« Un souvenir » : haïbun, par Carla Sari

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UN SOUVENIR

(par Carla Sari)

« Nous passons le mois d’août à la plage de Yesolo, une étendue sablée au bord de l’Adriatique.
Je viens d’avoir quatorze ans. On me confie la garde de ma soeur Grazia et de notre cousine Elena, qui ont, toutes deux, cinq ans. Grazia a une peau olive et une couronne de boucles brunes. Elena a la peau claire, des yeux verts et ses cheveux blonds soyeux sont tenus en queue de cheval. Des femmes leur sourient dans la rue. « Bella, bella » disent-elles. Ce mot ne s’adresse pas à moi. Mais, néanmoins, ces deux joyaux font partie de ma famille et c’est moi qui m’en occupe. Le matin, je les aide à se doucher et à s’habiller. Après le petit déjeuner, tenant de blancs parasols, nous allons jusqu’au centre de notre lieu de vacances, où nous nous arrêtons pour acheter des glaces. Léchant nos cônes, nous nous promenons autour des étals, avant de tourner dans l’allée étroite bordée de grands hôtels.
« Fermez-vos yeux. Avancez de quatre pas. Ouvrez les yeux ! » leur chanté-je. Elles halètent d’excitation.

glittering
beyond golden sand
a mass of turquoise blue

scintillant
au-delà du sable doré
une masse de bleu turquoise

Sous notre parasol de plage j’étale de la crème solaire sur leur visage, leurs bras et leurs jambes, et les regarde se ruer pour ramasser des coquillages le long de la plage.
Portant un panier, Mère apparaît, à l’heure où les vacanciers s’en vont déjeuner. C’est l’heure de grâce de Maman. Nous mangeons des pains et des fruits, en écoutant la mer. « Le meilleur son du monde », dit Maman. Mais nous ne pouvons pas rester. La chaleur devient intense et la peau d’Elena doit être protégée par une chemise à longues manches et un chapeau à large bord. Un dernier regard, avant de partir faire la sieste.

deserted beach
the waves constant exchange
fills midday stillness

plage déserte
l’échange constant des vagues
remplit le calme de midi

Aujourd’hui, un événement inopiné survient sur le chemin de notre appartement. Un garçon, marchant devant, laisse s’échapper une balle de tennis et court pour la rattraper, alors qu’une voiture se précipite vers lui. Dans un grand cri je cours pour l’attraper. La voiture l’évite, l’enfant est sauf.

Après dîner ses parents viennent me remercier en m’apportant des fleurs et des chocolats. Un journaliste pose des questions, prend des photos.

glorious summer
in the local paper
the boy’s beaming face
and mine

été glorieux
dans le journal local
le visage extatique du garçon
et le mien

Carla Sari.

°°°

n.d.t. : Haïbun paru dans la revue RawNervz, et envoyé par Dorothy Howard, pour traduction (ainsi que les articles de M.B. Duggan : « Le Haïku Comme Arme » et d’Anna Vakar : « Se Connecter Aux Sensations », précédemment postés sur ce blog).

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