Haiku de R.H.Blyth, waka (d)

Rokugatsu ya mine ni kumo oku arashi-yama
Bashô
Au sixième mois
le mont Arashi
pose des nuages à son sommet

Il y a quelque chose de prime abord à la fois simple et sublime dans ce verset. La simplicité en est évidente. Au verset de Bashô manquent à la fois le sens du mouvement, et l’artificialité des vers de Milton :
 » Montagnes, sur la poitrine nue desquelles
les nuages travailleurs souvent se reposent.  »

Il n’a pas non plus la force et la fluidité du Manyôshu :

Ashibiki no yamakawa no se no naru nabe ni yuzuki-ga-take ni kumo tachi wataru
Hitomaro
Comme les hauts-fonds
du torrent de montagne résonnent plus fort,
les nuages s’assemblent au-dessus du
pic Yuzuki.

Mais le verset de Basô a atteint une ampleur et une distance qui appartiennent au sujet. La simplicité est celle de la nature.
Quand nous essayons de séparer le waka du haïku, nous rencontrons la loi déjà mentionnée, que plus l’esprit essaie de distinguer deux choses, plus elles se rapprochent insensiblement ; plus nous affirmons leur unité, et plus elles s’éloignent. Le waka et le haïku sont tous deux des activités de l’esprit humain, et il ne faut pas exagérer leurs différences. En général nous pouvons affirmer que le waka est la part féminine et le haïku la part masculine de la poésie japonaise, bien qu’au haïku manquent les éléments plus sérieux de Milton. Le « goût » du haïku est rural, pastoral, bucolique, mais pas idyllique au sens d’idéal, d’irréel. Nous pouvons encore dire que, contrastant avec le waka, le haïku est populaire, démocratique, plébéien.
Le waka a une histoire qui remonte à 1300 ans, le haïku à quatre cents tout au plus, deux-cent cinquante depuis Bashô. Le waka débuta comme littératre, le haïku comme une sorte de jeu avec les mots. Bashô en fit de la littérature, et cependant quelque chose au-delà et au-dessus de la littérature, un processus de découverte plutôt que de création, utilisant les mots comme moyens, non pas comme buts, comme un ciseau qui évide la pierre de la statue qu’elle renferme.
Quand les premiers écrivains de haïku comparèrent leurs versets au waka, ils y trouvèrent le matériau qu’ils voulaient, et cependant sentirent d’une certaine manière qu’on pouvait lui donner une forme plus appropriée, plus condensée, qui, en disant moins, signifiait plus. Des versets tels que le suivant particulièrement, ont dû les inspirer à exprimer les mêmes visions plus profondément en moins de mots :

Sabishisa ni yado o tachi idete nagamureba izuko mo onaji aki no yûgure
Ryôsen (11° siècle).
Solitaire
je quittai ma hutte;
regardant alentour,
partout le même
soir d’automne.

(à suivre, p.120)

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