Archive for décembre 2009

Haïkus and co. de Py – novembre 02

30 décembre 2009

°°

petites lampes de l’ordinateur
dans la nuit
– quel atterrissage ?

« pelouse au repos »
des feuilles qui s’y collent
week-end de la Toussaint

petit ballon noir
luisant sur le trottoir
qu’un couple
botte

sous la pluie
une femme rousse
à canne blanche

discours pointu
de la chimiste
– son T-shirt

novembre –
l’ombre plus froide
dans la rue

sous l’abat-jour
un papillon s’agite
et perd sa poudre

une sonnerie de garde-barrière
passe en tournant
– autorail

vaisselle –
devant son établi
grand-père portait
semblable tablier

il lève le doigt,
regarde la lune
à la base de son ongle

(cf. le fameux kôan japonais du doigt et de la lune)

tirets flûtés des crapauds-accoucheurs –-
tickets de bus dans le composteur

Pont des Arts
en bas-résille :
sifflet tapageur
d’un jeune merle parisien

seul
à cette heure du matin
un pigeon roux
dans la rue Cool

valse hongroise à l’accordéon –
dormeurs du dimanche-métro

ma pisse
sur la piste
d’une pisse ancienne

°

mes yeux
ses seins
suivent leur courbe gracieuse

de vous j’ai
vilaine envie
– de jets

m’invitant à voir
ses réjouissants reliefs,
elle se rengorge

dans le train
mettant ses seins
en valeur
-full moon

elle laisse mes yeux
caresser ses seins
– a train journey

elle laisse mes yeux
errer sur sa poitrine
– voyage en train

voyage en train –
elle se laisse caresser les seins
de profil

ses bras accoudés
au siège devant :
mes yeux barracudas

seins suspendus
dans la splendeur de leur ampleur –
elle me regarde la mater
à travers vitre

pleine lune –
dans le train elle ose
faire (/ex)poser ses seins

de la mater
à la tâter :
quel chemin ?

dramaturgescent
: le cou gonflé du sang
de la colère amoureuse

°

il shoote dans une feuille
salle de taï-chi-chuan

(kyôku :)

Ne garder
que le noyau
du dire

feuilles
soulevées du trottoir :
patchwork jaune et blanc

deux tours disparaissent
dans le brouillard
– 24 novembre

°

soleil disque blanc
l’arbre sans une feuille
taï-chi-chuan au parc

une feuille
au centre du cercle
de chi-kong

°

routes encombrées :
le barrage de la pluie

chien vautré
sur le paillasson du cabinet
Épilation-Bronzage

parapluie tendu
il lui montre le chemin

(cf Issa et son haïkaï au daïkon)

cornet sur la tête d’un chien :
– pour ses oreilles
ou pour sa voix ?

enclume –
un battant enfonce l’heure dans le soir
un coin en France

(à Dorothy Howard :)

Le livre de haïkus *
apporté du Canada
sent le bois fumé

* Haïku, anthologie canadienne, D.H. & A.D., éd. Asticou

blast road a holiday tree

travaux en cours un arbre prie

°°

d. (novembre 02)

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Haïkus and co. de Py – octobre 02

30 décembre 2009

°°

une feuille
à mi-pente du toit —
soleil d’octobre

je lève mon bras
finis ma bière

le soleil se couche

une flaque d’eau
« assise »
au pied d’un banc

oiseaux dans son sweater
tentant de s’envoler :
défilé de mode

(Fashion TV ?)

branche enrobée de glace –
une envie de dessert

son sandwich à l’œuf
dans le soleil s’écoule
– la vue de son sein

tous les pigeons
au pied d’un platane :
une couronne de rémiges

(Ravis, rébus :)

Chari et Vari
vont en bateau.
Le bateau chavire.
Qui reste-t-il ?

par la fenêtre d’un restaurant
un film de cul
que nul ne zyeute

ciel gris aujourd’hui
– un arc-en-ciel
dans le livre de haïkus

cris des sauteurs à l’élastique –
la rivière caresse leurs cheveux

°

Lucia
les lumières dans la nuit
Nitra – Paris

Lucia plexus solaire
L’encre dans la nuit

°

ce matin
le cri d’un corbeau
libère l’air
– pluie d’automne

ancien flirt –
son nom encore
sur la boite aux lettres

(I.D., Strasbourg)

en face de ses jambes
je m’assois – ainsi se passe
le voyage

prise
par la flaque,
la feuille

(cf A. Obrowski, in Wild Flowers, New Leaves, WHC 2002, p.20)

°

deux lignes
au front,
elle lit

pigeon gris
sur le trottoir gris
– Champs-Élysées

plus haut que les autres lampadaires
la lune
– Champs-Élysées

mon talon s’arrondit
sur l’avenue :
bogues de marrons

au bout de la branche
qui s’effeuille :
la lune
et son halo

°

lune
et chope
pour compagnes
– premier froid d’octobre

quand serons-nous réunis,
LA monde
et moi ?

when do we reunite :
the she-world
and me ?

°

pissing beer
in a corner
– full moon

pissant sa bière
dans un coin –
la pleine lune

pissant des haïkus
à tire-larigole

°

halo-
weeny
moon

rencontre
avec une feuille…
week-end d’octobre

meeting
with a leaf
– october week-end

tous les matins
au coin de la rue
le galbe des seins
des mannequins

soleil revenu
elle astique ses vitres
– balcon fleuri

comme moi
son ticket de métro
de sa poche-revolver

de plus en plus de seaux
dans les couloirs du RER
– pluies d’automne

°

dans la salle d’attente
du gynéco
elle montre ses seins
à son amie

chez le gynéco
la jeune mère joue
avec les jeux pour enfants

dans la chaise
gynécologique
il m’observe
au péniscope

°

entre l’éclair
et le tonnerre
l’instant
suspendu

samedi matin
un pigeon
flèche le trottoir

(kyôku :)

Dire
ce peu
d’importance

chasse aux charançons
dimanche après-midi
: le riz complet

épaules et bras nus
de cette jeune auditrice
au concert de jazz

soufflent sur les feuilles :
le jardinier
et le pigeon qui s’envole

°°

d. (octobre 02)

Épygramme – kyôka : « le naturel »

30 décembre 2009

°

A. un jour avoua
avoir beaucoup de mal
avec  » le naturel « .

J’en conclus qu’A.
a beaucoup de mal
avec le haïku.

°

d. (30/12/09)

Haïkus and co. de Py – septembre 02

29 décembre 2009

°°

trois heures du matin
la courte plainte réitérée
d’une (voix de) femme

depuis la nuit
où elle jouit
la fenêtre de l’appartement bat

°

a lone survivor
tonite
in my toilet bowl

un seul survivant
cette nuit
dans mes toilettes

°

lundi matin
de la rentrée –
elle astique
sa voiture

matin de brume
tant de toiles d’araignées
sur les bas-côtés !

assise sur le trottoir
elle mendie
en tricotant

°

musée d’Orsay –
le premier vendeur d’affiches du rang
pris et menotté

musée d’Orsay –
le premier vendeur d’affiches emmené
avec son carton à dessin

carton à dessin sous le bras,
le flic en tenue :
vendeur alpagué

°

transporté
par une belle musique,
lâcher le présent

tout fin croissant de lune
au bout de mon doigt
la lumière du jour

dimanche nuageux
l’écran de l’ordinateur

°

comme deux dents manquant
dans la bouche de Manhattan

de la tour en feu
des milliers de papiers volent
des corps s’écrasent

(cf : documentaire des frères Naudet)

en contrebas des tours
ses peintures
soufflées,
criblées de verre

fourmis multicolores
cherchant encore d’autres fourmis
un an plus tard

ratissant
systématiquement
le jardin de métal

contempler la lune -–
contempler l’espace
des tours manquantes

343 pompiers morts –
des haïkus 575

tels guêpes
au pied d’un mille-feuilles :
pompiers sur ground zero

humains disloqués
sculptures de Rodin en miettes
au pied des jumelles


°

brouillage télévisuel :
représentation de plus en plus virtuelle
du monde bidonné

sur le muret
une portion de frites –
le jour grandit

long train
de voitures neuves –
le soleil au bout des rails

before crossing me
she buttons her jacket –
rue de la Jonquière

avant que je la croise
elle boutonne sa veste –
rue de la Jonquière

apprenant du vin
la robe
la jambe
les larmes

slip fuchsia
Japonaise
train septembre

saules penchés
rivière ridée
parcours kayak

semant ces miettes
– pour quels oiseaux ?

ne pas oublier …
: se repasser une cassette
d’océan
d’oiseaux

les pentes noires
de ses monts jumeaux
… neiger

début mai
le nuage nucléaire dérive
à travers l’Europe

(Tchernobyl, 1986)

( » kyôku  » :)

 » Donner à voir.  » (Éluard)

musique tibétaine –
au pied du podium
trois fillettes dansent

°

le vin du soir
par-dessus les vignes
de Champagne

feu du couchant
dans les arbres sages
– la fin de l’été

le feu des nuages
enflamme les arbres sombres
– couchant de septembre

l’incendie du ciel
au-dessus des vignobles de Champagne,
septembre

la colline brûle
les vins s’endorment
Champagne septembre

comme si j’avais bu
le vin du soir
dans les vignes de Champagne,
m’endors

tout d’un coup
le rouge du soir
mouché –
train noir

au lieu d’écrire
grosses bises,
écrivant
grosses bites
– oh !

°

quelques gouttes à la fenêtre
viennent arroser
les fleurs en plastique

gouttes de pluie
à la fenêtre
pour les fleurs en plastique

petites gouttes
à la fenêtre
les fleurs en plastique

°

nue
sous ses bottes
et sa fourrure
: matin dans Paris

(1970 ?)

ton soutien-colombes
pigeonnant…

petit à petit
le nid
fait l’oiseau

la pointe de tes seins
masse le creux de mes paumes
– quel meilleur chi-kong ?

libérées
tes deux tourterelles
s’envolent vers mes paumes…

la cuisinière
nous présente sa recette
: la manger des yeux !

le ventilateur
encore dans son bureau
à l’entrée de l’automne

sur la neige
les étoiles
de la voie

(cf Evelyne Voldeng, in Dire le Nord, p.108)

le rebord du toit
ourlé de lumière
– la mer lointaine

Il fraîchit –
livre écorné
dans le noir

le chat
détale du comptoir,
sac à poissons en bandoulière

tandis qu’elle regarde
dans la poubelle,
son chien pisse dessus

°

une mouche
m’accueille chez moi
fin septembre

dans l’appartement de septembre
une mouche
pour compagne

mouche de septembre,
passeras-tu octobre
avec moi ?

°

au faîte de l’île :
ailes renversées

(kyôku :)

haïku sans kigo (/5) = alexandrin ?

°°

d. (septembre 02)

Haïkus & Co. de Py – août 2002

29 décembre 2009

°°

de fleurs de coucous
grand-mère, enfant pauvre,
tressait ses balles

jouant aux épingles
dans un tas de sable,
les poules s’en mêlaient…

°

Cap sur 230 –
: un haïku oublié
en Méditerranée

Sharon
Deliberately trampling
The roses of Palestine

Sharon
écrasant sciemment
les roses de Palestine

deux jeunes allemandes
avec une baguette fraîche :
vacances bien françaises

sa chevelure
tel un col de fou-rire
sur ses épaules

ses seins
tout tenus qu’ils sont
par son soutien –
d’arrogants regards…

°

sur la corde
pas de linge
ni de vent
– Carnac

hors Quiberon
le vent effiloche le rouge
du pavillon français

l’ombre de la fumée
fuit le pont
puis le sillage du navire

dans l’allée du camping
une jeune fille en T-shirt blanc court
et entre dans une tente

elle regarde vers le large –
derrière elle
je regarde
son large

l’attache fine de sa cheville
qui m’attache à elle …

la mer
monte égaliser
les vagues du sable
et le lisse gris-ciel

sur la route chaude
la pluie d’été
fait remonter
l’odeur du bitume

sur la terrasse
du fort de Sarah Bernhardt
un goéland

courbés sous le vent
quelques promeneurs passent
sur la lande

partout sur la lande
en bord d’océan :
plumes blanches

devant les cirrus roses de l’aurore
défilent
des petits gris

°

elle aime au soir
vaquer nue
devant son homme

partant vers la salle de bains :
je vais ôter
mon macouillage !

°

la voix claire de l’enfant
perce les cloisons
du sommeil matinal

le ciel entièrement bleu –
le volet
est un nuage carré

des flèches de soleil
par l’angle du toit –
le matin
est un avion au repos

de chaque côté du champ
un rouleau de foin
– Belle Île en août

lune fine :
un arc tendu
vers le soleil du soir

tous deux sur leur terrasse
mangeant dans le soir d’août

deux bicyclettes
tournées vers l’océan
– halte côtière

fréquences du phare :
1 2 3 4 5 6 7 8 1 2 3 4 5 6 7 8

ma sœur habitait un ruisseau
sur un fil d’ombre
le soleil dansait

juste au-dessus du billard
elle
et ses formidables boules

Août –
dans les toilettes
le livre de haïkus
trempé de sueur

au souffle du ventilateur
le sac plastique
remue les oreilles

une robe de femme enceinte
gonfle sur la corde à linge

milieu d’août,
les haïkus
à marée basse

des mères de jeunes enfants
passent dans le jardin d’août
légèrement

train –
les seins généreux de sa maman
qui lui donne
un biberon

l’enfant plein de morve
la mère pleine de morgue
– moches mais aimables…

la jeune Japonaise
à la fenêtre du train
– son slip beige

sur le sable
nous traçons des mots
que la mer emporte
bientôt

elle péta
sans s’excuser :
je sus
qu’elle ne m’aimait plus

plus de femme
juste une mouche
dans la chaude nuit d’août

°

devant la fenêtre
une chauve-souris
– aube d’août sur la vallée

un moustique
entre par la fenêtre
la terre bascule vers le rouge

un filet s’empourpre
brillant fluo
dans le calme des arbres figés

le soleil accroche aux nuages
quelques avions rouges –
faisceaux d’épées brisées

le jour prend vin
sous le ventre des prochains nuages
l’imminence gronde

de plus en plus de formes
et de couleurs
un pigeon se réveille

le cercle
au masque de loup rouge
se dessine
et perce enfin –
l’horizon disparaît

l’œil de feu
perce mon regard
– il se met à sentir foin

°

gouttes qui gonflent
glissent
et tombent
du vélux

nuit éclairée
une mouche
reprend ses rondes

août sur la terrasse,
éplucher des poires :
la compagnie des mouches

sur le damier
du sol de la préfecture,
demandeurs d’asile

papillon brun
sur une fleur mauve
d’artichaut

elle rit
ses seins tressautent
– table d’août

précieux derniers jours :
ralentir la joie
au soleil de fin d’août

tard dans la nuit
le lampadaire occulte
la lune de la fin d’août

dernière nuit d’août :
des applaudissements sporadiques
par la fenêtre

°°

d. (août 02)

Haïkus… de Py – juillet 02

29 décembre 2009

°°

l’ombre
guette
l’oiseau

solitary purring
all night long :
web haiku

ronronnement solitaire
toute la nuit :
haïkus internet

fin du jour
les deux parapluies noirs
ouverts dans la baignoire

premier dimanche de vacances :
un saxo s’essaie
des gamins font sauter des pétards

°

« BABY » pousse :
ses seins gonflent son T-shirt
– train des vacances

traversant la Loire :
oiseaux blancs
entre bleu et sable

°

bruit désagréable :
le bourdon me chasse
de sa lavande

le nez de ma mère
dans la robe du chat
qui revient des foins

°

T’entends la chaleur ?

une pomme tombe
lourdement du pin
– début d’après-midi

pointillés de cigales
et de chien
cet après-midi de juillet

les bruits du silence
à l’ombre d’un pin
studying * renku

* étudiant le

le grillon vert
soulève ses « capuchons » jaunes
türüt, türüt

°

premières gouttes
la plage déménage –
l’amitié des galets

°

(l’)incessante succession sonore des cigales
– la mer au Cap Martin

une aiguille de pin
retrouvée dans le carnet
à poèmes

la bonne odeur des pins chauds
une fourmi tombe du soleil

respirant un brin de lavande
tout en lisant
« Mount Hira’s first frost » *

* « premier gel sur le mont Hira », de Bashô.

à la pompe
deux femmes enceintes
emplissent leur réservoir

devant le fleuriste
la voiture des mariés
samedi de juillet

dessous noirs
et robe à fleurs,
elle va à la messe

dans le virage en épingle
qui mène à ton col
ma main s’attarde

dans le ciel de ta bouche
(- ou de ton ventre)
une pluie d’étoiles

l’asphalte fond –
sur son dos
le bleu de la sueur

Quoi de nœuds dans la tête ?

°°

d. (juillet 02)

Haïkus… de Py – juin 02

29 décembre 2009

°°

à mi-pente du toit
une grenouille en peluche
sous la pluie de juin

crépite
sur le buisson roux
la neige

« Terminus,
tout le monde descend ! »
: train de l’Ascension

des cœurs en papier
sur le parvis de l’église
– samedi de juin

au ballon rond
je préfère les siens
– juin 2002

rêvant de cerises –
je la sens prendre mes boules
dans sa main

dans son miroir
passent les nuages
et son visage
parfois

petit point rose
sur mon écran se déplace
l’araignée du matin

(kyôku :)

Supprimer les liaisons, les clés (jeter) :
Apposer
(en évitant les liens de cause à effet… de coordinations, …)

pétales roses
tombant sur le trottoir
après-midi de juin

sous la poussée de ses seins
son cuir luit …

La plongeuse :
plonger entre ses seins ?
– premier soir d’été

dans la cage à oiseaux
une bouteille d’eau minérale
– premier dimanche de l’été

lune,
ô si ronde !
première de l’été

°°

d. ( juin 02)

Haïkus … de Py – mai 02

29 décembre 2009

°°

premiers pépiements
– premiers appels à oeuvrer
au jour naissant ?

sur l’arbre
et en-dessous
mille fleurs roses

fesses accolées
pieds joints :
nos nuits en miroir ?

flitting butterflies fluttering on the turf

cou en avant
le pigeon atterrit
puis se relâche

Ascension :
cloué au lit
avec une otite

sèchent au soleil
les pendentifs d’argent
de la pluie

°

pitoyable épouvantail,
l’intempérie tasse ta tignasse
blond filasse !

°

tôt matin
sur une plage de l’île
deux arcs-en-ciel

coraux blancs
de la plage
la plante des pieds

(Île Maurice, 2000)

°

Sacré-Coeur –
Passé le flot des communiants,
le flot des touristes
reprend

rousse moulée
– suis-je de pierre ?

(cf  » pierre qui roule… « )

la place de Clichy
bientôt rebaptisée
place de Vichy ?

dans la crème que je verse
je vois le visage de ma femme
couler

trois heures du matin
tous deux
sur la bande d’arrêt
d’urgence amoureuse

*

sur le terre-plein
central de l’autoroute
un couple à cheval

°

gorge ouverte
l’orchidée avale
(mes mots)

(d’après une photo de Nobuyoshi Araki)

qu’est-ce que la fellation contrôlée ?

hier soir
têtant ton sein
longtemps

ses lèvres
un piment
doux

yeux clos
étouffée sous les fleurs
la déjà morte

(d’après photo de Nobuyoshi Araki)

d’une femme pressée poussant,
mon coude en retour
pressa son sein

Béthléem
reçoit la visite de Tsahal
– fin mai gris et froid

°°

d. (mai 02)

Haïkus… de Py – avril 02

29 décembre 2009

°°

près d’un des leurs
mort au soleil
trois pigeons hébétés

Pâques
oeufs dans les fourrés
– Arabes de 15 à 55 ans

Easter
eggs in the bushes
– Arabs from 15 to 55

contre sa poitrine
un bouquet de lilas blancs et mauves
– ah, sentir !

par un courant d’air
pépiements de printemps
– gestes de chi-kong

°

lavoir –
dans la rivière
des nuages de savon

du lavoir
les nuages
remontent le courant

battoir à linge
grandes claques sur les draps
– lavoir d’enfance

frottant le linge
de haut en bas sur les planches,
femmes agenouillées

(souvenirs d’enfance
remontent comme bulles,
éclatent en haïkus)

dans la rivière
bulles
et nuages de savon
– les mains froides

dérivant sur la rivière
les nuages blancs
du linge lavé

°

avec les orties
de son jardin
le rhumatisant
se fouette

elle regarde un livre –
je lis de son décolleté
l’unique ligne

le bébé est un phare d’eau :
il éclaire de sa présence
le fleuve peu tranquille
de l’existence

I wander again
what has Sharon got to do
with roses ?

(- besides thorns !)

never mind the roses —
tanks of Sharon

SHAROgNe

le soir
glisse du toit
neuf,
la rue sombre

les élèves du taï-chi
élèvent les bras –
au mur un christ en croix

(Championnet Sports, 75018)

emmaillotées,
les pédales du piano
— printemps

dans la nuit
des pneus brûlent sur la plage
– danser la séga

in the deepening night
tyres burning on the beach
– Sega dancing

(Flic-en-Flac, Ile Maurice, été 2000)

pluie d’été –
sur le chemin le tracé
d’une limace

summer rain
on the path the trail
of a slug

roses de Sharon
chars
et
charniers

enceinte de sept mois
enterrée sous les décombres
– Jénine

Sharon,
que plantes-tu dans le coeur des Arabes ?
: la folie de la revanche meurtrière

entre pouce et index
qu’éclose ton bouton
printemps

(Kyôku :)

De moins en moins inventer
De plus en plus voir

la rivière
vient boire
son bruit
sous la barque

(cf. de Günther Klinge : « Day into night »)

Bethléem –
Jésus dans sa crèche
les tanks tout autour

entre les lattes de la chaise longue
une ortie,
une fleur de pissenlit

°

Concert d’oiseaux
en bouquet concomitant
L’âne de braire

le chant des oiseaux fond
éparpillé dans le matin grandissant

Vivre pour cela :
assister au concert
de l’éveil des oiseaux

°

je la touille un peu
elle mouille
l’âne brait

°

première nuit
du premier tour
des élections :
lune voilée

Le Pen
partout décrié :
2ème de la classe !

odeur de pisse dans la rue
– lendemain d’élection

les urnes
funéraires
de la gauche…

une fin démocratique :
21 avril 2002

°

neige rose
les arbres
sur le gazon

°

l’âne scie son bois
sur le bord du matin
la bergerie ronronne

un vieil âne
traverse la journée
de son rauque braiment

°

(kyôku :)

Que les mots coulent
le plus naturellement possible

°

le mât de mon doigt
qui affale tes voiles
– cale mouillée

mes mains
dans ton coffre à bijoux
les larmes
de ton sexe

battus les oeufs
il neige
foudre blanche

°

champ de pissenlits en fleur
– caresse d’or

père mort
depuis un an
les herbes ont envahi
son jardin

vaches avachies
le midi d’avant mai
– l’asphalte repoussé

°

lune ronde,
m’éveilles-tu en pleine nuit
pour que je t’admire ?

entre lune
et lampadaire
un oiseau noir de nuit

la lune finit sa nuit
dans le tilleul

°

Hommes en impers
dans les urinoirs :
– pourrait-on pisser ?

°°

d. (avril 02)

Haïkus … de Py – mars 02

29 décembre 2009

°°

flocons joueurs
sur la ville affairée
– début mars à Metz

words coming
and going
– a snowy day

des mots viennent
des mots s’en vont
– jour de neige

tracing
erasing –
a snowy day

traçant,
effaçant,
jour de neige

(kyôku :)

Énormément gommer
(nommer – gommer )
Faire le ménage
Désamasser

les flocons joueurs
les fenêtres de la banque
– début mars à Metz

playful snowflakes
the windows of the bank
– start of march in Metz

°

sur le toit
pigeons roucoulent
contre ton cou
je coule

agenouillée
sur ma moquette neuve
– premières bénédictions

partouze du matin :
sur ton sexe,
une mouche
et moi

Buvant ton thé
pensant à toi
de Singapour

drinking your tea
thinking of you
from Singapour

her voice reaches
higher and higher
her body crashes

sa voix s’élève
de plus en plus
son corps s’affale

(sa voix s’affole
son corps s’affale)

making love
at the rear of her car
– a chap knocks
looking for his girlfriend

faisant l’amour
à l’arrière de sa voiture –
un gars cogne à la vitre
cherchant sa petite amie

le soleil se lève
sur la plaine inondée
– ciel double

sa hache en plastique
contre l’érable
du boulevard

a fine morning
two towers burn
eastwards

un beau matin —
deux tours fument
vers l’Est

lune de six heures
la fumée noire de la micheline
monte vers le dôme

gorge au matin :
des perles de rosée
soudain s’embrasent

demi-lune debout –
ses yeux fermés
derrière le cercle
de ses lunettes

la lune scindée
par le G-string – tour Eiffel

tous les matins
nettoyer ses carreaux
– poussières de rêves ?

ses yeux
deux boules closes
et le soleil dessus

Amagne-Lucquy :
la chance d’y vivre ?
champs givrés

jardins où poussent
après le brouillard
des rangs de salades

un camionneur
jette une pièce usagée
en plein champ
– un train passe

son sac de voyage
fait chanter le trottoir
bon matin de mars

étendue d’eaux –
le paysage noyé
dans la brume

à perte d’obstacles
le regard glisse sur l’eau
– une barque à quai

dans la toilette du train
du sperme giclé
un peu partout

dans le train
les yeux d’une femme
qui aime boire

à l’avant du van
lui montrant comment
jouir sans gicler

ses pointus
ses cloutés
son corps une oeuvre d’art

sur ses seins
la pointe de mes yeux
– taille douce

le plein des rondes
les musiques des sphères

le printôt bien temps
les oiseaux mêlent leurs voix
mars à Metz

avant de la renvoyer
dans ses foyers
il lui tisonne
l’âtre

mes yeux sur ses seins se posent
un avion virgule le ciel

une fumée blanche
– amical coucou
sort de sa cheminée

une belle dans le métro
s’embellit encore
de maquillage

dans mes tiroirs
de vieilles lettres d’amour
toujours

in my drawers
old love letters
for ever

l’encre de son échancrure –
un stylo d’ombre médiane

de temps en temps
elle les rajuste
tirant sur ses bretelles
souples

ma main sur sa poitrine
vite fit le tour
de sa propriétaire

centimètres carrés
de résille entrevus
centimètres-ronds

à l’extrémité
de son sein gauche
son insigne de flic

la grosseur de ses seins
mastocs
m’estoque
– sticky stick

mes cuisses sous les tiennes
assis
nous traversons la nuit

les seins des mannequins
pointent dans la vitrine
– l’approche du printemps

the models’ breasts up
in the shop window
– spring coming

libidînons ensemble …

pas besoin de boire
pour être ivre
me dit-elle
ce soir
au restaurant

(Jhb, RSA, 197?)

sur la cheminée
le pantalon bleu du couvreur
– équinoxe vernal

une capote gonflée
roule sur le trottoir
– soirée de printemps

elle téléphone
il l’enfile
elle téléphone

sept heures du matin
un moustique dans le wagon
travailleurs endormis

il gara sa safrane
place du 30 août 44

°

dans le cerisier
en bleu de travail
l’épouvantail

dans le champ
il fait sa gym
– épouvantail

pour protéger les fraises
l’épouvantail
secoue ses tôles

°

je t’en laisse un /
je tends les seins

sous le magnolier en fleur
le parfum
d’une passante

chaussures blanchies
par la longue promenade
bords de Seine, fin mars

(Lucia S., Paris, 30/3)

the tourist’s big long yawn
the sun of Easter monday
on Montmartre

grand long bâillement d’un touriste
au soleil de Montmartre
ce lundi de Pâques

°°

d. (mars 02)