Haïbun aux tranchées – D. Py

HAÏBUN AUX TRANCHÉES.

Nous avions rendez-vous chez Valérie pour son anniversaire. Elle avait prévu un brunch, un ginko, un kukaï, et un goûter pour terminer. Le temps, couvert en début de matinée, s’était éclairci, nous permettant cette promenade espérée. Direction le parc Robinson, de l’autre côté de la Seine, que jouxtait le « Cimetière des Chiens », mais où étaient inhumés également « chats, oiseaux, lapins, tortues, hamsters, poissons, chevaux, et même singe, gazelle, fennec, maki. », comme nous l’enseigna la brochure échangée par le préposé en contrepartie de notre écot d’entrée.
Ainsi put on découvrir quelques épitaphes remarquables :
« À notre bébé chéri KIKI »,
« SUSHI Ange Poilu »,
« TAMISE, ton Waouh Waouh nous manquera toujours »,
« À mon ChatChat tant aimé »,
« KOLA dors bien »,
« Ma MAMMINE Grand amateur de fromage »…

Quelques poèmes étaient également gravés en l’honneur de ces très chéris. Je remarquai parmi ceux-ci un premier vers :
« Ici repose Dick, des tranchées compagnon fidèle »…
et revins alors sur ses dates : 1915-1929.

Le centenaire de cette boucherie était alors partout célébré. Je me remémorai ces haïkus de la Grande Guerre, lus quelques années auparavant, à la bibliothèque Carnegie de Reims, où je travaillais à l’époque. Ils venaient d’être remis au goût du jour par une anthologie opportune.

Nous étions ensuite revenus partager et commenter nos tercets respectifs, concoctés au cours de cette marche, et nous étions enfin séparés après les gâteaux festifs et le champagne.

Ce même soir, rentré à la maison, je décidai de faire l’inventaire d’une malle héritée de ma mère.
Au milieu de divers bibelots figurait un cahier de « souvenirs », ainsi qu’elle l’avait intitulé. Je ne tardai pas à le feuilleter. Une lettre qu’elle m’avait écrite un an auparavant, mais ne m’avait pas envoyée, s’y trouvait insérée. En haut de la deuxième page j’y lus : « En ce moment je me rappelle les chiens qu’on a eus et qui étaient de vrais amis ». L’énumération commençait : « Toby dit Toto le premier chien de mon enfance (sa mère « Fifine » avait été rapportée de la guerre par mon père. C’était une chienne de tranchée) »…

Quelle coïncidence, me dis-je ! Le même jour, exactement, cette visite au Cimetière des Chiens où « repose Dick, des tranchées compagnon fidèle », puis cette lettre de souvenirs mentionnant Fifine, chienne de tranchée !

Balade-haïku
Sous le pont
une Africaine en boubou
devant sa tente Quechua

Daniel Py, Orly, le 28 avril 2014.

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