Le Pampre n° 10/11 : « Le haïkaï français » – 3/4)

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XVI) (fin de :) VOYAGES
(p.41 :)

J’ai fini mon beau voyage.
Je rêve dans les bureaux gris
De méduses et de cormorans

: Henri Druart (Août 1921).

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XVII : L’EAU
+ XVIII : LA MER

Le reflet du mât est l’épingle
Qui fixe sur l’écran du fleuve
La silhouette de la barque

: Jean Breton (septembre 1922).

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La résille des vagues brille
Au flanc vert du yacht immobile :
Marbre aux veines dansantes

: Jean Breton (août 1922)

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Bateaux sardiniers au couchant.
Les uns ventres dorés encore,
D’autres déjà ombres chinoises.

: Jean Breton (août 1922)

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Un voilier blanc qui s’éloigne vers l’inconnu
Et mon coeur gisant sur le sable
Comme un coquillage vide.

: J-M. Junoy (1920).

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A la godille, dans la nuit,
Le sillage de notre barque
Est comme un tourbillon d’étoiles

: Jean Breton (août 1922).

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Des sabots tinquetoquent
En minuit pluvieux
Sur le môle d’où l’on part

: Henri Druart (Quiberon, août 1921).

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Ma petite maison,
Vent du nord,
Ne l’emporte pas !

: Maurice Gobin (1918)

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Comme un bras de désespoir
Parfois dans les vagues rageuses
Une épave se lève

: René Maublanc (23 septembre 1918)

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XIX) TANKA

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XX) LA GUERRE

Une mitrailleuse ensanglantée,
Avant de mourir, a déployé
Son éventail de cadavres.

: Julien Vocance (1917)

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Trou d’obus où cinq cadavres
Unis par les pieds rayonnent,
Lugubre étoile de mer

: René Sabiron (1918)

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Un trou d’obus
Dans son eau
A gardé tout le ciel

: Maurice Betz (1921)

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Des arrivages de chair,
Bien fraîche, toute préparée,
Pour cette nuit sont signalés

: Julien Vocance (1917)

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Enterré par l’obus,
Entendre, loin, crier :
Il est mort

Maurice Gobin (1917).

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Hier sifflant aux oreilles,
Aujourd’hui dans le képi,
Demain dans la tête.

: Julien Vocance (1916).

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Montmartre, tes lumières, tes femmes
Aux jambes tièdes et douces…
Depuis hier la pluie crépite sur la tente

: Maurice Betz (1921)

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Le jour de la victoire !
Un défilé de veuves et de bambins en noir,
Et la foule étouffant sous les airs triomphant…

: Julien Vovance (1917).

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XXI) VINCENNES, 14 juillet 1917.
(: tous textes de Julien Vocance :)

Je croyais voir défiler des fantômes.
Ombres de ceux qui ne sont plus,
Tous ils portaient au front le sceau fatal…

Dans les grands chars automobiles
Chantant, chantant à pleins couplets,
Est-ce de vin, ou de fatigue, ou de gloire qu’ils sont grisés ?

Puis vous repartirez plus légers vers la mort :
Car il te faut encore saigner par tous leurs corps,
O France, ô mon pays saignant par les cinq plaies

: Julien Vocance (1917).

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XXII) LES RUINES

Il avait quatre-vingt-seize ans.
On a dû le ligoter
A la charrette, pour partir

: René Druart (Chenay, 1922).

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Passant par Fleury,
Prie pour mes rues et mes arbres
Sur la place vide.

: André Cuisenier (1921).

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L’oiseau grelottant,
Boule emplumée sur le toit,
Rêve au nid défunt

: B. Hirami (1923).

Rampe en fer émergeant du talus,
Je te reconnais. Tu témoignes
Qu’ici fut notre maison.

: René Druart (Berry-au-Bac, 1922).

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Il neige encore, – encore un haïkaï !
La terre a recouvert les corps.
La neige veut recouvrir les ruines.

: « un jeune amateur rémois : 2 haïkaï publiés dans l’Humanité. (décembre 1922).

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Clair de lune à Reims.
Un spectre de cathédrale
Lève ses bras blancs

: René Maublanc (28 mars 1922).

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Sur l’écoutille d’une péniche
Sombrée dans le petit port,
Un pinson chante

: René Druart (La Neuvillette, 1922).

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Dans les arbres fracassés,
Miracle !
Un alleluia d’oiseaux.

: René Druart (Sillery, 1922).

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En place des cloches,
Deux douilles de cuivre,
Pauvre voix du dimanche.

: René Druart (Saint-Gilles, près Fismes, 1922).

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Miséricorde d’Avril !
Les buissons de barbelés
Se couvrent d’églantines

: René Druart (Pouilly-Prévy, 1922)

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Côte à côte l’hiver
Deux buissons de fils barbelés ;
En mai, l’un fleurit d’aubépine

: Henri Druart (1er mai 1923).

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XXIII) TERCETS PHILOSOPHIQUES

(à suivre… 4/4)

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