Eric Amann The wordless poem / Le poème sans mots (8) – fin

°

CONCLUSION :

« Le zen trouve son expression la plus naturelle dans la poésie plutôt que dans la
philosophie parce qu’il a plus d’affinités avec le ressenti qu’avec l’intellect; sa
prédilection poétique est inévitable. » (D.T. Suzuki)

Le but principal de cet
essai a été de montrer qu’on ne doit pas voir essentiellement dans le haïku une
« forme » de poésie, comme on l’entend communément en Occident, mais une
expression du zen en poésie, un « Chemin » de vie, semblable à la « Voie du
Pinceau » et autres manifestations du zen dans les arts et la littérature. Il touche
à beaucoup plus qu’à la poésie – dans le sens restreint du terme occidental – il
touche à la philosophie, à la religion, à la psychologie et à bien d’autres sujets. Il
touche avant tout à la vie même. J’ai pris des exemples de haïjins classiques et
modernes, orientaux et occidentaux, pour montrer que cette « Voie du Haïku »
ne concerne pas exclusivement un lieu ou une époque, mais qu’elle est sans âge
et universelle.

Beaucoup de poètes occidentaux d’aujourd’hui utilisent le haïku comme une
simple forme qu’ils remplissent de ce qui leur plaît. Cela revient à utiliser les
ustensiles de la cérémonie traditionnelle du thé pour boire un café dans l’après-midi
et manger un beignet.

Bashô dit qu’il y a deux sortes de haïkus : une qui dure mille ans et une qui
ne dure qu’un moment, cependant toutes deux sont essentiellement les mêmes
aussi longtemps que « l’esprit poétique » du haïku y transparaît. Cet « esprit
poétique » – j’ai essayé de le montrer – exige un peu plus que de compter des
syllabes et d’admirer la nature sous la forme d’un gentil petit écureuil du
voisinage. La « Voie du Haïku » réclame une nouvelle vision de la poésie, du
monde, de la nature, de la société et de notre rapport à eux :

« Un haïku n’est pas un poème, il n’est pas littérature : c’est une main qui fait
signe, une porte entrouverte, un miroir lavé. C’est une manière de revenir à la
nature, notre nature de lune, notre nature de fleur de cerisier, notre nature de
feuille d’automne, en bref, notre nature de Bouddha. C’est un chemin sur lequel
la pluie froide de l’hiver, les hirondelles du soir, le jour même dans sa grande
chaleur et la longueur de la nuit prennent véritablement vie, partagent notre
humanité et parlent leur propre langage silencieux et expressif. » (R.H. Blyth).

À moins que les poètes du monde occidental qui écrivent des haïkus de nos
jours n’apprécient cette perspective plus élargie, et ne veuillent exprimer un peu
de ce véritable « esprit-haïku » non par imitation, mais comme une expérience
de vie spontanée et authentique, la poésie du haïku échouera à avoir des effets
rajeunissants sur la littérature appauvrie de notre ère, et la « Voie du Haïku » ne
deviendra rien de plus qu’un « Culte du Haïku », une des innombrables distractions
superficielles et constamment changeantes d’une culture bourgeoise de
consommation.

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