Article d’Éléonore Nickolay pour la revue allemande « Sommergras »

Notre amie Éléonore vient de me faire parvenir sa traduction de l’article qu’elle va publier au printemps dans la revue allemande « Sommergras ». Je ne peux m’empêcher de vous le faire partager. Je la remercie pour ce travail supplémentaire de traduction en français, pour nous ! Voici :

°°°Le kukaï Paris, constant dans le monde français du haïku

Le kukaï de Paris se déroule depuis sept ans, un samedi après-midi par mois au Bistrot d’Eustache, à côté des Halles. Au succès dans la durée de cette compétition amicale entre haïkistes contribue certainement la manière modérée et organisée de son animateur Daniel Py : musicien classique, professeur de hautbois, co-fondateur de l’Association française de haïku (aujourd’hui Association francophone de haïku), poète renommé de haïku, traducteur de nombreuses anthologies de haïku et d’essais sur le haïku. En plus de l’animation, Daniel rédige, sur un blog spécialement créé à cet effet, soigneusement le compte rendu de chaque kukaï. Ainsi sont publiés mois par mois, depuis février 2007, tous les haïkus choisis.

La bienveillance et la non formalité du groupe peuvent également expliquer la longévité de l’évènement. Participants réguliers ou occasionnels sont les bienvenus. Il n’y pas de « star- système ». Devant le haïku, nous sommes tous égaux.

Chacun apporte trois inédits. Après installation autour de la grande table de billard, recouverte pour l’occasion d’une épaisse nappe, les participants, (une douzaine en moyenne) se présentent brièvement. Ensuite, Daniel distribue trois cartons à chacun pour y inscrire ses trois haïkus. Après, il les ramasse, les mélange et les redistribue. Afin de préserver l’anonymat, chacun recopie les trois haïkus reçus sur une feuille. Et puis, le silence tombe. Nous lisons, l’une après l’autre, chacune des feuilles et notons nos haïkus préférés sur une autre feuille.
A la fin de la lecture, chacun refait une sélection finale de trois haïkus qui sont, ensuite, lus à haute voix. Daniel comptabilise les haïkus élus et nous communique le nombre de voix. Puis, les votants sont invités à commenter leurs choix. Après, l’auteur se dévoile.

Mon premier kukaï du 16 novembre fut exceptionnel, puisque dans la matinée s’était tenue l’assemblée générale de l’Association francophone de Haïku.
Le conseil d’administration, arrivé de toute la France, et d’autres membres de l’association n’ont pas manqué l’occasion de se rendre au Bistrot d’Eustache. Dans la petite salle à l’étage qui grouillait de haïkistes, Daniel Py a compté 31 participants. Ce jour-là, 32 haïkus de 24 auteurs ont obtenu une ou plusieurs voix.

Le haïku gagnant, avec 5 voix, fut celui de Jean-Claude Nonnet :

feuille jaune
glissée entre seuil et porte
un mot d’automne

Le moment où l’auteur raconte l’origine de son haïku est particulièrement captivant et parfois même émouvant.

Danièle Duteil, par exemple, s’était inspirée du récit de son époux Michel. Il avait déraciné une souche devant leur maison avec une telle peine que l’on aurait dit qu’elle se défendait comme un être vivant. Son mari en était presque à regretter son acte violent.

terre noire
de la souche qu’on déracine
la sève bleutée

Trois voix pour ce haïku.

Michel Duteil eut quatre voix pour le sien et en passant, on apprit le déménagement de la famille.

piles de cartons
trouver encore la place
des souvenirs

Dans la famille Duteil, il y a aussi la fille !
Trois voix pour le haïku de Cécile Duteil, sur la catastrophe aux Philippines :

décombres
portée par les eaux boueuses
la poupée sourit encore

Egalement, deux voix pour son haïku sur son petit neveu. Son amour pour le premier enfant de son frère et son étonnement face à ce petit miracle sont palpables :

un trait au feutre
traversant sa joue
premiers coloriages

Le soir, c’est à contre-coeur que je quitte le bistrot et ses sympathiques haïkistes. Dehors, il fait nuit et les passants se croisent en vitesse. Le vieux clochard à côté de l’église St. Eustache, à qui j’avais donné un euro avant le kukaï, a disparu.

SDF –
pauvre chat
dit la dame

Mon haïku avait obtenu deux voix. Pourtant, j’aurais préféré ne pas avoir à entendre cette réflexion sans cœur.

Dans mon train de banlieue, je commence la lecture de la première anthologie du Kukaî Paris, datée de 2010 (: La Valise entr’ouverte, éd. Unicité) . Des 45 premiers kukaï, Paul de Maricourt et Daniel Py ont sélectionné 149 haïkus de 37 auteurs.

A la page 72, je lis un haïku de Gwenaëlle Laot:

Une odeur de crêpes
dans la valise entr’ouverte
retour en douceur

Mon train s’arrête. Je suis arrivée chez moi. Je suis arrivée dans le monde du haïku.

°°°

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Une Réponse to “Article d’Éléonore Nickolay pour la revue allemande « Sommergras »”

  1. Dabernat Veronique Says:

    bel article, clair et bien illustré, qui permet à ceux et celles qui n’ont pas la possibilité d’assister au kukaï de Paris d’en percevoir le fonctionnement.   bravo!   bien amicalement   Véronique

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