Haiku de R.H. Blyth vol I L’art oriental et le haïku (c)

Ce qui est intéressant dans la peinture de Sengaï (célèbre peintre-moine de la branche du zen rinzai, mort en 1837) de Tokusan et Ryutan (planche 14, p.167) est l’absence de beauté dans les visages des deux personnages, et dans la peinture en son entier. Même s’ils avaient formé un couple élégant, il aurait été nécessaire de les montrer ainsi, parce que la peinture insiste sur leur très grand sérieux, sur leurs âmes, pas sur leur apparence. Nous voyons ici une différence fondamentale entre le bouddhisme (et le christianisme) et le zen, si nous comparons les visages du Christ ou du Bouddha, et ceux des adeptes zen. Et de même que le zen est plus important que la beauté, de même la signification du sujet est plus importante dans le haïga que l’habileté ou la technique.
Le verset dit :

Éclairez l’Esprit
Du passé, du présent, du futur.
Soufflez la lanterne de papier,
Et le Mont Kongô se change en cendres.

Cela signifie que l’Esprit est sans bornes, dépourvu de qualités ; et quand nous En sommes conscients, quand nous sommes illuminés, la chose la plus dure et la plus forte du monde est aussi douce et faible que des cendres. C’est une application pratique de la citation du Kongôkyô, Le Soutra du Diamant, p.91.
La peinture d’un ptarmigan sur une branche de pin (planche 13, p.163) attribuée à l’artiste chinois du XIIIè siècle Mokkei, montre l’application directe du Zen à l’Art. De cete peinture, le Dr Suzuki dit :
Le ptarmigan est-il une sorte de corbeau ? Il se perche sur un vieux pin, symbole de force inaltérable. Il semble regarder quelque chose sous lui. La vie de l’univers pulse à travers lui,tandis que le calme règne sur la nature environnante. Ici s’affirme l’ancien esprit de solitude. C’est quand Dieu n’a pas encore donné son « fiat lux » à l’obscurité de la terre pas encore née. Comprendre le mécanisme de l’esprit en ceci, n’est-ce pas le bout de la discipline zen ?

C’est plutôt un autre côté plus léger mais cependant chaleureux de Mokkei que les artistes japonais ont apprécié. La peinture d’un singe par Tôhaku (1539-1610), par exemple (pl. 4, p.58) est inspiré par un des trois sujets du tryptique de Mokkei dans le temple Daitokuji. Haïkus et haïgas évitent le sinistre, le violent, le dramatique et l’intense. Ils aspirent à être profonds sans profondeur. Tôhaku peint le vieil arbre, les aiguilles de pin, les feuilles de bambou et le singe dans le même esprit que le verset écrit par Bashô une centaine d’années plus tard :

Hatsushigure    saru mo komino wo    hoshige nari
Première pluie d’hiver ;    Le singe aussi semble désirer     un petit imperméable de paille.

(p.93)

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