Archive for novembre 2010

L’Échelle brisée B 24-25/38 – S. Bellen

22 novembre 2010

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vide la maison ;
aux fenêtres sans carreaux
il rampe le lierre

devant le perron
de la maison désertée
trèfle et pissenlit

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Salim Bellen : haïkus 24 et 25 (/ 38) des haïkus non retenus pour l’Échelle brisée.

Poème de mort de moine zen – SEISETSU SCHUCHO

22 novembre 2010

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SEISETSU SCHUCHO
(mort le 28ème jour du 6ème mois de 1820, à 76 ans)

Mon heure approche et je suis toujours vivant.
Tiré par les chaînes de la mort
Je prends congé.
Le Rois de Hades a décrété
Que demain je serai son esclave.

Selon une ancienne tradition indienne, le « Roi de Hades », Emma-o (en sanscrit : Yamaraja) est le maître souterrain des morts.

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Alan Watts – The Way of Zen, p.203

22 novembre 2010

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« Pour écrire un haïku » dit-il, « prenez un enfant haut de trois pommes » – car les poèmes de Bashô ont la même objectivité inspirée que l’expression d’émerveillement d’un enfant, et nous ramènent à ce même sentiment du monde que quand nous le rencontrâmes pour la première fois avec des yeux étonnés.

kimi hi take / yoki mono miseru / yukimaroge
tu allumes le feu; / je te montrerai quelque chose de beau : / une grosse boule de neige !

Bashô écrivit ses haïkus de la manière la plus simple qu’offre la langue japonaise, évitant naturellement le langage littéraire et intellectuel, créant ainsi un style qui rendit possible pour des gens ordinaires la pratique de la poésie.
Bankei, son contemporain, fit juste la même chose pour le Zen, car, comme le dit un des poèmes (Doka) d’Ikkyu :

Tout ce qui va
à rebours de l’esprit et de la volonté des gens ordinaires
contrarie la Loi des Hommes
et la Loi du Bouddha.

(R.H. Blyth, in « Ikkyu’s Doka », The Young East, vol 2 n° 7 (Tokyo 1953).

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(p.204 :)

Le vrai sentiment du haïku est « donné » par un des poèmes de Bashô, qui cependant en dit trop pour être un véritable haïku :

Combien admirable / celui qui ne pense pas : « La vie est éphémère » / quand il voit un éclair !

Car le haïku voit les choses dans leur « ainsité », sans commentaire – une vue du monde que les Japonais appellent SONO-MAMA = « Juste comme cela est » ou « Juste ainsi ».

(…)

Dans le Zen, un homme n’a pas d’esprit en dehors de ce qu’il connaît et voit, et c’est presque exprimé par Gochiku dans ce haïku :

La longue nuit ; / Le bruit de l’eau / dit ce que je pense

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(à suivre …)

Haïkus du haïbun « Main dans la main » – S. Bellen

22 novembre 2010

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La main dans la main,
amoureux mais on devine
qui conduit la barque

Comme au premier jour
les deux amoureux s’oublient
la main dans la main

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S. Bellen, 26/12/06. (p.94-96 de Le Singe renifle en décembre)

Tierra de nadie 98 – Salim Bellen

22 novembre 2010

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Inmensidad
bichos y meteoritos
cruzan el cosmos

Salim Bellen

Immensité
bestioles et météorites
traversent le cosmos

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in Tierra de nadie (98)

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14 HAIKU de printemps – Blyth – p.521-526

22 novembre 2010

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(p.521) :

suzume no ko . soko noke soko noke . o-uma ga tôru

Issa

petit moineau,
écarte-toi, écarte-toi du chemin,
Monsieur Cheval arrive

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(p.522) :

ôzei no . ko ni tsukaretaru . suzume kana

Issa

un moineau épuisé
au milieu
d’une foule d’enfants

°

yûgao no . hana fumu mekura . suzume kana

Gyôdai

le moineau aveugle
saute sur la fleur
de la belle-de-nuit

°
(p.523) :

suzumego ya . otake-nyorai no . nagashimoto

Issa

bébé moineau :
la servante-Bouddha *
sous l’évier

°

otake no shiri wo . tataitara . kwan to nari

(: un senryû)

claquez les fesses d’O-Take *,
et « cling ! »
elles sonneront

* O-Take était une servante modèle… devenue une sorte d’image Bouddhiste faite ordinairement en métal (d’après R.H. Blyth).

°
(p.524) :

zenkôji e . itte kita kao ya . suzume no ko

Issa

les moineaux
ont l’air de revenir d’un pèlerinage
au temple Zenkôji

°

suzumego mo . ume ni kuchi aku . nenbutsu kana

Issa

les jeunes moineaux aussi
ouvrant leur bec aux fleurs de prunier :
c’est le Nenbutsu

°

suzumego mo . asa kaichô no . ma ni ainu

Issa

à l’exposition matinale
de l’image bouddhique,
les moineaux aussi sont à l’heure

°

kaichô ni . au ya suzume mo . oyako-zure

Issa

à l’exposition de l’Image,
les parents moineaux
et leurs enfants aussi

°

(p.525 :)

suzumego ya . hane aritake no . ureshi-gao

Sekiu

le jeune moineau
manifeste le bonheur
de toutes ses ailes

°

yake ni iza . ume ni iza to ya . oya-suzume

Issa

« Allons maintenant dans les bambous,
dans le prunier ! »
la maman moineau

°
(p.526 :)

tobikawasu . yatake-gokoro ya . oyasuzume

Buson

sautillant d’avant, d’arrière,
inquiets et agités,
les parents moineaux

°

kaki ni kite . suzume oya yobu . koe sewashi

Shiki

venant à la barrière
la maman moineau appelle
d’une voix insistante

°

jihi sureba . fun wo suru nari . suzume no ko

Issa

Si vous êtes tendre avec eux,
les jeunes moineaux
feront sur vous

°
(à suivre, p.526-)

Haïku Py (2001-2002 ?) Aveyron

18 novembre 2010

°
(cf Issa.)

du bout des bras du Christ
sur sa croix de montagne
des glaçons

°

d.(2001/02 ?)

16 HAIKU de printemps – Blyth, p. 516-520

16 novembre 2010

°

umi koete . kasumi no ami e . iru hi kana

Buson

traversant la mer,
le soleil couchant
dans le rets du brouillard

°

kôbai ya . irihi no osou . matsu kashiwa

Buson

fleurs rouges de prunier ;
le soleil couchant rougit
pins et chênes

°

asa kare to . yûhi konogoro . naname naru

Buson

coupez les cannabis !
le soleil couchant
penche tôt

°

waka-take ya . yûhi no saga to . nari ni keri

Buson

jeunes bambous ;
maintenant, c’est Saga
au coucher du soleil

°
(p.517) :

hakidame e . tsuru ga orikeri . waka no ura

Issa

Waka-no-Ura * :
la grue s’est posée
sur une décharge

* « un des lieux les plus beaux du Japon » (Blyth)

°

shokûdo ni . suzume naku nari . yûshigure

Shikô

au réfectoire,
les moineaux pépient
sous la pluie vespérale

°

nureashi de . suzume no ariku . rôka kana

Shiki

le moineau sautille
le long de la véranda,
pattes mouillées

°
(p.518) :

ochite naku . ko ni koe kawasu . suzume kana

Taigi

les pépiements de l’oisillon tombé
se mêlent à ceux
de la maman moineau

°

ina-suzume . cha-no-ki-batake ya . nige-dokoro

Bashô

moineaux des rizières ;
la plantation de thé
est leur havre de paix

°
(p.519 :)

cha no hana ni . kakurenbo suru . suzume kana

Issa

les moineaux
jouent à cache-cache
parmi les fleurs de thé

°

neko no ko no . kakurenbo suru . hagi no kana

Issa

le chaton
joue à cache-cache
au milieu des fleurs de lespedeza

°

kusa no ha ni . kakurenbo suru . kawazu kana

Issa

parmi les feuilles d’herbes
les grenouilles
jouent à cache-cache

°

suzume-go ya . akari-shôji no . sasa no kage

Kikaku

sur la fenêtre de papier,
les ombres des bambous nains ;
des moineaux pépient

°
(p.520 :)

hito ni nige . hito ni naruru ya . suzume no ko

Onitsura

maintenant amical,
maintenant craintif,
le bébé moineau

°

suzume-go to . koe nakikawasu . nezumi no su

Bashô

des souris dans leur nid
vagissent en réponse
aux jeunes moineaux

°

ware to kite . asobe ya oya no . nai suzume

Issa

viens jouer avec moi,
moineau
sans père et sans mère !

°
(suite, p.521…)

Haïkus non retenus pour L’Échelle brisée (21/22/23 de 38) – S. Bellen

16 novembre 2010

°

tonne le canon ;
sur la plage désertée
les crabes se terrent

°

temps de pénurie ;
avec l’eau bouillie des pâtes
le parquet lavé

°

dans la maison vide
même l’araignée sa toile
s’est empoussiérée

(est devenu :)

dans la maison vide
quelques toiles d’araignée
traquent la poussière

(puis publié par l’AFH ainsi :)

Dans la maison rose
mille toiles d’araignée
traquent la poussière

°

Salim Bellen

Tierra de nadie (66) – Salim Bellen

16 novembre 2010

°

Jours de pluie –
Combien de grillons sont-ils morts ?
se dit le moine

°

S. Bellen