Les 1012 haikai de Bashô – 109-119)

°

la mer bleue
dans des vagues qui sentent le saké
la pleine lune de ce soir

(automne 1679)

NB : la pleine lune est comparée à une tasse de saké. Cela pourrait être une scène de navigation pour contempler la lune où les vagues seraient imprégnées d’alcool, ou bien la « mer bleue » serait-elle une cuvette d’eau à proximité pour laver les coupes de saké.

°

une coupe de saké
de « chrysanthèmes-des-sentiers-de-montagne »
bois-la

(automne 1679)

NB : Le yamaji no kiku (« chrysanthème-du-sentier-de-montagne ») était une boisson légendaire de Chine qu’on prenait pour s’assurer longévité. On célébrait ce rite au Japon le 9/9, par un festival des chrysanthèmes.

°

néglige-le
quand je vois le paysage de Suma
l’automne de la vie

(automne 1679)

NB : Suma est le nom d’un endroit isolé en bord de mer près de Kobe, ainsi que le verbe « vivre », de sorte que le verset peut signifier « voyant Suma » ou « l’automne de la vie ». Le poème dit que la vue automnale de Suma est si belle que Bashô peut négliger le fait qu’il vieillit.

°

un matin de neige
seuls les oignons du jardin
marquent le sentier

(hiver 1679)

NB : Aux temps reculés, une manière de marquer un sentier était d’y courber des herbes. La neige est si épaisse que seuls les têtes vertes d’oignons recourbés sont visibles.

°

(Allant saluer Tsuchiya Shiyû, lors de son départ pour Kamakura.)

marchant sur le givre
cela me paralyse
de le voir partir

(hiver 1679)

NB : Tsuchiya Shiyû était un guerrier du clan des Matsue et un ami de haikai de Bashô. L’ambiguïté repose sur la question de savoir si le chagrin du départ a affaibli ses genoux ou si le fait de marcher sur la glace l’a forcé à marcher prudemment. Il y a un compliment caché dans l’idée que l’écriture poétique de Bashô sera paralysée par la perte de son ami et de l’inspiration de son écriture.

°

Ah, printemps, printemps,
admirable printemps !
etcetera, etcetera

(printemps 1680)

NB : Le début du poème est une parodie du vers d’un poème en admiration à Confucius par le poète chinois Mi Fu (1051-1107) :  » Confucius, Confucius, grand Confucius ! » Noter que « ah » est le même mot en anglais (/ français) et en japonais.

°

sous les fleurs
du jour au lendemain
je devrais m’appeler
gourde purifiée

(printemps 1680)

NB : hana, « fleurs » implique « fleurs de cerisiers ». Quand on attachesai à un nom,il indique un pseudonyme, mais cela signifie littéralement « garder un corps propre et purifié ». Bashô combine le mot avec « gourde », impliquant quela nuit passée sous les fleurs de cerisiers a purifié son être intérieur de sorte qu’il est comme un récipient sanctifié.

°

pluie du début d’été
le vert du cyprès de roche
dure combien de temps ?

(été 1680)

NB : Iwahiba (Selaginella tamariscina) est le « cyprès de roche » ou « tamaris ». La question, ambigüe, est ouverte à de multiples interprétations. Combien de temps la pluie va-t-elle encore tomber ? Combien de temps le cyprès restera-t-il vert ? Combien de temps l’arbre peut-il durer dans cet endroit rocailleux ?

°

est-ce une araignée
qui pleure
le vent d’automne

(automne 1680)

NB : Ce poème utilise la technique de la devinette pour avancer le paradoxe que les araignées ne font ni chant ni bruit, mais que le vent, qui est invisible, lui, le fait.

°

(Après 9 ans de vivre en ville, j’ai déménagé dans une chaumière en bord de rivière dans le village de Fukagawa. La raison pour laquelle je peux sympathiser avec un sage qui dit : « Ch’ang-an est un endroit célèbre et riche des temps anciens, où il est difficile de vivre sans argent », est probablement parce que je suis pauvre…)

dans une humble chaumière
les feuilles de thé ratissées
après l’orage

(automne 1680)

NB : Le sage était Po-Chû (772-846) et Ch’ang-an était la capitale chinoise à l’époque des T’ang. Ce verset utilise l’humilité et la pauvreté du poète pour exprimer l’acceptation. Il est assez improbable que Bashô ratissa les feuilles pour en faire du thé, mais il se pourrait que le vent eût amassé les feuilles en tas au bas de la clôture, ce qui lui rappelait ses provisions de thé. Ou bien le verset pourrait signifier qu’il utilisait des feuilles sèches pour faire le feu qui ferait bouillir son thé.

°

Le charbon s’est-il transformé
en bruit de bois fendu ?
le dos de la hache d’Ono

(automne 1680)

NB : Il y a plusieurs jeux de mots dans ce poème. L’un pivote avec le mot ono (« hache »), qui désigne également un lieu du nord-ouest de Kyoto, réputé pour son charbon de grande qualité. Quand cela se combine avec le mot oku (« l’intérieur », « le dos »), l’esprit du lecteur est secoué entre le dos d’une hache, le fond du quartier d’Ono, ou l’intérieur du bois.

°

(à suivre : 120-1012)

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