L’Essence du Haïku 6) par B. Ross

« Un moine demande à Li-shan : « Quelle est la signification du Bodhidharma venant de l’Ouest ? »
« Il n’y a pas de « Quelle est », ici ! », dit Li-shan.
« Pourquoi ? »
« Simplement parce que les choses sont comme elles sont. », répliqua Li-shan »

: Mondo Zen.

V) Le Moment-Haïku.

On peut définir le moment-haïku comme la conjonction du particulier et de l’absolu dans un instant du temps. Le haïku est donc, à la base, une épiphanie. L’on voit avec Li-shan que « les choses sont telles qu’elles sont ». Bashô avait dit : « Apprenez à écouter comme les choses parlent pour elles-mêmes. » Dans un moment-haïku l’esprit n’intervient pas dans l’essence des choses ou dans leur synchronicité. Le peintre Juan Gris affirmait : « Vous êtes perdu dès l’instant où vous savez ce que sera le résultat. » La grandeur dans le haïku réside dans la révélation de la réalité telle qu’elle est dans tout son émerveillement et sa liberté.
De toutes les formes de poésie le haïku est celle qui reflète le plus souvent ce cas spécial de temporalité, cette union spéciale du particulier et de l’absolu dans un moment donné. Husserl a suggéré que la transcendance est le transpersonnel, mais que nous ne la connaissons qu’à travers l’objet. T.S. Eliot, dans les « Quatre Quatuors » suggère que l’histoire elle-même est un canevas de moments intemporels.
Un professeur de littérature japonaise, et maître de renku, me dit jadis que les haïku sont éphémères. Je compris qu’il parlait du poème en tant que chose physique et que genre. Ainsi, j’envisageais les haïku écrits sur des bouts de papier qui se décomposeraient naturellement. Maintenant je vois que les haïkus sont éphémères parce qu’ils reflètent le moment-haïku. Dans l’esthétique traditionnelle du Japon, les moments exceptionnels sont inrépétables dans un sens métaphysique. Avec les mots d’Héraclite « on ne peut entrer deux fois dans la même rivière. » La rivière sera encore là, mais elle aura changé les aprticularités de sa nature. Cependant il y a des rochers-haïku au Japon pour préserver de tels moments qui ne peuvent pas se répéter. Quand nous lisons certains haïku écrits par vieux maîtres Japonais, disparus depuis longtemps maintenant, et par de plus récents, nous pouvons expérimenter avec gratitude ce qu’ils ont ressenti dans nos limites interculturelles. Nous suivons la direction de leurs vues et complétons un arc énergétique qui relie le particulier à l’absolu.
Voici un haïku de la Bulgare Aksinia Mikhailova qui capture parfaitement le moment-haïku :

la fenêtre ouverte
le vieux rideau
ravaudé par un nuage gris

Le poème présente un moment avec les choses telles qu’elles sont. La fenêtre est ouverte pour laisser entrer l’air frais. Le rideau usé qui recouvre le rideau a un ou plusieurs trous. Cette scène reconnaissable a la qualité touchante de la simplicité et du vieillissement avec les objets familiers ordinaires. Cependant, par hasard, dans la sunchronisation du moment-haïku du poème, un nuage cuvre le ou les trous du rideau. Cette seule action entraîne notre sentiment dans la simplicité de cette action naturelle et dans le mystère. Le rideau n’est pas vraiment rapiécé mais une connexion poétique entre l’humain et le naturel, entre le particulier et l’universel se crée. Le nuage passera et le moment s’enfuira, mais à ce moment cette simplicité a été exaltée, non sans humour.

(à suivre : VI) Nature et Beauté.)

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