Poèmes de mort du Japon – U – Ed Tuttle

°°°

de UKO
(mort le 3° jour du mois intercalé de 1743, à l’âge de 57 ans) :

Yuku kumo ni
made tsuredatan
hototogisu

Coucou,
emmène-moi jusqu’où
les nuages dérivent

°

de UKO,
mort le 7 du 3° mois de 1820, à 82 ans :

Uguisu no / naku ya wasururu / waga yowai

La voix du rossignol
me fait oublier
mon âge

°

de UNREI,
mort le 2 du 2° mois de 1717

Degawari wa / anoyo mo nigatsu / futsuka kana

Le deux du deuxième mois :
un échange de serviteurs
dans l’autre monde aussi.

Note de Y.H. :

 » Selon une tradition séculaire, les serviteurs de familles riches et
d’entreprises commerciales travaillaient sur la base de demi-années. Les dates
de renouvellement des contrats, dans la majeure partie du Japon, se situaient au
2 du 2° mois et au 2 du 8°. À ces dates, beaucoup de serviteurs retournaient
chez eux, et d’autres venaient prendre leur place… La première de ces dates,
au 2° mois, est un mot de saison pour le printemps, dans le haïku, et Unrei,
mort ce jour-même, étend l’image des serviteurs quittant leur office à sa propre
sortie de ce monde dans le suivant.
La mort d’Unrei fut décrite ainsi :

Unrei, samouraï à l’origine, abandonna la société et se mit à errer à travers le
Japon. Il étudia le haïku avec Shiko ((mort en 1743 – voir son jisei dans JDP,
p.292/3)). Après quelque temps, il se bâtit une cabane dans le village d’
Izumozaki, dans la province d’Echigo (présentement Préfecture de Niigata), où il
enseigna le haïku aux locaux. Il y but du vin, apprit à observer les vanités du
monde, et s’abstint de manger des céréales. Quand il eut décidé qu’il avait
assez vécu, il demanda à ses amis de lui construire un cercueil. Le deux du
deuxième mois, Unrei se leva le matin, se rasa la tête, se baigna, changea
d’habits et dit :  » Aujourd’hui il y a une bonne raison de préparer une fête
pour tous. » Il but et mangea avec ses amis, et au milieu de la fête dit :  » Et
maintenant je vais entrer dans ce cercueil, de manière à mettre en pratique ce
que j’ai appris durant ma vie. Quand mon souffle s’arrêtera, prenez soin du
reste. » Il lut un court testament, et sur le même papier écrivit son poème de
mort… Ceux qui étaient avec lui ne le crurent pas. Ils pensait qu’il était
ivre, et quelques uns plaisantèrent même :  » S’il est si facile de quitter ce
monde, alors, allons-nous en tous ! » Cependant, vers midi, Unrei cessa de
respirer, et il mourut appuyé à un pilier, son visage rougi de boisson, dans
l’attitude du sommeil. Ses amis l’enterrèrent à Izumozaki.  »

°

de USEI,
mort le 7 du 7° mois de 1764, à 66 ans :

Rokujûroku / defune wa yasushi / hasu no kaze

soixante-six –
mettant voile en eaux calmes,
brise dans les lotus

Note de Y.H. :
 » Dans le poème de mort d’ Usei, la voix du poète devient celle d’un capitaine
barrant le voilier de la vie. Il annonce la durée du voyage – 66 (ans
d’existence) – la qualité de l’eau comme le vaisseau quitte le port, et celle du
vent qui souffle dans les feuilles des lotus sur le lac de l’après-vie.  »

°

de UTSU
(mort le 24 du 2è mois de 1863, à 50 ans) :

Ki no moto no / koyashi tomo nare / hana no nushi

Le propriétaire des fleurs de cerisiers
se change en compost
pour les arbres

°°°

(tr. d.py)

Publicités

Étiquettes : , , , ,

Répondre

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :