» Touche pas à mon Bouddha  » – Haïku « zen »

Voici l’article paru dans le recueil Le haïku en français éd. AFH, nov 2004, sous le nom de « Touche pas à mon Bouddha » (p.26/8) :

« … la lecture d’ouvrages sur le bouddhisme zen m’éclaire tout à fait sur la parenté qu’il y a entre bouddhisme et haïku. Il n’est nullement besoin ici d’une supposée “ illumination “ – de surcroît forcément réductrice – “du bouddhisme zen” pour en comprendre le sens.

Le célèbre haijin et critique américain H.F. “Tom” Noyes dans un essai tiré de Favorite Haiku vol 5, intitulé « L’Esprit du Haïku », écrit : “ Bien que le haïku soit traditionnellement une simple expression de l’ordinaire, il a souvent une signification profonde, due à ses racines qui plongent dans les éléments les meilleurs et les plus subtils de l’héritage japonais. En lui fusionnent la compassion du bouddhisme indien, le désintéressement du taoïsme, l’humanité du conficianisme, les profondes inclinations vers la nature du shintoïsme, de la peinture et de la poésie chinoises, la délicatesse de sentiments de l’ancienne poésie amoureuse au Japon, et le sens du concret non intellectualisé du zen. “

J’illustrerai mon propos par quelques courts extraits de deux ouvrages de Maître Deshimaru intitulés Vrai zen , et Za-zen . (Maître Deshimaru a largement répandu la pratique du boudhisme zen en France et en Europe à partir de 1967).

Je vois pourquoi le haïku favorise le réel et la nature quand je lis (page 120 de Vrai zen) : “ nous devons revenir au réel, à la vérité, au naturel, redevenir intimes avec la nature.”
et plus loin : “ Toujours la nature est la grande instructrice; elle ouvre la possibilité de comprendre “. (p.226)

Je comprends bien pourquoi le haïku exalte la simplicité quand j’y lis (p. 49) : “ la vérité réside dans la simplicité.”

Je saisis mieux comment le haïku s’écrit au présent quand je lis (page 54) : “ Maître Dogen (…) nous convi(e) à la concentration sur le présent, l’instant, le seul réel existant. Si nous nous concentrons sans cesse sur l’instant présent, par la succession de ces instants, jusqu’à la mort, notre vie entière est concentrée et vécue. Si nous vivons par la pensée, soit dans le passé, soit dans le futur, nous ne pouvons point saisir le “ réel “ et notre vie n’est pas “ réellement “ vécue.
ou : “ créer, pratiquer, expérimenter ici et maintenant la vieille, l’éternelle vérité, dans toute sa fraîcheur, tel est l’esprit du zen”. (p.116 de Za-zen)
et dans Vrai zen , p. 54) : “ Concentrez vous sur le présent et renaissez à chaque instant.”

°°°

Ces attitudes ne me semblent pas étrangères à la quête de nombreux Occidentaux que le matérialisme exacerbé, les philosophies ou même les religions qu’ils pratiquent sont impuissants à satisfaire. Nombre de poètes présents dans l’Anthologie du Haïku en France, publiée en 2003, témoignent d’une démarche similaire, qu’elle soit spirituelle ou non.

°°°

À la question que je me pose :
Faut-il occidentaliser le haïku ?, ma réponse est résolument : NON.

À l’inverse de se diriger vers un “haïku” où l’on tente, si j’ai bien compris, d’ injecter du sentiment, de la pensée, de la philosophie « à l’occidentale » – au risque de le galvauder, de le dénaturer – une des préoccupations de Bashô n’était-elle pas que le haïku meure d’artificialité ? – et Buson lui-même “ entend décrire l’essence des choses sans la moindre béquille philosophique “ (in : « petite histoire du haïku » de Corinne Atlan et Zéno Bianu dans Anthologie du poème court japonais Ed. poésie-Gallimard, p.209) -,
au lieu de faire et promouvoir – comme c’est souvent le cas en France, et en francophonie – l’un peu tout et n’importe-quoi en trois vers, il me semble primordial de préserver et consolider, par-delà les formes, l’esprit originel du haïku, en remontant sans cesse à ses sources ;
primordial d’observer et de respecter (comme dans d’autres pays : Japon, Etats-Unis, Angleterre entre autres) les distinctions entre genres apparentés au haïku ( je pense au senryû en premier lieu )
, ou bien alors (il faut) rebaptiser ces simili-haïkus, qui en oublient l’esprit et en perdent la saveur.  »

°
(c) Daniel Py, Paris, 24 septembre 2004.

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