Les 1012 haikai de Bashô – 131-140 )

°

fleurs tout épanouies
le prêtre se réjouit sans raison
la femme légère

(printemps 1681)

NB : Rythme hachô (« mètre brisé ») en 7-8-5, de ce poème. Le mot numeri peut signifier « facile » ou « glissant » en termes amoureux. Combiné avec « femme » il devient lourd de sens. L’expression sozoro ukibôshi (« prêtre se réjouissant sans but ») est un composé créé par Bashô.

°

(…la fleur de l’igname est vaincue par celle du lotus)

rosée des roses
les fleurs de colza
deviennent jalouses

(printemps, année inconnue).

NB : Rythme en 7-5-8.

°

(Plaisirs printaniers à Ueno :)

ivre de fleurs
la femme armée d’une épée
porte une veste d’homme

(printemps, année inconnue)

NB : Une femme, portant deux attributs masculins : une veste de kimono et une épée, était ivre de saké pour contempler les fleurs. Adoucissant l’image, Bashô suggère qu’elle était intoxiquée par la beauté des fleurs.

°

le coucou est-il invité
par les plumets de l’orge
ou par ceux des herbes de la pampa ?

(été 1681)

NB : « Les plumets du miscanthus appellent le coucou » est une expression bien connue en poésie waka. Bashô en fait un haikai en changeant l’invitation par les plumets plus petits, moins nobles de l’orge.

°

Quand est-ce une planche de salut ?
sur une feuille un insecte
dort en voyage

(été 1681)

NB : Association avec l’histoire de Huo Di, le Chinois qui eut l’idée de bateaux en voyant une araignée dériver sur une feuille.

°

sous la pluie estivale
les pattes de la grue
raccourcissent

(été 1681)

NB : La structure en 5-5-7 semble mettre en relief la ligne où les pattes de la grue sont raccourcies.

°

folie dans l’obscurité
prenant une épine
au lieu d’une luciole

(été 1681)

NB : Un proverbe dit : « Poursuivre une chose, ne pas faire attention aux autres ». Le mot « obscurité » peut s’appliquer aux moments où l’on voit les lucioles, et au fait de ne pas être très intelligent. Ce poème emploie la technique du détour. Les deux premières lignes entraînent le lecteur dans une direction, la troisième en fait changer.

°

sombre nuit bizarre
un renard rampe sur le sol
vers un beau melon

(été 1681)

NB : Yamiyo (« nuit sombre ») est le mot qui convient, mais Bashô ajouta une note précisant qu’il voulait yami no yo to sugoku (« nuit sombre et bizarre ») pour souligner l’étrangeté de la nuit. Bash^emploie la technique associative pour montrer que le renard rampe au sol à la manière dont poussent les melons. Quelques érudits voient des métaphores dans ce poème (en 8-6-5 :hachô (« mètre cassé ») : l’amant, un renard, se faufile dans une maison, le champ de melons, pour emporter la belle princesse, le melon.

°

fleur d’hibiscus
nue j’en porte une
dans mes cheveux

(été 1681)

NB : Ce verset utilise le paradoxe « nue je porte », puis résout le mystère en révélant que c’est une fleur dans sa chevelure.

°

Ont-ils cueilli le thé
Ne connaissent-ils pas
les vents desséchants de l’automne

(automne 1681)

NB : Poème en 7-5-7. les « vents desséchants » est d’ordinaire un mot de saison d’hiver, mais Bashô place ici les vents froids en automne. On cueille habituellement le thé tôt et tard au printemps.

°

(à suivre : 141-1012)

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