Les 1012 haikai de Bashô – 81-86)

°

la lune de cette nuit
polissez-la de façon à ce qu’on la voie
parader hors des nuages

(automne 1677)

NB : Il y avait deux célèbres miroitiers à Kyoto, dont le nom commençait par « hitomi » (« l’homme qui voit »). L’un s’appelait Hitomi Sado no Kami, et l’autre Hitomi Iwami no Kami. Bashô change l’un des noms pour en faire « Izumo no Kami » (« dieu de la Province » ou «  »parader hors des nuages »). Le jeu de mots fonctionne avec l’idée que, ainsi qu’un miroir nuageux a besoin d’être nettoyé, une lune couverte par les nuages, également.

°

arbre tronçonné
voyez que sa grande extrémité est
une lune des moissons

(automne 1677)

NB : l’extrémité d’un rondin d’arbre récemment débité, encore luisant de sève, ressemble beaucoup à une pleine lune des moissons.

°

les branches fragiles
cassant les papiers rouges
vents d’automne

(automne 1677)

NB : le terme de « tôshi » renvoie à un papier très fragile fabriqué en Chine. L’idée du poème pourrait être que même un rameau fragile pourrait déchirer le papier ou que les rameaux sont trop fragiles pour porter des feuilles automnales.

°

une tache
tombant sur du tofu
un morceau de feuille d’automne

(automne 1677)

NB : Il y a plusieurs inspirations possibles pour ce poème. Un morceau de feuille pourrait avoir été soufflé sur un morceau de tofu, et l’avoir teinté de rouge. Le tofu pourrait avoir été moulé avec la forme d’une feuille dessus. Ou il pourrait avoir été saupoudré de poivre rouge séché, en utilisant une feuille comme stencil.

°

la connaissant d’abord
par la flûte du célèbre musicien
la tempête de fleurs de neige

(hiver 1677)

NB : Gichiku était un musicien célèbre, spécialisé dans le « shakuhachi » (« flûte de bambou »). La phrase « hana no yuki » peut être traduite par « des fleurs avec des pétales comme de grands flocons de neige duveteux » ou « une neige de fleurs comme quand les pétales sont soufflés des arbres dans une tourmente de pétales ».

°

nuages filent
comme un chien pisse en courant
une averse d’hiver éparse

(hiver 1677)

NB : Le mot pour uriner a des variations l’une polie l’autre vulgaire. C’est cette dernière qu’utilise Bashô. Ce poème emploie la technique comparative pour suggérer que la manière dont va et vient la pluie ressemble à celle d’un chien qui court tout en pissant.

°

(à suivre : 87-1012)

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