-1995)

un grand magasin
portant une montagne sur son dos –
une bannière de samouraï

dokomademo umi dokomademo satsukibare

Hoshino Tsubaki (f) (1930-) Leader du groupe de haïku Tamamo (« Algue marine ») que fonda sa mère, Tatsuko, première femme à éditer et publier un magazine de haïku. Tatsuko fut encouragée dans cette aventure par son père Takahama Kyoshi, et le groupe commença en 1931. Le 700ème numéro de la revue du groupe parut en juillet 1989. Tsubaku compose son oeuvre avec un esprit libre et ouvert.

la mer s’étendant
aussi loin que peut percevoir l’oeil –
ciel bleu de mai

aobazuku ima tenohira ni nanimo nashi

Kawakami Kiseki (m) (1920-) L’auteur appartient au groupe de haïku Tsuru (« Grue »), dont le leader est Hoshino Bakkyujin.

hululement d’un hibou –
la paume de ma main est
complètement vide

(A suivre, p. 87)

‘Je, François Villon’, de Jean Teulé, roman.

15 mai 2015

éd. Pocket n° 13135.

p. 270 (à propos du roi René, duc d’Anjou :)

« – Oh, j’ai envie de poéter ! Je sens que ça vient. »

p.274 :

« Le duc d’Anjou est déçu. Jamais il n’entend tintinnabuler vos grelots ni ne vous voit gambader joyeusement dans sa bergerie idyllique en inventant des versiculets. »

pp 276-7 (dialogue entre le duc d’Anjou et François Villon) :

« – Quels sont vos autres thèmes ?
– Presque tous mes vers roulent sur moi, sur ma vie, mes malheurs, mes vices. Je trouve mon inspiration dans les bas lieux, dans les amours de coin de rue !
– Pourquoi ne racontez-vous pas en un quatrain, par exemple, un peu de neige sur une branche ?
– Ce n’est pas le scintillement de la neige sur la branche que je vois l’hiver mais les engelures aux pieds !
(…)
– Je ne suis pas champêtre, pas paysagiste du tout ! Mon seul arbre est la potence. Je ne fais rien de la nature. Pour moi, il n’est de paysage que de la ville, le cimetière est ma campagne, mes couchers de soleil sont les rixes dans la rue! Je sors de la poésie bel esprit !
(…)
je fais la sale besogne d’enlever la suie sur les mots d’amour courtois et les pastorales ! Mes maîtresses ne sortent pas de l’imagination châtrée d’un évêque. Mes maîtresses sont la blanche savetière et la gent saulcissière du coin qui veulent bien, vite fait, derrière un tonneau. Alors que m’importe à moi de savoir si Gontier lutine Hélène ! »