Archive for mai 2010

résultats partiels du HCSC 28 d’avril 2010

20 mai 2010

(résultats partiels du HCSC n° 28, d’avril 2010 :)

°°

avec 9 pts (2-1-1) = 4 vx :

Nuit à pleine lune –
le sentier du jardin
blanchi de pétales

de Virginia Popescu.

°°

5 points (1-1-0) = 2 vx. :

une goutte perle
au bout de la première feuille
sa première tétée !

de Claire Gardien.

+

bulles de savon –
les premières à fleurir
la vieille tombe

d’Hélène Duc.

+

Paris, samedi
au dessus de la foule
deux ballons dansent

de Valérie Rivoallon.

°°°

La suite des résultats + tous les commentaires sont visibles sur le blog du Haiku-Concours-Senryu-Concours :
http://fr.groups.yahoo.com/group/Haiku-Concours-Senryu-Concours

Merci et bravo à tou(te)s !

Pour le concours de mai, allez-y pour vos 3 textes, jusqu’à la fin du mois (le lundi 30) !. Merci d’avance.
Bien à vous,

daniel

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R.H. Blyth HAIKU vol 2, Printemps, p.386/90

19 mai 2010

tsuji dangi chinpunkan mo nodoka kana

sermon au croisement ;
un tas de charabia –
mais cela aussi est la tranquillité du printemps

Issa.

Un moine donne un sermon à quelques personnes à une croisée de chemins. Il leur parle du voeu d’Amida, emporté par sa propre éloquence. Les paysans écoutent respectueusement, disant « Namuamidabutsu » aux endroits adéquats. Issa s’y trouve aussi et écoute. Ce que raconte le prêtre est pures sottises. Les gens restent là, à moitié hypnotisés. Mais Issa ne ressent aucune supériorité, aucun mépris pour eux. Cela aussi : ces bonnes gens et ce moine suant font partie du calme de ce jour de printemps. Il ressent un amour chaleureux, pacifique envers eux, et le Jizô de pierre posté à proximité, les nuages courant dans le ciel, la brise qui par moments souffle sur leurs cheveux et leurs vêtements.

nagaki hi ya me no tsukaretaru umi no ue

La longue journée ;
mes yeux sont fatigués,
contemplant la mer

Taigi.

Ce n’est pas tant l’oeil physique que mental qui est fatigué de regarder par dessus l’océan infini. Il y a, comme dit Emerson, une systole et une diastole dans l’esprit de l’homme, qui lui fait désirer le fini après qu’il se soit rassasié d’infini.
Taigi utilise la fatigue de l’âme pour exprimer la longueur du jour printanier (long par opposition avec celui de l’hiver) au bord de la mer. Le sens du passage du temps, lié à celui de l’évanescence des choses est inné chez les Japonais, mais intensifié par la pensée indienne restant dans le bouddhisme introduit au Japon. Ce sentiment sous-tend un grand nombre de poèmes quand il n’est pas explicitement mentionné. Le « Même le temps est ainsi » de Raleigh peut être ressenti derrière la plupart, sinon tous les haïkus.

osoki hi no tsumorite tôki mukashi kana

jours lents passant, s’accumulant –
combien distantes sont
les choses du passé !

Buson.

Pensant à jadis, tout un jour de printemps – ce jour-ci, aussi, appartient maintenant aux vielles choses, oubliées, lointaines. Il est aussi lointain, aussi irrévocable que les âges les plus lointains.

 » O, Mort dans la Vie, les jours qui ne sont plus !  »

L’amertume du sentiment ressort par l’onomatopée :

osoki hi no tsumorite tôki mukashi kana

les sons « k » et « t » expriment la douleur du temps. Un autre verset de Buson use aussi des sons en « k » :

osoki hi ya kodama kikoyuru kyô no sumi

Le jour lent ;
échos entendus
dans un recoin de Kyôto

Spengler dit de la mémoire qu’elle est

 » une sorte parfaitement définie de pouvoir imaginant qui permet à l’expérience de traverser chaque moment particulier sub specie aeternitatis comme un point sur une intégrale faite de tout le passé et de tout le futur, et qu’elle forme la base nécessaire à tout regard en arrière, toute la conscience de soi et l’auto-confession  » ( Physiognomic and Sustematic.)

La mémoire est donc une faculté poétique avec ses différents degrés de pouvoir et de subtilité jusqu’à cette expérience-ci du temps en tant que tel. Les choses du passé sont vues avec tant de profondeur que la qualité de « passé » des choses, leur distance est perçue comme une sorte de conscience de soi, de vie.

osoki hi ya kiji no oriiru hashi no ue

jour lent ;
un faisan
se pose sur le pont

Buson.

Le faisan est un oiseau timide qui évite les lieux humains. Mais aujourd’hui le jour est si long que le faisan est attiré pour descendre s’installer sur le pont de bois. Ce verset n’est probablement pas une expérience vécue par Buson, mais un verset purement artificiel et littéraire construit par association d’idées sur le sujet du « jour lent ». Cependant, l’association d’idées est poétique en ce que Buson utilise son inconscient poétique et pas ses facultés rationnelles pour cette création.

sunahama ni ashiato nagaki haruhi kana

sur le sable de la plage
des traces de pas :
long est ce jour de printemps

Shiki.

Elles ne sont pas la terreur de l’empreinte de pied de Robinson Crusoe sur le sable, mais partagent son mystère. Cette longue ligne ondulante d’empreintes venant de loin, repartant au loin, a le pouvoir d’intensifier la longueur du jour long. L’espace et le temps sont un ici. Le verset suivant de Buson a une atmosphère semblable, mais le sujet des traces de pas est utilisé pour souligner non pas la longueur du temps, mais sa brièveté :

mijika yo ya ashiato asaki yui-ga-hama

courte nuit d’été :
légères traces de pas
sur la plage de Yuigahama

hyakunin no nimpu tsuchi horu hinaga kana

cent travailleurs
creusant la terre :
jour long

Shiki.

Cette strophe ne signifie pas que le jour est long pour les travailleurs, bien que cela puisse l’être effectivement, et ceci renforcera la signification du poème. Shiki regarde la construction d(une route, ou le creusement d’un canal, de loin. Les travailleurs semblent à peine bouger, et on ne remarque pas d’avancée significative dans leur travail. Le mot « cent » et non pas « des centaines » donne une certaine définition à la scène. Cela montre que le poète peut voir tous les hommes, mais leur travail est englouti par , et cependant exprime la longueur du jour. La chaleur de la terre et de leurs corps, la suggestion d’une nouvelle entreprise et de l’ambition humaine, le pathos de l’homme qui sème sans récolter, le groupe d’hommes semblables à des fourmis, sous la grande étendue du ciel – toutes ces choses font partie de ce jour de printemps.
il y a un autre verset de Shiki par lequel il exprime la longueur du jour de printemps par la longueur de la rivière et par l’attente frustrée du poète. Tout comme le jour, la rivière sinue sans fin, sans pont visible dans la distance :

kawa ni sôte yukedo hashi nashi hi no nagaki

Suivant la rivière,
aucun pont n’apparaît ;
quel long jour !

Un vers similaire, bien que plus faible, de Shiki encore :

kisha-michi ni narande aruku hinaga kana

marchant en file indienne
le long des rails ;
un long, long jour

°

(à suivre…)

L’Art de rêver (2)- C. Castaneda

19 mai 2010

°

 » nous consacrons la majeure partie de notre énergie à entretenir notre suffisance. C’est tout à fait évident, vu notre souci jamais assouvi de présentation de notre moi, et cette autre préoccupation de savoir si oui ou non nous sommes admirés, ou aimés, ou reconnus. (…) Si nous étions capables de perdre un tant soit peu de cette importance, deux choses extraordinaires surviendraient. Primo, nous libérerions notre énergie de la tentative de maintenir l’illusoire idée de notre grandeur ; secundo, nous disposerions de cette énergie pour (…) jeter un coup d’oeil sur la véritable grandeur de l’univers.  »

C. Castaneda, in L’Art de rêver, p.57/8.

°

L’Art de rêver – C. Castaneda

18 mai 2010

°

 » Notre façon de percevoir est celle du prédateur (…) une manière très efficace d’évaluer et de classer nourriture et danger. Mais là ne réside pas l’unique façon de percevoir dont nous sommes capables. Il en existe une autre (…) : l’acte de percevoir l’essence de toute chose, l’énergie elle-même, directement.  »

 » le fait que nous soyons piégés en traitant notre perception pour nous conformer à un monde social. (…)
Après une éternité d’usage d’une perception ainsi conditionnée, nous sommes aujourd’hui dans l’obligation de croire que le monde est fait d’objets.
(…)
C’est en premier lieu un monde d’énergie ; ensuite c’est un monde d’objets.  »
(…)
 » Nous sommes tellement dans le visuel, tellement sous la coupe de notre perception de prédateur que tout ce que nous voyons doit s’exprimer à l’aune de ce qu’un oeil de prédateur voit normalement.  »

 » Voir n’est pas si difficile. La difficulté est de briser le rempart que tous nous avons dans nos pensées et qui nous immobilise.
Pour le briser, tout ce qu’il nous faut est de l’énergie. Une fois que nous disposons d’énergie, voir survient de soi-même.
L’astuce consiste à abandonner notre tour d’autosatisfaction et de fausse sécurité.  »
(…)
Le plus difficile est de se convaincre que c’est possible.  »

 » Tout est énergie. L’univers entier est énergie. Le fondement social de notre perception devrait être la certitude physique qu’il n’y a en tout et pour tout que de l’énergie. Un puissant effort devrait être accompli pour nous conduire à percevoir l’énergie en tant qu’énergie.  »

Carlos Castaneda, in L’Art de rêver, Pocket 4796.
(p.17-25)

« Haïku » par anna

18 mai 2010

sur son blog haiku-nomade
http://haiku-nomade.over-blog.com/
anna vient de poster cet article :

°°

Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /2010 08:15
haïku

 » désolant, affligeant, déconcertant, de voir ce que devient le haïku en France. Bashô, Issa, Santôka, Buson, Shiki… tous ces hommes à qui on doit ce fragment d’écriture, ne comprendraient pas ce fouillis informe produit et servi à toutes les sauces, qui en résulte aujourd’hui… Même les radios de merde hurlent entre deux réclames des définitions consternantes sur le haïku… On galvaude, on englobe, on accepte tous les écrits, on ne porte plus de critiques pertinentes… pour les simples raisons que plus personne ne fait la différence entre poésie et haïku et que le haïku se vend au plus offrant… pour la simple raison aussi que les éditeurs de recueils et de revues ne sont pas vigilants, glanent n’importe quoi pour pouvoir alimenter leurs bourses et leur ego. Les revues sont ennuyeuses au point que nous n’en lisons plus que les titres et encore… Il ne s’y passe rien de nouveau… bien au contraire… on rabâche toujours les mêmes choses avec les mêmes personnes… et lorsqu’elles vont à la pêche d’écrits, puisqu’il faut tout de même avoir un peu de poissons à mettre dans le filet … elles prennent à coup de flatteries et de bonnes manières, tout ce qui s’y piège…

je sais, ce que j’écris là ne plaît pas, mais comme plaire reste le dernier de mes soucis, je peux me permettre de dire tout haut ce que bon nombre pense trop bas, par peur d’être déconsidérés par les prétendants au trône du haïku en France… quelle farce… quel appauvrissement !!!

j’avoue qu’à part me déconcerter, je déplore surtout, une absence de bons écrits… On ne les trouve bien que trop rarement… ils sont pourtant là, discrets, libres, et riches en images… en expérience et en dépouillement… Aucune revue n’en parle… jamais… toutes se sclérosent sur un ronronnement de salon… oubliant qu’un bon haïku n’a pas forcément un auteur, mais qu’il peut être aussi une pensée collective simplement syncrétisée.

les bons haïku, ne sont pas dans les recueils de haïku, ils sont ailleurs… partout où l’homme découvre qu’il peut nommer ce qu’il voit… partout où la nécessité et l’urgence d’écrire brièvement se fait ressentir… partout où se trouve un support capable de le recevoir… partout où l’individu vit son histoire

les Japonais et les Anglophones se moquent bien souvent de nous… et ils ont raison…

tant que nous ne ferons pas un tri digne de ce nom, tant qu’il existera des concours et « des foires  » aux haïku avec des prix à tirer, pour attirer le chaland… tant que le haïku se pèsera en nombre de syllabes et de promotions… il s’engluera dans une fatuité suicidaire…  »

anna.

°°

Cet article ne me paraît que trop pertinent. J’y souscris entièrement !

daniel.

°°

QiGong

18 mai 2010

°

tout au long de la
posture de l’arbre
un merle siffleur

°

d.(17-18/5/10)

Décrilium

15 mai 2010

°

mon père, il conduit une omelette
d’autres préfèrent avoir la télé,
lui, il conduit une omelette

°

d.(15/5/10)

R.H.Blyth HAIKU vol2 Printemps (suite : p.383/6)

12 mai 2010

La poésie, comme la charité commence par soi-même, et si nous n’aimons pas ce pays que nous avons vu, comment pourrons-nous aimer celui que nous n’avons pas vu ? Pour différentes raisons, les poèmes patriotiques excellents sont rares dans la littérature de chaque pays. Chaque nation a un amour spécial du pays, inexprimable sauf obliquement, comme dans le verset précédent. Il ne peut être expliqué et difficilement imaginé par quiconque qui n’est pas né ni éduqué dans ce pays, incorporant dans les affaires les plus triviales de la vie courante quelque chose qui voit dans le Mont Fuji, par exemple, l’incarnation de ses origines et de ses aspirations les plus secrètes.
Ici, l’amour du pays, identifié avec la saison du printemps dans ce pays, Issa le ressent justement comme étant quelque chose de valeur vivante :

« Un symbole dure, mais tout ce qui est beau s’évanouit avec la pulsation de vie de l’homme, la classe, les gens ou la race qui le ressentent comme une beauté particulière dans le rythme cosmique général. » 1)

1) L’Âme de Spengler, Faust, Apollon, Magus.

Par conséquent le symbole (le verset d’Issa) reste parmi nous, mais l’âme japonaise, son intuition, sa vie poétique, vivent avec la race japonaise, pour être vécus par nous qui sommes de race différente dans la mesure où nous sommes capables de nous identifier avec eux, mourant à une nationalité pour vivre en une autre. Ailleurs, Spengler nous dit que la vie raciale de la culture qui vit vraiment seulement dans les moments de création est assez difficile à exprimer par les gens de cette race, sans parler de la compréhension de sa forme momifiée par ceux d’autres temps et d’autres lieux :
« Chaque culture possède une conception propre de chez soi et de son pays natal, difficile à appréhender, rarement exprimée en mots, pleine de relation métaphysiques difficiles, mais dont on ne peut néanmoins pas confondre la tendance. » (La Forme de l’Âme.)

atataka ni shirakabe narabu irie kana

dans la chaleur
les murs blancs des maisons
alignées le long du ruisseau

Shiki.

Le blanc est une couleur spéciale. Elle peut suggérer le froid et le chaud les plus extrêmes. Dans ce verset, on l’emploie pour exprimer la chaleur du printemps qu’on peut ressentir sur une petit île en mer, où les bateaux sont ancrés le long de la plage, avec la réflexion des murs blancs des maisons dans le soleil de l’après-midi. Cette couleur blanche, bien qu’elle monte de l’argile morte a quelque chose d’aussi vivant que les plus verts bosquets, et de plus significatif et dynamique qu’eux.

nodokasa ya hayaki tsukihi wo wasuretari

jours calmes,
les années rapides
oubliées

Taigi.

Le monde est calme et tranquille ; la mer est calme, la forêt immobile, la voix des hommes lointaine ; la rivière continue de couler, cependant tout est toujours semblable. Il semble que le temps soit aboli, que l’éternité ait enfin commencé. Et ce n’est pas une illusion, un oubli momentané du changement qui ne cesse jamais. C’est la perception de l’éternité dans le temps, de l’intemporel dans le temps, de l’absolu au sein du relatif.

nodokasa ya kakima wo nozoku yama no sô

calme jour ensoleillé ;
le moine d’un temple de montagne
regarde à travers une fente de la barrière

Issa.

Le moine, un vieil homme, est venu dans le chaud soleil de printemps, et se tient dans le jardin, regardant par la haie le monde extérieur pas encore vert, mais avec sa promesse dans la chaleur de l’air. L’endroit, l’homme, son regard calme donnent le sens de la sérénité d’un jour tranquille de printemps.

Un autre verset de Shiki exprime la même tranquillité, même si plus subjectivement :

nodokasa no hitori yuki hitori omoshiroki

tranquillité :
marchant seul ;
heureux seul.

Encore un verset de lui, de provenance plus sombre, avec cette note : « relevant de maladie » :

Paix et calme :
appuyé sur une canne,
traînant dans le jardin

Shiki.

nodokasa ya ichi no torii wa mugi no kana

Tranquillité :
le premier Torii au milieu
du champ d’orge

Shiki.

Le premier « torii », l’arc sacré d’un sanctuaire shinto, se trouve souvent à sa proximité, mais il peut en être éloigné d’un mile – ou à peu près. Il y a généralement trois « torii », le troisième jste en face du sanctuaire. Dans ce cas-ci, le premier torii est au milieu d’un champ d’orge, et à distance, et semble assez isolé. C’est une image de la tranquillité du printemps.
On dit souvent de Shiki qu’il est objectif, artiste seulement, non pas mystique, et c’est vrai, jusqu’à un certain point. Il ne creusa pas profondément sa nature poétique comme le fit Wordsworth, pour « tuer la plante par l’examen de ses racines ». Ce verset est une peinture, mais aussi une peinture de la tranquillité, par d’un calme physique ou psychologique, mais d’un calme spirituel. Les torii ne sont pas simplement deux lignes verticales et une horizontale. Il a, ou disons plutôt pourrait avoir un sens religieux. Le champ d’orge, avec la liberté de chaque feuille et de chaque épi se présente en rangs serrés, signe de la loi en l’esprit de l’homme. Il y a ensemble nature et religion, différentes et opposées, et cependant exprimant ensemble le calme paisible d’un jour de printemps, sans une seule pensée de Dieu ou d’histoire naturelle.

nodokasa ya asama no kemuri hiru no tsuki

tranquillité :
la fumée du Mont Asama ;
la lune de midi

Issa.

La mince ligne de fumée s’élevant du volcan, la lune pâle transparente dans le ciel bleu se dissolvent en un sentiment de calme qui appartient à la venue du printemps. La lune est froide, indifférente et morte ; le volcan est violent et destructeur ; mais au plus profond de notre esprit, ces deux éléments s’unissent avec notre sérénité et celle de la saison.

(à suivre, p.386).

Haïkus, etc. de Py – avril 2010

8 mai 2010

°°°

pour sortir son chapeau
il choisit les jours sans vent

(Il n’avait qu’une angoisse :
que son chapeau s’envolât.)

°

Pour qu’il y ait haïku, il faut qu’il y ait déclic :

1°) « L’instant-haïku »

(S’il n’y avait qu’un critère, ce serait celui-ci.)

Le haïku n’est pas une pensée linéaire. Il y a souvent une rupture dans le haïku, une surprise, une confrontation (de deux éléments, souvent)

Et un sens – très fort – du présent.
L’espace-temps y est souvent très réduit. Il est étincelle, étoile filante presque aussitôt filée.

Il est court. Il va à l’essentiel. Pas de mot(s) inutile(s). Pas de fioriture. Pratiquement pas de verbe(s) conjugué(s), d’adverbes, d’adjectifs (peu)… de conjonctions, de pronoms relatifs voire personnels… c’est une grammaire dépouillée au possible. Pas de discursif…
Le moins possible de comparaison, de métaphore.

De la sensation à l’état brut – ou presque.

Du concret, du très concret.

C’est (au mieux) un instantané – ou une prise de conscience soudaine.
L’incongru n’y est pas étranger, le surprenant, le frappant, (…)

ton toi
dans tes pieds
quand tu recules

la pluie s’arrête à l’aube
des pigeons lentement commencent à arpenter
le toit

avec son épée
dans le ciel incertain
– matin de Pâques

posture de l’arbre °
au milieu de mille oiseaux

° posture (statique) de QiGong

quel fouillis d’oiseaux piailleurs !
– premier dimanche d’avril

surpris
par une feuille rouge
sur le trottoir gris
(de gris avril)

(méprise :)

« un bracelet électronique
pour Marie Violant »
(France-Culture, 4/4/10)

un porte-manteau
canard
sur le trottoir

(joeufs de mots ?)

né aux œufs
(nauséeux)
: Pâques

la roue avant du vélo crevée
: galère pour l’école

s’épanouissent
piaillements d’oiseaux
– et bourgeons

alignés en terrasse
: une brochette
– début d’avril

(tanku :)

Faisant mon pain
Pensant à toi
au Burundi

mardi de Pâques
un pigeon posé
sur le trottoir

sur un panneau
dans le métro :
« voter
rend
con »

sobre
il passa
rue Bouret °

° 75019.

« Noces de sang »
un pigeon
macadam

quinze jours de vacance(s) heureux
(la mort n’est jamais loin,
tapie sous le buisson d’un mot)

°

(kyôbun au cygne noir :)

Au lecteur (du haïku) de recomposer (à sa manière) la scène
dont l’auteur (ne) donne (que) quelques éléments.

d’un côté
le sac plastique blanc
de l’autre
le cygne noir

°

héron gris
sur la pièce d’eau
qigong au parc

au centre du cercle de QiGong
tombe
une feuille de printemps

loin, loin,
au-delà des grues, des antennes,
et ramener au centre

deux garnements
le héron s’envole

un confetti encore
hors de mon sac
– déjà lointain le début de l’an !

les fous du roi
au silence ?
Sarkorizyble

je me gratte les cheveux
un pigeon s’envole

autarcissique

anguille sous proche

candide =
blanc comme un singe
sous la neige ?

dans la cuisine
la pomme
(attend
…la dent…)

samare
prend le train avec moi
(sur mon sac)

/

une samare
par le train

ses yeux éclairés
par son portable
– voile intégral

(Vitry s/Seine)

partout où elle va
elle emporte son chat
(…)

les tambours silencieux :
laverie
du vendredi soir

cela fait bien des lunes !
et toujours les cerisiers fleurissent…

(= contre ceux qu’agite la pensée de devoir en finir avec les thèmes anciens ( – éléments constants ! – ) dans le haïku, dans la poésie…)

replanté
où le voulait ma sœur :
le chat visqueux

(paradoxe :)

(Nous sommes) limités
cependant
sans limite

car où
le carcan
du corps

l’imagination
déborde

la ceinture
scinde la poitrine
de la conductrice

en rentrant
m’accueille
l’odeur du pain

une porte
en grinçant
siffla le début du concerto pour violon de Mendelssohn

la déco
d’une samare
sur sa veste

/

une samare
au revers
de sa veste

liberté
l’absolue

ou
rien

cette parisienne entrevue aujourd’hui :
l’ampleur, la totale liberté de son corps…
de son cœur, de son esprit ?

un pigeon
à deux pattes
sur sa baguette viennoise

« Sarkozy au plus bas »
– va crasher
son karcher ?

(le) silence infini
du soir qui tombe
sur mon chapeau

un fil à l’oreille
: musique partagée

en cuisses
sur son scooter
– avril parisien

le tissu s’écarte :
cuisse

(rue de la Jonquière, 14/4)

violettes ses cuisses
sur son vélo
louée

Dans la mer
elle s’élance
Nous la suivons des seins

(7/09)

trop de mots
chassent l’esprit

amenuisier

Gorge Saint-Lazare …

savon de Marseille
au cou, aux manches
avant la lessive :
grand-mère

confetti la fête
tout autour de l’école

tout arrive
la mort arrive
reste tranquille

Lâchez les mots !
(Lâchez les chiens !)
Laissez-les s’échapper !

(kyôbun aux doigts / « Cœur d’instant » )

Pour aller au cœur de l’instant :
les mots courts
– l’émotion grande !

Ce ne sont justement pas les mots qui comptent
mais le sens qu’ils pointent !
Le mot n’est qu’un doigt vers une lune !

« Si c’est l’instrument qui joue,
Pourquoi ne joue-t-il pas dans son étui ?
Si la musique sort des doigts du musicien,
Pourquoi n’écoutes-tu pas les doigts ? »

Su Dongpo.

« cette fonction opacifiante de l’esprit »
D. Odier, in Chan & Zen, Pocket n° 13856, , 2006, p.125

Les mots opaques

Effacer. Ces mots opaques
qui obscurcissent le sens,
opacifient le réel –

Ne pas s’y fier !

°

les vaches broutent
le milieu de l’après-midi
les tgv au loin

premières hirondelles
rue Principale
pas un magasin

(Mondrecourt, D.126)

une boîte jaune de La Poste
quelques pissenlits à son pied

le paysan
arrête son tracteur
pour faire un brin de causette

il espère avoir fini de traire
à l’heure du dernier tgv
(22h30)

marché trois heures (et plus)
(dans la Meuse)
– et pas un point de bière !

sur le bus-navette tgv
« Le plaisir de bouger en Meuse »

les roses artificielles,
les gouttes de rosée
artificielles
– intérieur (bourgeois)

traces de pisse
descendant les pentes
du trottoir

(matin d’avril / ensoleillé)

un petit moineau
dans le sable s’ébroue
après-midi d’avril

soleil du soir
citron
sur les poissons

un gros nounours
à la rue
ce matin de bonne heure

rouge
d’avoir couru
elle descend à Blanche

le bleu nuit gravement à la santé ?

au supermarché
grimbergen
et
gingembre

les oiseaux du printemps
babillent gazouillent –
le bleu encore profond

crépuscule
la Loire
entièrement rouge

le soleil se couche
sur le champ de colza
une biche

champ de colza
pleine lune

(kyôka court :)

Chaque matin,
polir la vitre du poème

… que les mots transparaissent

effacer la distance
des mots
au réel

dans un jardin
du parc du château :
« nombril de bonne sœur »

le haïjin
se méfie des mots

sur son gros bidon
son livre posé

sous l’arbre aux fleurs roses
(qu’il perd),
canards, pie, pigeons –
l’odeur de l’eau

devant les fleurs roses
dérivant sur l’eau,
un canard, posé

n’a pas voulu que je le photographie,
le pigeon sur l’arbre aux fleurs roses

/

sur une branche
de l’arbre aux fleurs roses
un pigeon

un coup de vent
les fleurs (se) lâchent
(de) l’arbre rose

cris d’amour
en tous sens, parades :
fin avril au parc

un calendrier
pour l’anniversaire de mère
– 90 ans

un narguilé
à la poubelle
– petit matin

tout élément qui surprend
peut être haïku

le vent secoue
l’odeur des lilas
– le parc en ville

elle écrit
jambes croisées
des mots croisés

au milieu des marguerites
le cygne blanc

une feuille
devant moi
tourne

– quelle séduction ?

les mots s’en viennent
les pétales tombent

le cygne (et moi ,)
posé(s)

la bouilloire
joue un air folklorique
(derniers jours d’avril)

les racines de l’art :
si l’on ignore les racines,
on ignore l’art
( : ainsi du haïku !)

pleine nuit
le trot du réveil

je travaille de la langue

travailler
trouvailler…

son message :
seul le chant
de la mésange huppée

ouvrir l’appétit,
ouvrir la narine,
ouvrir l’esprit (par la raréfaction des mots),
voilà ce à quoi devrait (/ pourrait) tendre
le haïku

chant diphonique
de plus en plus proche :
la bouilloire

°°°

Le plus difficile…

7 mai 2010

°

Le plus difficile, probablement, pour un Occidental qui s’essaie à l’écriture du haïku, c’est ce NE PAS DIRE (ce que le lecteur « doit » ressentir du sentiment de l’auteur(e)), c’est ce S’ABSTENIR de(s) mots, se RETIRER d’eux, S’AMOINDRIR, … laisser ouvert(e) la porte (, le « poème »)…

°

d.(7/5/10)