Archive for juin 2010

Salim Bellen – L’Échelle brisée (B 7/38)

29 juin 2010

°

pénurie d’essence
cloué chez soi on regarde
passer les nuages

°

Salim Bellen

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Salim Bellen – Tierra de nadie

29 juin 2010

°

Serenamente
de la luna al jardin
caen las hojas

sereinement
de la lune au jardin
tombent les feuilles

°

Salim Bellen

in Tierra de nadie, 67.

Haïkus de haïbuns – Salim Bellen (2)

29 juin 2010

extraits de  » Le coq du temple  »
in Le Singe renifle en hiver, recueil de haïbuns (12/2006), p.24-27 :

°

La rosée de l’aube,
du pelage noir du chien
passe sur ma joue

°

Fin du zazen ;
j’arrête
de penser

°

Silence ;
c’est à peine si remue
l’ombre des feuilles

°

Aujourd’hui les poules
dispersent les feuilles mortes
que j’ai amassées

°

Zazen ;
le matin, ça s’éclaircit
le soir, ça s’embrume

°

Pardonne-moi, l’arbre,
de t’avoir scié la branche
qui va sur le toit

°

Zazen ;
le moustique ne sait pas
se tenir tranquille

°

Insecte sans nom
noyé dans une goutte
de rosée

°

Du fond du brouillard
pénètre sur le chemin
l’écho des grillons

°

Zazen ;
 » qui a entendu le coq ?  »
dit le maître

°

Le maître contemple
sur la table du repas
un insecte informe

°

Je reconnais
le présent
à sa fraîcheur

°

Un brouillard si dense !
le coq donnant de la voix
rappelle ses poules

°

Salim Bellen (dim. 3 décembre 2006)

°

n.d.a. :  » Zazen : séance assise de méditation, sans objet, dans un état de concentration sur la posture et la respiration, l’esprit prenant conscience des mouvements du mental.  »

Haïkus de haïbuns – Salim Bellen

27 juin 2010

°

L’aube à peine point ;
Qui, sur la place, a jeté
du riz aux pigeons ?

°

Le mendiant à l’aube
devant la boulangerie
guette son pain chaud

°

Les deux loqueteux
debout, aux premiers rayons
partagent l’assiette

°

Le paralytique
à la porte de l’église
rend grâce au Très-Haut

°

Premiers communiants ;
aux mendiants et aux pigeons
se mêlent les anges

°

Salim Bellen

in « L’indigent de Verona », 3/12/06,
extrait du recueil de haïbuns
Le Singe renifle en hiver, p.19-23.

S. Bellen À propos de son commentaire des 17 haïkus de Borges

27 juin 2010

°

 » Notre amitié s’est bâtie au fil du courrier, au fil des haïkus, cette passion de dire sans dire qui nous habite. Nous avons travaillé ensemble au projet de traduire les 17 haïkus de Jorge Luis Borges, tirés de son recueil de poèmes « Le chiffre ». Les 17 haïkus du « chiffre » ne sont pas gratuits. Rien n’est gratuit chez Borges. Tout est minutieusement travaillé. C’est une poésie de l’érudition, de la mémoire visuelle, de la vibration au mot. Il ne s’en cachait pas. Il était déjà aveugle quand il a écrit ces 17 haïkus. Leur traduction au français, alors que j’avais la grippe, nous a rapprochés. Tu m’as envoyé celle de Claude Esteban, son traducteur attitré, parue chez Gallimard, que tu as été consulter dans une librairie de la rue de Vaugirard, et que tu as copiée à la main. Notre travail fini, nous avons pris contact avec les ayant droit du poète argentin. Nous voulions publier ces poèmes et les commentaires que j’en faisais dans Gong, la revue trimestrielle de l’Association Française de Haïku. J’y parlais de ses deux voyages au Japon, alors qu’il était déjà atteint de cécité. Nous n’avons jamais reçu de réponse. Claude Esteban est mort cette année. Je l’ai appris en écoutant France Culture sur le réseau du Net. Nous avons décidé d’écarter notre traduction et de nous contenter de celle de Claude Esteban, tout aussi valable, sinon meilleure. On ne nous a pas répondu. On nous considère trop petits, de la taille infime d’un haïku. On n’est pas digne d’intérêt. Nous ne vivons pas au Japon. Ce matin, le nouveau président de l’AFH, Jean Antonini, m’annonce qu’il faut enterrer définitivement le projet Borges. Trop risqué. Il a bien raison.  »

Salim Bellen, in  » Notre Issa d’ici « , haïbun tiré du recueilLe singe renifle en hiver, p.102-104, 26 décembre 2006.

°

NB : c’est ce projet que j’ai publié ici, précédemment. (d.)

Salim Bellen – Tierra de nadie (16)

27 juin 2010

Aunque marchita
el frescor del rocio
sobre la rosa

Même fanée,
fraîcheur de la rosée
sur la rose

Salim Bellen

in Tierra de nadie (16)

Salim Bellen – l’Échelle brisée (B 8/38)

27 juin 2010

quartiers face à face
plus que les rats intrépides
pour passer la rue

(devenu :)

quartiers face à face
seuls quelques rats intrépides
traversent la rue

Salim Bellen

Haïkus de cinq – Py

27 juin 2010

°

une petite fleur
le silence

(à Marcel Peltier)

°

bousculant l’aube
les oiseaux

°

l’empyrée
sur mes épaules

°

une fois aussi
la lenteur

°

d.(26/6/10)

Tu es mon amour depuis tant d’années (2) – Nancy Huston

27 juin 2010

°

les fleurs poussent
vers la lumière,

enracinés dans l’ombre

est-elle blanche ou noire,
la neige qui tombe

la nuit ?

l’arbre que j’ai planté
pense à toi

avec moi

l’oiseau nocturne est venu
me dicter

ce poème-lumière

j’ai rêvé que tu m’aimais
et au réveil

c’était vrai

toute la nuit on a parlé, et
la lumière des mots

nous a tenu chaud

°

Nancy Huston

, in Tu es mon amour depuis tant d’années, Éd. T. Magnier, 2001

Tu es mon amour depuis tant d’années – Nancy Huston

27 juin 2010

= recueil de « tercets » de Nancy Huston (calligraphies de Rachid Koraïchi), éd. T. Magnier, 2001. En voici quelques uns :

°

pas de forme sans fond
pas de mot sans silence,

heureusement

°

sans silence pas de musique
oh,

nuit étoilée !

°

que de choses,
que de choses à voir !

pour peu qu’on ferme les yeux

°

l’oeil touche
la main voit…

faisons une fête !

°

seul ce qui arrête
la lumière

devient visible

°

l’homme rêve du ciel
le ciel rêve de l’homme

question de perspective

°

signes, objets, souvenirs
chaque chose à sa place

un court instant

°

Nancy Huston