Archive for juin 2009

suite tunisienne – 47 haïkus (7-2003)

20 juin 2009

SUITE TUNISIENNE

°

une mouche tunisienne
sur la vitre du bus
vers Monastir

°

cinquième étage – clim
et vue plongeante
sur la piscine de l’hôtel

°

petit bassin :
deux jeunettes –
et deux dauphins
au fond

°

grosse chaleur
deux jeunettes
sous l’eau s’enlacent

°

Nuit de fiançailles –
Personne dans la piscine
que des dauphins peints au fond

°

au vu de tous
la fiancée s’évente
sur son estrade

°

Soseki
en vacances avec moi
– Tunisie

°

s’endormir
aux sons de l’orchestre
des fiançailles

°

fiançailles terminées
l’on replie les chaises
– lune rousse

°

fiançailles terminées
les cigales
et un coq

°

cigales,
clim –
la rondeur de la nuit

°

premiers appels des minarets
au milieu des coqs
et des cigales

°

gare à la bagarre !
le bleu va de nouveau
triompher

°

le bleu
partout va renaître
– piscine

°

déjà la chaleur
sur les dernières pentes de la nuit
– la clim à fond

°

la clim
et dormir nu –
cigales et coq

°

les tables rangées
la lune repartie

°

ce qui ressort de cette nuit :
le palmier
au milieu de l’hôtel

°

ce qui reste de cette nuit :
fragrance des fleurs d’orangers

°

insomnie –
mais l’odeur des fleurs d’oranger !
la mer s’allume

°

les muezzins recouchés ?
coqs,
de loin en loin

°

arceaux et crénelures
coqs et cigales
sur Monastir

°

le dos des dauphins arrondis
au fond des deux bassins
en forme de haricots

°

dernier ressort d’un coq –
les grues allumées
et le phare du port

°

cinq heures du matin
dans l’ascenseur de l’hôtel
une grosse fourmi
et moi

°

fleur d’oranger
sous ma narine
le jour se lève

°

deux chats matinaux
vers la mer
un avion vient se poser

°

l’heure exquise
de flore immobile –
premières ondulations chantées

°

la  » boutique dromadaire  »
déjà allumée
un chat saute d’une poubelle

°

un homme à petits pas joggés —
le rouge du soleil qui monte
juste au coin de la mer

°

cinq heures du matin
à Monastir
déjà bien des gens
à la baignade

°

une tente de police   fermée
sur la plage –
femmes qui entrent habillées
dans la mer

°

robes
et châles
des femmes
à la mer

°

grosse fourmi
à longues pattes
sur mon pied –
insensible

°

une chaussette à la mer
et un voile –
Monastir

°

une serviette verte
à sécher au balcon
fait signe au loin

°

les anses
du sac plastique
bougent
sous le ventilo

°

dans les champs clairs
l’ombre noire des oliviers
sous la pleine lune

(El Jem – Monastir)

°

l’enfant tunisien
qui shoote dans le melon
qu’il rapporte

°

chassant avec un chiffon
les mouches de ses fruits
– marché couvert

°

de son rocher
un chat guetteur
se retourne

°

où tu vas
les mots

(partout)

dans tes poches
– liberté

°

un bambin sur la terre poussiéreuse
un âne sous l’olivier

°

cinq dinars
brillant
au fond de la piscine :
dernier cadeau de Monastir

°

en panne
dans un no man’s land –
chaleur d’oliviers

°

l’ombre d’un nuage
au centre d’un lac
– retour

°

des feux à terre clignotent
suivant la progression de l’avion
– soleil

°°°

Paris-Monastir-Paris, 11/13-7-2003.

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combien

17 juin 2009

Pensée de mi-juin

combien faut-il encore

user de pompes

avant de mourir ?

d.(15/6/09)

Haiku de R.H.Blyth vol 1 – poésie chinoise (e)

14 juin 2009

Par un heureux hasard, les particularités apparentes du poète et ses idiosyncrasies correspondent exactement aux caprices de l’univers, et ce qu’il exprime comme étant un sentiment personnel interne est loi extérieure; ce qu’il crée à partir de rien est ce que Dieu créa du néant. La poésie pure nous apparaît donc supra-personnelle, extra-personnelle, et il en est ainsi, car un tel poète ne parle pas pour lui-même, mais pour l’humanité. Souvenons-nous cependant, en ce qui concerne la poésie en général, et aussi certains haïkus, que les préjugés propres au poète, ses caprices, ses faiblesses et ses outrances, peuvent produire des versets subjectifs, romantiques, lyriques, qui sont néanmoins de la poésie à cause de quelque pouvoir subtil que le poète possède et qu’il nous donne, de prendre ces éléments personnels et cette attitude subjective et de se placer même en dehors d’eux. Ainsi est, par exemple, la poésie de Heine. La strophe suivante de Shiki est de cette sorte :

Kufû shite    hana ni ranpu wo    tsurushi keri

Suspendant une lanterne / sur une branche en fleur – / quel mal cela me donna !

Concernant le nombre élevé de citations de Hakurakuten, il faut mentionner que son influence sur la littérature japonaise fut vraiment très forte du IX° jusqu’au XV° siècle. La pièce de Nô : Hakurakuten, par Seami, en est une preuve, qui représente l’influence persistante durant cinq cents ans. Sumiyoshi (ou Suminoe), le dieu du waka, reconduit Hakurakuten en Chine :

La force du dieu Sumiyoshi est telle qu’elle ne te permettra pas de conquérir le Japon; retourne-t-en vite, Rakuten, sur les vagues de la baie.

Comme évidence de la nature étendue de l’influence d’Hakurakuten, particulièrement sur les classes dirigeantes et lettrées, citons l’anecdote suivante tirée d’Une Brève Histoire des Empereurs, par Aoyama Enu (1776-1842), qui concerne l’empereur Takakura, le 80° empereur du Japon (1169-1180) :

Quand Takakura Tennô était jeune, on lui offrit un érable, qu’il chérissait. Il commanda à Fujiwara Nobunari d’en prendre soin. Un jour, quelques ouvriers du palais, avec l’intention de boire du vin, coupèrent quelques branches pour faire un feu afin de le réchauffer. Nobunari, voyant cela, fut très en colère, les arrêta et se préparait à les punir; l’empereur lui ayant dit tant de fois de veiller sur l’arbre. Nobunari rapporta la chose en détail à l’empereur, se prosterna et demanda à être puni. L’empereur répliqua calmement : « Un poème Tang * dit :

Brûlant les feuilles rouges d’automne, nous réchauffons du vin dans la forêt.

Qui enseigna une action si élégante à ces ouvriers ? » et il ne mentionna plus l’affaire.

* Ce « poème Tang » est un verset d’Hakurakuten.

5) Le confucianisme

Haiku de R.H. Blyth vol 1 – poésie chinoise (d)

11 juin 2009

Les poètes japonais ont étudié la pluie sous tous ses aspects, les différentes sortes de pluies, la pluie cinglante de vent, la pluie qui tambourine régulièrement, l’averse, la pluie inaudible, invisible qu’Hakurakuten décrit ici :

MARCHANT DE NUIT SOUS LA PLUIE FINE

Nuages d’automne, vagues et obscurs ;
Le soir, solitaire et froid.
Je sentis l’humidité sur mes habits,
Mais ne vis ni gouttes, ni n’entendis le bruit de la pluie.

La relation entre Hakurakuten et Sôshi est très forte et profonde. Hakurakuten fait du deuxième chapitre de Sôshi le sujet de deux poèmes, en s’alignant sur la vue du monde et de la nature humaine de Sôshi :

1)

Le grand pin vert mesure cent pieds ;
L’orchidée basse seulement quelques pouces de verdure.
Tous deux vivent entre les mêmes ciel et terre ;
Chacun a sa part de longueur et de petitesse.
Ce qui est long ne peut se rétracter ;
Ce qui est court ne peut accroître sa stature.
Un homme qui expérimente cette vérité
Ne connaîtra jamais l’affliction venant de la richesse ou de la pauvreté.

2)

8000 ans pour que le camélia connaisse son printemps ;
la fleur d’une rose de Sharon ne dure qu’un jour.
Qu’y a-t-il entre eux deux ?
Il y a le bambou, qui pousse de lui-même.
Le bambou est vieux au bout de trois ans,
Cependant il reste vert à chaque saison.
Bien qu’on ne puisse le comparer au magnolia,
Il surpasse de beaucoup la rose de Sharon.

Le second verset, (on peut difficilement l’appeler un poème) est une version de la fin du premier chapitre de Sôshi.
Un autre de ces poèmes philosophico-botaniques qui présente de l’intérêt :

QUESTION À UN AMI

J’ai planté une orchidée ; je n’ai pas planté l’armoise.
Mais l’orchidée a vu le jour, ainsi que l’armoise.
Leurs racines et radicelles entremêlées et étalées ;
Leurs tiges et leurs feuilles enlacées ont fleuri.
Les tiges odoriférantes et les feuilles nauséabondes
Jour et nuit ont grandi en longueur et en épaisseur.
Si j’arrachais l’armoise, je pourrais blesser l’orchidée ;
Si j’arrosais l’orchidée, je nourrirais l’armoise.
Ainsi je ne désire pas arroser l’orchidée,
Ni ne puis me débarrasser de l’armoise.
J’hésite, j’hésite et ne peux me décider :
Je te demande : Que faire ?

Ceci est le dilemme du monde pratique, vu par l’intellect, résolu par la vie, par le vivre, qui seul peut être et ne pas être, peut parler et être silencieux, exister et ne pas exister, à un moment et au même moment sans durée.
Les poètes chinois traitèrent le Bouddhisme parfois sérieusement et parfois en ridicule ; non sans raisons. À la fin d’un court poème Cheveux Blancs, Hakurakuten fait les remarques suivantes concernant la vieillesse et la mort en particulier, et la vie humaine en général :

Dans la nature des choses, la vie, la vieillesse, la mort,
Ces trois maux se suivent pendant longtemps.
À part croire en quelque chose au-delà de la vie,
Les hommes n’ont pas de remède

Ceci est la pensée et la croyance en quelque chose qui n’est ni la vie ni la mort, mais qui transcende les deux, qu’on peut cependant vivre dans ce monde.
Dans le poème suivant, également d’Hakurakuten, la vision bouddhiste du corps s’exprime dans une manière chinoise modérée, de sens commun :

LIBERTÉ PAISIBLE

Je n’aime pas ce corps mien
Je ne le hais pas non plus.
Pourquoi devrais-je l’aimer ?
Il est la source de tous les désirs et passions.
Pourquoi devrais-je le haïr ?
Il n’est qu’une amas vide de poussières.
Seulement en ne l’aimant ni ne le détestant pas,
Pouvons-nous être libre et en paix.

Ici, nous voyons la pensée de Sôshi se mêler à la pensée et à la terminologie bouddhiste. Hakurakuten s’amuse du bouddhisme et des moines bouddhistes dans ce passage :

RAILLANT UN MOINE BOUDDHISTE POUR SON CULTE DES SOUTRAS

Brûlant de l’encens, allumant des cierges,
Un vieux moine à cheveux blancs chante le Soutra des noms des mille bouddhas.
Depuis combien d’années boit-il le vin de Sravaka ?*
Jusqu’à maintenant, il n’est jamais sorti de sa stupeur.

* doctrine Hinayana de salut personnel.

Ici, cependant, c’est la considération superstitieuse pour les écritures qu’il attaque. Néanmoins, Hakurakuten était un esprit libre, et aurait attaqué même la poésie, sans parler du Zen sous n’importe quelle forme. Il attaque Rôshi dans ce verset célèbre :

LISANT RÔSHI

Celui qui parle ne sait pas ; celui qui sait ne parle pas :
Ainsi Rôshi nous a-t-il enseigné.
Si l’on peut dire que Rôshi sait,
Pourquoi a-t-il écrit 5000 mots ?

Il critique aussi la doctrine de Sôshi de l’unité de toutes choses, de l’identité des contraires de cette manière :

LISANT SÔSHI

Sôshi réduit toutes les choses à une seule ;
Je crois qu’en l’unité il y a la diversité ;
Bien que par leur nature propre ils vivent également heureux,
Un phénix est légèrement supérieur à un serpent.

Cependant, dans un poème écrit à la vieillesse, un verset occasionnel, après avoir décrit un jour de sa vie passé en méditation tranquille en marchant seul dans les champs, il conclut :

Percevant que le relatif est l’absolu,
Oubliant et soi-même et le monde,
Quelle condition est-ce, demanderez-vous ?
C’est le royaume de l’Inactivité sereine, sans ego (de Sôshi).

Comme exemple de poésie chinoise qui soit pur haïku, nous pouvons choisir celui-ci :

PLUIE NOCTURNE

Un grillon grésille puis se tait :
La lampe abaisse sa flamme puis se ravive.
Par la fenêtre on peut entendre la pluie du soir ;
C’est le bananier qui en parle en premier.

Ceci forme deux haïkus, plutôt qu’un seul ; d’abord :

Un grillon grésille
Puis se tait :
La lampe abaisse sa flamme.

On notera que cela permet d’éviter le parallélisme, accompagnement plus ou moins inévitable dde vers qui riment. Les haïkus sont à la fois asymétriques de forme et de pensée. On ferait peut-être mieux d’arranger les lignes ainsi :

La lampe abaisse sa lumière ;
Un grillon grésille
Puis se tait.

Le deuxième « haïku »  convient encore mieux à la forme du haïku, puisqu’il est l’essence du poème originel :

Pluie du soir :
Le bananier
En parle en premier.

Le verset d’Hakurakuten est un exemple de la définition de George Moore de la « poésie pure » :

Quelque chose que le poète crée en dehors de sa propre personnalité

, si nous  comprenons par cet énoncé clair mais ambitieux que le monde se reflète dans l’esprit du poète comme dans un miroir non déformé, le développement et la vie de l’esprit du poète étant identiques au mouvement des choses extérieures à lui.

(p.69)

Haiku de R.H. Blyth vol 1 – poésie chinoise (c)

10 juin 2009

Les poètes chinois, probablement à cause de la géographie et de l’histoire de leur pays natal nous donnent le temps et l’espace in extenso. Le passé, dans le haïku est presque toujours le passé individuel, pas le passé historique. On sent l’espace dans le ciel, le jour et la nuit, mais il y a peu de grandes distances sur la terre, de chaînes de montagnes, et de plaines infinies, comme on peut les rencontrer chez les poètes chinois. Dans le poème suivant de Hakurakuten, les deux dernières lignes sont quasi non-japonaises, à la fois dans leur allusion moralisante et généraliste et dans la préférence du grandiose et de l’âgé sur le petit et l’éphémère :

LE PAPILLON D’AUTOMNE

Les fleurs pourpres de l’automne fleurissent à foison,
Les papillons jaunes de l’automne volettent çà et là.
Les fleurs commencent à pencher, les papillons nouveaux sont petits ;
A l’est, à l’ouest, ils flirtent par deux, par trois.
Le soleil se couche, un vent frais se lève ;
Les fleurs tombent et s’éparpillent dans les buissons.
La nuit augmente, la rosée blanche est froide ;
Les papillons ont déjà péri dans les bosquets.
Nés le matin, ils meurent cette nuit même,
En accord mutuel les uns avec les autres ;
N’avez vous pas vu comment la grue âgée de mille ans
Loge si souvent dans les pins élevés ?

Le suivant s’appelle Jeune Printemps, mais il veut dire plutôt Pensées du Jeune Printemps.

JEUNE PRINTEMPS

La neige disparaît, la glace  fond,
Le paysage s’adoucit, le vent est doux.
Jardins et champs sont humides,
Des pousses vertes croissent au long de la barrière.
Chez moi, tout est tranquillité et loisir ;
Le soleil de l’ouest oblique inonde l’entrée.
Si je n’ouvre pas les livres de Rôshi et de Sôshi,
Avec qui désirerais-je converser ?

Les deux dernières lignes sont si éloignées du titre que nous pouvons dire qu’elles n’ont pas de rapport avec lui. Le suivant, encore, parle d’un certain état ; il y a du haïku dedans.

DORMANT, ET AU RÉVEIL, M’ASSEYANT TRANQUILLEMENT DANS LA PÉNOMBRE

Sous la charmille du fond, j’ai dormi tout l’après-midi.
Me levant, je m’y assis, la scène printanière s’obscurcissant.
Étant à peine éveillé, mes yeux étaient encore faibles,
Mais mon esprit reposé, sans pensées.
Tranquille et sans attaches, il était retourné à son unité ;
Délaissant les myriades d’idées, il était vide et calme.
Il n’y a rien à quoi nous puissions faire allusion
Pour décrire l’illumination d’un tel moment.
C’est simplement l’état de est-n’est pas,
Appelé aussi « le royaume de l’inutile. »
L’état de Zen, et d’ « assise oublieuse »,
Le même par essence, n’est pas de deux routes.

Cette « assise oublieuse », Sôshi l’explique ainsi : « abaisser le corps, ce qui entraîne l’intelligence à se retirer, se séparer de la forme, rejeter toute sagesse. »
Rogers, Pope, Greene et Cowper disent :

Ma couche soit près de la colline.

Heureux l’homme dont le souhait et le soin
Mesurent quelques arpents paternels.

Doux sont les pensers qui savourent le contentement.

Ô, loger dans quelque vaste étendue sauvage !

C’était à peine plus qu’une convention littéraire, en Angleterre, mais en Chine et au Japon réellement pratiqué. Rien ne plaisait plus aux haïjins que les poèmes chinois traitant de la vie solitaire. Le plus fameux des poètes chinois, à ce propos, est  Tôenmei, dont les descriptions en prose et en poésie de sa retraite sont des classiques au Japon également. Pour un exemple plus court, prenons ce poème d’Hakurakuten :

UNE VIE RETIRÉE À LA FIN DE L’AUTOMNE

Je vis dans un endroit retiré, à l’écart des chemins battus;
Peu viennent me rendre visite.
M’habillant, je m’assieds tranquillement,
Et nourris la paix de mon esprit.
Le jardin d’automne, je ne le balaye pas ;
Un bâton de glycine à la main,
Je marche lentement sur les feuilles jaunes de paulownia.

Ceci est entièrement dans l’esprit du haïku, tout spécialement la particularité, le concret et la sensualité des deux dernières lignes.

(p.63)

Haiku vol 1 R.H. Blyth – la poésie chinoise (b)

8 juin 2009

La façon dont les haïjins utilisèrent la poésie chinoise varie selon les individus. Si l’on prend Bashô et Buson comme exemples-types, on voit que Bashô lisait constamment les poètes chinois pour s’en inspirer, et pour enrichir sa propre vie poétique. Il appréciait particulièrement Toho (qui ne me plaît pas, personnellement). Dans Oku no Hosomichi, les tout premiers mots sont une adaptattion de quelque prose de Ritaihaku :

Le temps est un voyageur qui passe incessamment.

Bashô écrit :

Les mois et les jours sont d’éternels voyageurs ; les ans qui passent sont aussi des voyageurs.

Plus loin, nous trouvons des phrases telles que :

Un nuage solitaire invité par le vent

Yuku haru ya    tori naki uo no    me wa namida
Le printemps s’en va,    oiseaux pleurant,    larmes dans les yeux du poisson.

Ce sont des échos de Toho.

Même  si l’affliction et l’angoisse pesèrent sur moi et rendirent mes cheveux gris, sous un ciel étranger,

vient d’un poème de Hakurakuten :

En septembre de cette année, je m’en vins dans la province de Go ;
Les deux côtés de ma chevelure désordonnée blanchirent soudain.

Le passage suivant :

Sentant comme si la terre et le ciel tombaient des bords des nuages,

vient d’un vers de Toho :

Entrant dans la pente venteuse du rocher, les bords des nuages pleuvaient de la poussière.

Autre exemple :

Sous la pluie, le paysage était magnifique, et après la pluie j’en espérais plus encore.

Ceci provient d’un des deux poèmes de Sotôba : Buvant sur le lac, après la pluie.

Il y a une description de Matsushima :

Quelques (îles) ont l’air d’un enfant porté à dos, quelques unes d’un enfant au sein, d’autres d’un homme qui caresse ses enfants ou ses petits-enfants.

Cela vient probablement du  poème de Toho : Admirant les montagnes :

Tous les pics successifs ont l’air d’enfants ou de petits-enfants.

Certains haïkus de Bashô s’inspirent plus ou moins directement de vers de Toho. Ainsi :

Saru wo kiku hito    sutego ni aki no    kaze ika ni

Triste au cri du singe,    voyant l’enfant abandonné dans le vent d’automne,    comment se sentirait-il ?

provient de : Huit poèmes de diversion automnale :

Entendant les singes, de fait, trois lamentations éplorées !

Les vers de Bashô se situent dans le Nozarashi Kikô et représentent une expérience vécue en passant près de la rivière Fuji. Il est d’un sentiment différent de ce qu’exprime le poème chinois qui offrit une partie de sa pensée.
Ceux-ci sont des exemples concrets de la manière dont les pensées et les sentiments des poètes chinois traversaient continuellement l’esprit de Bashô. Cela montre quels étaient ses idéaux littéraires, bien que son idée du haïku contenait quelque chose de nouveau et d’original – d’unique, en fait, dans la littérature mondiale. Mais avec ses haïkus, toute cette vie poétique chinoise est complètement absorbée dans la sienne, et il se trouve peu d’exemples d’emprunts directs. On en remarquera quelques uns de plus dans ses haïkus individuels.
Avec Buson et d’autres haïjins des origines, on trouve quelque chose de différent. Dans beaucoup de ses versets, nous voyons que Buson vise le même but que les Chinois. Dans des cas extrêmes, dont on peut trouver un certain nombre, il prend des phrases entières et les incorpore dans un nouveau contexte. On en trouve maint exemple dans le corps de son œuvre, mais en voici un de typique. Le verset de Buson dit :

Écoutant le luth un soir de printemps.
Shôshô no    kari no namida ya    oboro-zuki
Des larmes    pour les oies sauvages de Shôshô ;    une lune brumeuse

La rivière Shôshô s’écoule dans le fameux lac Dôtei, renommé pour ses Huit Vues. Les oies sauvages de Shôshôse trouvent dans le poème du célèbre poète chinois Senki, extrait du Tôshisen :

OIES SAUVAGES DE RETOUR

Pourquoi partent-elles si soudainement de Shôshô ?
L’eau est bleue, le sable est blanc, la mousse sur les deux berges est verte ;
Si l’on jouait du luth à vingt-cinq cordes, une nuit de lune,
Ne reviendraient-elles pas submergées d’émotion ?

Le luth de vingt-cinq cordes que jouait Gaô et Joei, les deux filles de Gyô, qui moururent toutes deux à cet endroit. Les « larmes » du verset de Buson se rapportent aux deux sœurs. Le titre est dans le style chinois bien que cela semble être original chez Buson. Sa strophe a un sentiment complètement chinois et est aussi éloignée de la simplicité et de la franchise du haïku qu’il est possible de faire en 17 syllabes. Buson entendit probablement jouer du koto, un soir de printemps, et exprima ses propres sentiments en utilisant le cadre de Shôshô, des oies sauvages repartant, des larmes de Gaô et de Joei, comme matériau, en ajoutant la lune brumeuse, changeant ainsi la saison d’automne au printemps pour complaire à l’élément romantique. En d’autres termes, le verset de Buson est de la littérature, de la poésie – mais n’est pas du haïku, sauf dans le sens où nous voulons bien accepter tout ce qui peut être bon ou intéressant dans la forme du haïku comme étant une contribution à la culture et aux plaisirsde la vie. Opposez ce verset précédent à un véritable haïku de Buson :

Senzoku no    tarai mo morite    yuku haru ya

Il fuit aussi,    le baquet pour se laver les pieds :    le printemps s’en va.

Ici nous avons l’harmonie d’une abstraction avec une de ses circonstances concrètes, qui est néanmoins d’ un accompagnement purement accidentel. Ce verset n’est pas un des meilleurs, mais il est donné comme étant à l’opposé de la vie et de la technique poétiques du précédent.
Un autre poème de Ritaihaku, plus proche de l’esprit du haïku, mais encore quelque peu diffus :

LOGEANT À L’AUBERGE À SEIKEI

J’arrivai à la nuit à Seikei,
Là où mon ami vit au milieu des rochers verts ;
Entre les piliers sous les auvents
Etaient suspendues des étoiles.
Frémissements de feuilles et ruissellement d’eau tout près ;
Quand la lune tomba derrière les collines de l’Ouest,
Le cri nocturne des singes s’éleva – whee ! whee !

Comme nous l’avons déjà mentionné, les poètes japonais, et en particulier les haïjins se tournent naturellement vers ce qui est petit, à l ‘écart de la magnificence, comme s’ils sentaient qu’il y avait quelque chose de plutôt vulgaire dans le « grand » dans la nature. Il y a certainement quelques haïkus qui décrivent les aspects plus vastes de la nature, tel celui-ci :

Ara-umi ya    sado ni yokotô    ama no gawa
Bashô
Une mer agitée,    et, s’étirant vers l’île de Sado,    la Voie Lactée.

… (p.60)

Haiku Vol I R.H. Blyth – La poésie chinoise (a)

7 juin 2009

4. La Poésie Chinoise

La poésie chinoise a influé sur le haïku par  le zen et le taoïsme qui l’ont baignée, et par ses valeurs purement « poétiques » de romance , de nostalgie, de lassitude-de-ce-monde et d’évocations glorieuses. Ces dernières, qu’a évitées le haïku pour quelque raison bien « japonaise » peuvent être illustrées par les vers suivants de Ritaihaku (Li Tai Po) :

ADMIRANT LA CASCADE DU MONT RO :

Le soleil brille sur le pic de Kôro, rendant le brouillard pourpre ;
La cascade vue de loin a l’air d’une longue rivière
Se jetant du haut de 3000 pieds :
N’est-ce pas la Voie Lactée tombant du Neuvième Ciel ?

Les poètes de haïkus anciens ne choisirent qu’exceptionnellement, tout au moins, ces thèmes ; il ne les traitèrent pas non plus de si grande manière. Il y a de grandes cascades au Japon, mais instinctivement on les évitait, on se dérobait presque devant des choses aussi  formidables. Comparez avec les vers suivants de Bashô :

Horo horo to    yamabuki chiru ka taki no oto

Les pétales de la rose de montagne    tombent de-ci de-là    au son de la cascade ?

(voir vol 2, p. 630)

Comme ceci est spécial et délicat ! L’esprit semble grandir en intensité à la beauté et à la fraîcheur de cette scène. L’exemple suivant est de Hakurakuten :

JOUANT DU LUTH DANS LA FRAÎCHEUR DU SOIR :

La lune s’est levée, les oiseaux sont tous dans leurs nids ;
Je m’assois tranquillement, seul au milieu des arbres
Mon cœur est maintenant au repos,
Et il est bon de jouer du luth de bois blanc.
Sonnant frais et clair, selon sa nature,
Fin et calme, il suit le cœur humain.
La tête se remplit de l’esprit de la paix,
Comme il réagit au mode ancien de Seishi.
Les sons s’épandent, puis cessent en tremblant.
La mélodie s’achève, la nuit d’automne est profonde.
Le Vrai Son se fait l’écho des Changements Premiers ;
Ciel et Terre, sereins, s’approfondissent.

Ceci est la manière chinoise d’atteindre l’unité. Si nous les comparons, la manière japonaise semble insignifiante, triviale, presque décevante :

Mizu-giwa mo    nakute furue no    shigure kana
Buson
Dans la bruine de Furue,    le bord de l’eau    se perd.

La manière japonaise est exposée simplement dans cette strophe tirée du Zenrinkushu :

Yuima est peu enclin à ouvrir sa bouche,
Mais sur le rameau une seule cigale chante

… (p.54)

Copenhague 2009 Urgence climatique

7 juin 2009

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L’ultimatum climatique, l’appel pour la conférence de Copenhague

http://www.copenhague-2009.com/appel