Archive de la catégorie «Japon»

HAIKU de Blyth, vol1, sect.5,6 : les kireji – p.332-3

3 janvier 2010

°°

6) Les kireji

Les kireji sont une sorte de ponctuation poétique, ou bien les indications : piano, forte, crescendo, avec sourdine, en musique, par lesquels le compositeur du haïku exprime, ou suggère, ou souligne ses humeurs et états d’âme.
Depuis au moins l’époque de Sôgi, il y avait dix-huit kireji, assignés au renga : leur nombre augmenta avec le temps. Les plus importants d’entre eux sont les trois ya, kana, keri. Ya correspond à Ah! ou Oh! en anglais, tel un soupir d’admiration, comme dans :

ara umi ya
sado ni yokotau
ama no gawa

une mer déchaînée !
et, s’étirant jusqu’à l’île de Sado,
la voie lactée

Bashô.

ro no koe nami wo utte
harawata kôru
yo ya namida

Une nuit à geler les entrailles !
Le bruit de la rame frappant la vague -
Des larmes

Bashô.

Ya peut aussi exprimer le doute, ou l’incertitude, ou une question :

ume shiroshi
kinô ya tsuru wo
nusumareshi

les fleurs de prunier sont blanches;
était-ce hier
que la grue fut volée ?

Bashô.

kimi ya chô
ware ya Sôshi no
yume-gokoro

Es-tu le papillon,
et moi le coeur rêvant
de Sôshi ?

Bashô.

Dans ce dernier exemple, les deux ya expriment l’interpénétration de Sôshi et du papillon, de moi et de toi.
Ya peut montrer une sorte de question rhétorique, ou une attitude telle que “vous pensez ça, mais vous avez tort !”, comme dans :

hako o deru
kao wasureme ya
hina ni-tsui

sortant de la boîte,
ces deux poupées,
comment pourrais-je oublier leurs visages ?

Buson.

Keri montre que le temps a passé, que quelque chose est terminé, et qu’on en ressent une certaine admiration, ou émotion :

mizuumi no
mizu masari keri
satsuki-ame

L’eau du lac
a augmenté
dans les pluies de juin

Kyorai.

On trouve un bon exemple de l’utilisation du kireji dans cette strophe de Buson :

ôyuki to
nari keri seki no
tozashidoki

Une grande chute de neige -
juste quand ils ferment
les portes de la Barrière

Ici keri divise le vers en deux; la forme 5/7/5 a une forme 9/8 qui lui est superposée. Le trois temps et le deux temps ensemble nous remémorent Brahms. Le keri a aussi pour effet d’alourdir le vers, exprimant ainsi le poids de la neige et la lourdeur de la Barrière.
kana est si courant qu’il en perd parfois son sens, mais normalement il produit un effet très semblable aux kana et kamo du waka, celui de l’exclamation d’une émotion que le verset suggère. Il fait aussi du mot qui le précède le centre de l’intérêt et de l’énergie poétiques.

7) Les séquences de haïkus. (p.334-5)

°°

waka de Saigyô – haïkaï de Bashô

1 janvier 2010

°

marchant sur un chemin
où il n’y a personne
tandis que le soir tombe
pour m’accompagner
les sauterelles élèvent la voix

Saigyô (1188-1190),
in poèmes de ma hutte de montagne Ed. Moudarren, 1992.

sur ce chemin
ne va personne -
crépuscule d’automne

Bashô (1644-1694)

°

onomatopée remarquable : Saigyô

1 janvier 2010

kumite shiru
hito mo aranan
onozu kara
horikane no i no
oko no kokoro o

En puisant de l’eau
sans doute comprendra-t-il par lui-même
la sincérité du coeur profond
comme l’eau au fond du puits *

Saigyô (1118-1190), dans Sanka shû, Recueil de la hutte des montagnes, oeuvre traduite en français, d’autre part, par Hervé Collet et Cheng Wing fun, sous le titre de poèmes de ma hutte de montagne, éd. Moundarren, 1992. (Ce poème n’y apparaît pas.)

et donc, pour en revenir au poème, notez la progression de l’assonance o qui aboutit ” comme l’eau au fond du puits ” en oko no kokoro o

Que d’o, que d’o !

* ” Le puits de Horikane, situé dans la province de Musashi est un uta-makura. “

Source (!) : Hokusai : Le Char des poèmes de la rivière Isuzu, kyôka. Éd. In Medias Res, 2000., p.37.

°

HAIKU de Blyth V.1, s.5,4 : Les onomatopées (p.321-8)

1 janvier 2010

°

De toutes les langues, le japonais est de loin la plus riche en éléments onomatopéiques, particulièrement de la variété la plus simple, dans laquelle le son du mot est directement une imitation de la chose. En tant que “figure de style”, les onomatopées n’ont droit qu’à une toute petite place dans nos livres de grammaire et de rhétorique, mais dans son sens le plus large, l’onomatopée représente non seulement la partie la plus importante de la poésie, mais aussi de la prose, et du langage lui-même. Comment nous disons quelque chose a plus d’importance, ou plus de sens que ce que nous disons : le sens conscient; car à travers les intonations de la voix, le choix des mots, leur combinaison, les sons se faisant écho et re-écho, leurs consonances suspendues et rétablies, leurs dissonances soutenues et résolues, à travers tout ceci joue une musique aussi libre mais cependant aussi soumise à la loi que le sont celles de la flûte, du hautbois ou du violon. Des exemples trop évidents ont quelque chose qui frise en eux le ridicule, ainsi celui de Tennyson :

” The moan of doves in immemorial elms
And murmuring of innumerable bees “

” La plainte des colombes dans les ormes immémoriaux
et le murmure d’innombrables abeilles”

On peut tirer profit de ça, comme dans :

” Rend with tremendous sound your ears asunder,
With gun, drum, trumpet, blunderbuss and thunder. “

” Déchirez vos oreilles d’un son formidable
avec fusil, tambour, trompette, tromblon et tonnerre. “

et de Buson :

hi wa hi kure yo
yo wa yo ake yo to
naku kaeru

Jour, ah, Jour qui sombre !
Nuit, ah, l’aube au loin !
chantent les grenouilles

Dans ce dernier exemple il y a également une représentation de l’aspect humoristique de la chose.
Le haïku, par nature, ne peut pas nous montrer des exemples tel que le suivant, au sens donné ou intensifié par un rythme régulier, répété :

Most friendship is feigning,
Most loving mere folly.
Then heigho the holly,
This life is most jolly.

La plupart de l’amitié est feinte,
La plupart de l’amour, pure folie.
Alors, eh bien, le houx,
cette vie est vraiment gaie.

Ici, les amphibraques dancent aussi réellement que :

the slythy toves
did gyre and gimble in the wabe.

Les effets de rythme japonais sont plus dans le style des lignes de Pope, dans lesquelles il représente la longueur par l’emphase et l’allongement de syllabes non accentuées :

Quand Ajax s’efforce de faire bouger le poids énorme de quelque rocher,
La ligne aussi peine, et les mots se meuvent lents.

Dans le célèbre verset de Buson ci-dessous, les bruits de la mer frappent plus véritablement l’oreille par le son de ses 17 mores que par le son des vraies vagues :

haru no umi
hinemosu notari
notari kana

La mer du printemps
s’élevant et s’abaissant doucement,
toute la journée

Les sonorités de hinemosu renversent presque celles de haru no umi. La répétition de notari, notari,, le kana dont les sons en a font écho à ceux de haru et de notari, tout ceci représente, pour quelque raison ignorée, pas tant le son des vagues que plutôt le sens d’une longue journée de printemps le long de la côte. Quel en EST la signification ? C’est :

haru no umi
hinemosu notari
notari kana

Comparez ceci au sens du rythme que l’on trouve dans le poème suivant de Freeman. Les larmes jaillissent aisément, encore, au-delà de toute raison :

APPELS DE L’ENFANCE

Come over, come over the deepening river,
Come over again again the dark torrent of years,
Come over, come back where the green leaves quiver,
And lilac still blooms and the grey sky clears.
Come, come back to the enchanting garden,
To that green heaven, and the blue heaven above,
Come back to the time when the time brought no burden,
And love was unconscious, not knowing love.

Traverse, traverse la rivière qui s’approfondit,
Traverse de nouveau le torrent sombre des ans,
Traverse, retourne où les feuilles vertes tremblent,
Et le lilas s’épanouit encore et le ciel gris s’éclaircit.
Viens, retourne au jardin enchanté,
à ce ciel vert, et le ciel bleu au-dessus,
Retourne au temps où le temps n’était d’aucun fardeau,
Et que l’amour, inconscient, ne connaissait pas l’amour.

Mais, aussi spontanés que ces poèmes peuvent apparaître, nous savons que beaucoup d’entre eux étaient le résultat d’un travail ardu. Quelques uns n’atteignent jamais la perfection et trahissent tout à travers l’oeuvre du processus sélecif. De ce niveau, The Blessed Damozel de Dante Gabriel Rossetti, en est un exemple. Il est bien connu qu’Issa, en dépit de a fluidité et du grand nombre de strophes qu’il produisit, révisait ses poèmes sur des mois, des années; ainsi le suivant :

ô hotaru
yurari yurari to
tôri keri

en vacillant,
une énorme luciole
passe

Ce verset est le résultat de maintes révisions, mais la version finale semble sans artifice, et l’oeuvre d’un instant. Cette révision de strophe est une révision de l’expérience. L’expérience avait grandi dans les mots du haïku, de sorte qu’il réussit à savoir ce qu’il aurait dû vouloir dire.
Nous pouvons résumer la fonction des onomatopées de la manière suivante :
a) représentation directe des sons du monde extérieur par les sons de la voix :

ochikochi
ochikochi to utsu
kinuta kana

çà et là,
Là et çà,
on bat les battoirs

Buson.

ichiboku to
poku poku aruku
hanami kana

il marche tranquillement
avec son serviteur,
admirant les fleurs de cerisier

Kigin.

butsudan ni
honzon kaketa ka
hototogisu

“La grande Image”
est-elle sur l’autel ?
chante le coucou

Sôkan

Comparé avec The Throstle de Tennyson :

” Summer is coming, summer is coming.
I know it, I know it, I know it.
Light again, leaf again, life again, love again ! “
Yes, my wild little Poet.

” L’été vient, l’été vient.
Je le sais, je le sais, je le sais.
Lumière de nouveau, feuille de nouveau, vie de nouveau, amour de nouveau ! “
Oui, mon petit Poète sauvage.

b) représentation du mouvement, ou des sensations physiques autres que celles du son.

ishikawa wa
kuwarari inazuma
sarari kana

la Rivière Rocheuse ondoie,
l’éclair
ondule

Issa.

yusa-yusa to
haru ga yuku zo yo
nobe no kusa

le printemps s’en va
tremblant, dans les herbes
des champs

Issa.

Yea, slimy things did crawl with legs
Upon the slimy sea.

Ouais, des choses visqueuses avec des pattes rampèrent
Sur la mer visqueuse.

Coleridge.

A cuff neglectful, and thereby
Ribbons to flow confusedly.

Une manche négligée, et ainsi,
Rubans de flotter avec confusion.

Herrick.

c) La représentation d’états d’âme. C’est toujours indirect, inconscient, spontané. La grande poésie dépend principalement sur ce facteur, pour ses effets. Elle ne peut être imitée, ni produite artificiellement.

Fear no more the heat o’ the sun,
Nor the winter’s furious rages.

My heart’s in the Highlands, my heart is not here;
My heart’s in the Highlands, a-chasing the deer.

Ne crains plus la chaleur du soleil,
Ni les rages furieuses de l’hiver.

Mon coeur est sur les Hauts-plateaux, mon coeur n’est pas ici;
Mon coeur est sur les Hauts-plateaux, il y chasse le cerf.

hito chirari
konoha mo chirari
horari kana

Les gens sont peu nombreux,
les feuilles tombent aussi,
de temps en temps

Issa.

utagauna
ushio no hana mo
ura no haru

N’en doutez pas,
la baie a aussi son printemps -
les fleurs de la marée

Bashô.

We saw Thee in Thy balmy nest,
Bright dawn of our eternal Day;
We saw Thine eyes break from their east,
And chase the trembling shades away.

Ne Vous avons vu dans Votre nid embaumé,
Aurore lumineuse de notre éternel Jour;
Nous avons vu Votre oeil quitter leur est,
pour chasser les ombres tremblantes.

Crashaw, dans In the Holy Nativity of Our Lord God.

osoki hi no
tsumorite tôki
mukashi kana

les jours lents s’accumulant passent -
comme elles sont lointaines,
les choses du passé !

Buson.

Le son k est encore utilisé par Buson, pour décrire l’amertume du passage du temps :

osoki hi ya
kodama kikoyuru
kyô no sumi

le jour lent;
des échos entendus
dans un coin de Kyôto

Suit un exemple d’onomatopées dans un waka par Saigyô :

izuko ni mo
sumarezuba tada
sumade aran
shiba no iori no
shibashi naru yo ni

Si je sens que je ne peux vivre nulle part,
je ne le ferai simplement pas -
dans ce cottage de chaume
d’un monde flottant.

Nous devons nous rappeler encore ce conseil de Bashô à ses disciples :

” Répétez (vos versets) mille fois sur vos lèvres. “

Les haïkus, pas moins que les waka, sont des chansons; ils sont destinés à être lus à voix haute. L’onomatopée n’est pas une question visuelle, quoique cela puisse aider; le sens total et parfait d’un haïku n’est pas saisi tant que l’oreille ne l’a pas entendu.
Voici cinq exemples d’onomatopées qu’on trouve chez Seisensui :

rappa fuite
fumoto no michi ga kokoro yoku
nobiru bashaya san

Soufflant dans son cor,
la route au pied de la montagne s’étire paisiblement -
le conducteur !

C’est en 3/3 ; 4/3/3/2 ; 3/3/2 ; ce qui donne à la fois le son du cor et le rythme des sabots du cheval.

tombo tobu
tombo no ue mo
tombo tobu sora

les libellules volent
au-dessus d’elles volent encore des libellules
dans le ciel libellule

Horyu.

Ce n’est pas une imitation de sons comme chez Tennyson, c’est une tentative d’exprimer la hauteur du ciel à travers la répétition du même son. Cela correspond à l’utilisation par Bach du motif en escalier pour suggérer le destin; ici, il représente l’infini.

waru utsu
tsukiyo no yoi oto
shidashita

le battage de la paille -
quel beau son il est devenu,
cette nuit de lune !

Masuo.

Le pied de quatre unités représente le battage de la paille.

ochikochi
ochikochi to utsu
kinuta kana

çà et là
là et çà,
on bat les battoirs

Buson.

azami
azayaka na
asa no
ame agari

comme l’ortie est claire,
le matin,
après la pluie !

Santoka.

3 / 5 / 3 / 5 : le son ouvert a représente l’humeur joyeuse du poète. L’assonance du début et de la fin du verset : azami, agari, lui donne une complétude formelle.

5) La forme du haïku. (p.328-32)

Poèmes de mort japonais – Y. Hoffmann, Ed. Tuttle – R -

30 décembre 2009

°

de RAIZAN

mort le 3 du 10° mois de 1716, à 63 ans :

Suwa saraba mizu yori mizu e yuki no michi

Adieu, père – / comme la neige : de l’eau venue / à l’eau s’en allant

Note de Y. Hofmann : “Contemporain de Bashô, Raizan apprit à écrire des haïkus dès l’âge de huit ans, et fut autorisé à enseigner et à critiquer le haïku à 18 ans. (…) Juste avant de mourir, Raizan écrivit un jisei humoristique sous forme de tanka :

Raizan wa / umareta toga de / shinuru nari / sore de urani mo / nanimo kamo nashi

Raizan est mort / pour payer de l’erreur / d’être né : / De ceci il ne blâme personne / et ne porte aucun grief.

°

de RANGAI,

mort le 26 du 3° mois de 1845, à 75 ans :

Fuji-no-yama / minagara shitaki / tonshi kana

Je désire mourir soudainement / les yeux fixés / sur le Mont Fuji

°
de RANSETSU

mort le 13 du 10° mois de 1713, à 54 ans :

Hito-ha chiru totsu hito-ha chiru kaze no ue

Une feuille se détache puis une autre prend le vent

Note de Y.H. : Ransetsu était un disciple de Bashô qui louait sa poésie (…) Une autre traduction en est possible :

Une feuille tombe, ho !
une autre feuille tombe
haut dans le vent

°
de REKISEN,

mort après 1834, à plus de 86 ans :

Saku mo yoshi chiru mo Yoshino no yamazakura

Laissez-les fleurir ou
laissez-les mourir – c’est même chose :
Cerisiers du mont Yoshino

Note : ” Le mont Yoshino, près de la ville de Nara, est réputé pour sa beauté lors de la floraison des cerisiers “.

°
de RENSEKI,

mort le 5 du 7° mois de 1789, à 88 ans :

Harai arai kokoro no tsuki no kagami kana

J’ai nettoyé le miroir
de mon coeur – maintenant il reflète
la lune

« La lune symbolise le salut dans l’autre monde – ou « sur l’autre rive » -
au-delà des souffrances de cette existence présente ». Elle peut symboliser également (la
lumière de) l’enseignement du Bouddha.

°
de RETSUZAN,

mort le 25 du 8° mois de 1826 à 37 ans :

Tsuyu no yo to satoru sono yo o nezame kana

La nuit où je compris
que ceci est un monde de rosée
je m’éveillai de mon sommeil

°
de RIEI,

mort le 14 du 8° mois de1794, à 22 ans :

Uragarete kaeru ya matsu ni hannyagoe

Tout gèle de nouveau -
parmi les pins, des vents murmurent
une prière

°
de ROBUN,

mort vers 1725 :

Ukine suru tori ya shôji no sakaigawa

Un oiseau aquatique, endormi,
flotte sur la rivière
entre la vie et la mort

°
de ROSEN,

mort le 23 du 8° mois de 1743, à 83 ans :

Hito-taki no hai hakinagase aki no mizu

Balaye
le tas de cendres
dans les eaux de l’automne

°
de ROSHU,

mort le 18 mai 1899, à 74 ans :

Tabidachi ya tôshi to kiite koromogae

Temps de s’en aller…
On dit que le voyage est long :
changement d’habits.

°
de RYOKAN,

mort le 6 du 1° mois de 1831, à 74 ans :

Ura o mise omote o misete chiru momiji

Révélant son envers
puis son endroit, ainsi tombe
une feuille d’automne

N. du trad. (d.p.) :
Ainsi traduit dans ” La Rosée d’un lotus ” (Ryôkan et Teishin) , Gallimard 2002, isbn 2-07-076560-1; p.169 :

Montrant son envers
aussi bien que son endroit
la feuille qui tombe

Note de Yoël Hoffmann : “Son poème de mort a peut-être été composé par un autre poète; Il fut dit par Ryôkan à Teishin (ni), en ses derniers instants.”

°
de RYOSA,

mort le 11 du 7° mois de 1807, à 84 ans :

Sarishi hito wa kyô o kagiri no asagao ka

L’homme est-il
un liseron, qui passe
en un jour ?

°
de RYOTO,

mort le 28 du 4° mois de 1717, à 59 ans :

Gatten ja sono akastuki no hototogisu

Je comprends :
un coucou chante
aujourd’hui à l’aube.

Ryoto fut prêtre shinto et disciple de Bashô.
De lui ce tanka, écrit lors de sa maladie terminale :

Ima made wa hito ga shinuru to omoishi ni
waga mi no ue ni kaku no shiawase

Jusqu’ici
je croyais que seuls
les autres mouraient -
qu’un tel bonheur
dût m’échoir !

°
de RYOU,

mort le 5 du 11° mois de 1794 :

Akatsuki no nami ni wakaruru chidori kana

Un pluvier s’élève
des vagues
à l’aube

°
de RYUSAI,

mort le 11 novembre 1895, à 65 ans :

Karetogete michi no akaruki obana kana

Fragiles herbes de la pampa -
La route
est lumineuse.

°
de RYUSHI,

mort le 6 du 9° mois de1764, à 70 ans :

Mi wa hotoke ware to iu hi wa kurenikeri

L’Homme est Bouddha -
le jour et moi
nous assombrissons ensemble

°

Poèmes de mort japonais – Y. Hoffmann; Ed. Tuttle – O -

30 décembre 2009

°

de OKANO KIN’EMON KANEHIDE

(un des fameux 47 samouraï)
mort le 4 du 2° mois de 1703, à 24 ans :

Sono nioi / yuki no ashita no / noume kana

Sur les champs de neige
de la nuit dernière
le parfum des pruniers

°

d’ONITSURA

mort le 2° jour du 8° mois de 1738 à 78 ans :

Yume kaese karasu no samasu kiri no tsuki

Rends-moi mon rève, corbeau !
la lune à laquelle tu m’éveillas
est toute embrumée !

Commentaire (de Y. Hoffmann) : ” “kiri” (brume) est une image de l’automne, dans le haïku.. Quel était le rêve interrompu par le cri du corbeau ? Le poète eut-il la vision de la pleine lune flottant dans un ciel clair ? “

Note :
Uejima Onitsura (1661-1738) fut considéré par certains comme l’un des quatre plus grands haïjins. Ce fut également un théoricien hors pair, dans la droite ligne de Bashô.

À la question ” Qu’est-ce que le haïkaï ? ” Onitsura répondit :
” Dans le jardin, vois, près de nous, le camélia fleurit blanc. “

Il dit aussi : ” Il n’y a pas de haïkaï sans “makoto” (= vérité, sincérité, absence de “fausseté”, “Voie du Ciel”). Aspirer au “makoto” est la voie des Humains.”

Autres haïkaï d’Onitsura :

Bien que je dise :
” Venez ici, venez ici ! ” les lucioles
continuent de s’éloigner

S’élevant seul
contre le ciel d’automne
Le Mont Fuji

Rêves errants, hélas !
Sur les champs tout brûlés
les vents passent en murmurant

°

d’OTSUCHI

mort le 29 du 10° mois de 1872, à 64 ans :

Shiragiku ya hito no sakari mo hodo ga aru

O chrysanthème blanc,
l’homme lui aussi
a passé sa jeunesse!

Com. de Y.H. : ” Otsuchi mourut quand les fleurs de chrysanthème succombent au givre de la fin de l’automne. “

°

d’OTSUIN,

mort le 25 du 4° mois de 1807 :

Kusa no ne ni kakurete kikan kankodori

Caché dans des racines d’herbes
j’entends un coucou

Note de Y.H. : ” Otsuin mourut au début de juin, quand les coucous migrent de l’Asie du
> Sud vers le Japon, les voix desquels remplissent l’air et évoquent la nostalgie pour ceux
> qui les entendent (…)”

°

d’OZUI,

mort le 10 du 1° mois de 1783, à 52 ans :

Yo no hazuna hiekiru ware mo katachi nashi

Toujours lié au monde,
je me refroidis
et perds ma forme

Blyth HAIKU vol 1, sect 5, 3. La langue japonaise

30 décembre 2009

°
(p.317-20 :)

Le chinois, c’est-à-dire l’ancien chinois, était le langage idéal du Zen, clair et bref, vraiment monosyllabique (le chinois moderne est disyllabique), et pour l’exprimer d’une manière plutôt irlandaise, il est entièrement non-ambigu quand vous en connaissez le sens. Par exemple :

Entrant dans la forêt, il ne dérange pas un brin d’herbe ;
entrant dans l’eau, il ne cause aucune ride.

Ceci décrit l’activité sans ego du poète ou du sage dans son rapport à la nature. Il y a dix syllabes, dix mots en tout, trois fois moins que dans la traduction. Littéralement on a :

Entrer forêt herbe non bouger;
entrer eau non naître ride.

Un autre, également du Zenrinkushû :

Le prunier dépérissant (de vieillesse) contient moins de printemps;
mais le jardin est plus grand, et contient plus de lune.

Le génie du langage japonais (c’est-à-dire jusqu’à récemment) était assez différent de celui du chinois. Non seulement on n’en distinguait, jusqu’à un certain point, pas le sujet, le prédicat et l’objet, non seulement la ponctuation en était pratiquement absente, mais les bords des mots même sont flous. Nous pouvons comparer l’anglais, le chinois et le japonais dans les traductions de la bible. L’anglais et le chinois correspondent par leur précision et leur majesté; par comparaison le japonais semble faible et insignifiant. Mais en fait cette imprécision du japonais correspond à quelque chose dans la vie dont la pensée hébraïque, c’est à dire le langage hébreu, l’anglais et le chinois manquent. Dans la vie il n’y a pas de sujet et de prédicat, de cause et d’effet fixes; pas d’important et de non-important, que nous nous illusionnons à supposer, et qui est implicite dans ces langues. Les choses ne commencent pas avec une majuscule ni ne finissent avec un point; il y a simplement un devenir incessant. La langue anglaise ne reconnaît pas cela; d’où la difficulté majeure du traducteur.
Comme exemple de poésie japonaise en prose, prenons ceci, tiré des Collected Works of Kashino, de Nakajima Hirotari, décédé en 1864 :

Ici et là les feuilles des arbres sont profondément teintées de jaune et de cramoisi, les herbes de la pampa bougent comme si elles saluaient quelqu’un, avec de longues manches – dans tel chemin montagneux de beauté, du milieu s’estompant peu à peu de la fleur (“maiden-flower”) et de l’orchidée, les chrysanthèmes commençant à fleurir, leurs branches courbées par la rosée oscillant, et par-dessus tout nous touchant par leur grâce et leur charme.

Ceci est beaucoup plus vague, ombreux, et coulant loin du lecteur dans l’original que dans la traduction; c’est aussi plus difficile. La beauté du style de l’original a quelque chose de la poésie de Ruskin à son meilleur, quand il décrit la nature; par exemple dans Modern Painters, quand il parle du lever de soleil sur les Alpes, comment les brumes

” flottent dans des baies étales et des courants qui tournent autour des sommets isolés des collines les plus basses, encore non touchés par cette aube plus froide et calme qu’une mer sans vent sous la lune de minuit; regardent quand le premier rayon de soleil est envoyé sur les canaux argentés, comment l’écume de leur surface ondulante se sépare et disparaît, et en-dessous de leurs profondeurs gisent la cité brillante et les pâtures vertes, telle Atlante, entre les sillons blancs de rivières qui serpentent; les flocons de lumière tombant à chaque instant plus vite et plus larges parmi les spirales étoilées, tandis que les couronnées se rompent et disparaissent au-dessus et que les crêtes confuses et les bords des collines sombres raccourcissent leurs ombres grises sur la plaine. “

Le haïku est resté remarquablement libre en ce qui concerne le langage; des expressions colloquiales, dialectiques, littéraires ou chinoises ayant été employées szpuis les temps reculés, et de manière croissante. En voici quelques exemples :

beta beta to mono ni tsukitaru haru no yuki

elle colle comme du beurre
sur toutes choses,
cette neige de printemps

Issa.

La nature suintante de la neige de printemps ressort par l’expression colloquiale beta-beta.

kiri-no-ki ya tekipaki chitte tsun to tatsu

Le paulownia
rapidement dépouillé de ses feuilles
bien net

Issa.

tekipaki est une expression colloquiale qui exprime la rapidité de la chute des feuilles du paulownia; tsun to, souvent traduit par “net”suggère l’aspect particulièrement formel de l’arbre.

haru no kaze yanagi ga nakuba fuku maizo

Si les saules n’ont pas de feuilles,
ne soufflez pas,
vents du printemps !

Johaku.

nakuba est une forme littéraire de nakattara : ” S’il n’y avait pas “.

shôjô to ishi ni hi no iru kareno kana

Désolément
le soleil se couche dans les rochers
sur la lande desséchée

Buson.

shôjô, solitaire, seul, est un mot chinois composé souvent utilisé dans lesshi, les poèmes chinois.

4) Les onomatopées (p.321-8).

Mainichi Haiku Contest 2009 – résultats françois

27 décembre 2009

Bonjour !

°°°

Parmi les heureux gagnants du Concours International de haïkus Mainichi (Japon) 2009, nous trouvons, chez les Français, francophones et francophiles,

avec un Deuxième Prix :

Frédérique Chevarin, Isabelle Hémery et Cynthia Medina (France).

Avec une Mention Honorable :

Euridyce Reinert, Damien Gabriels, Dong Phong Nguyen, Hélène Duc, Patrick Faucher, Philippe Quinta, Gilles Brulet, Ali Azi, Paul de Maricourt, Sylvia Coelho da silva, Annick Baulard, Jean-François Chapelle, Daniel Py, Marc Bonetto, Patrick Somprou, Henri Lachèze (France);

Hélène Leclerc, Luce Pelletier, Richard Jodoin, Diane Descôteaux (Canada);

Constantin Frosin, Elena Pelletier Frosin, Maria Tirenescu, Dan Pomarjanschi (Roumanie);

Verica Zivcovic, Dragan J. Ristic (Serbie);

Elsie Suréna, Jean Frantz Philippe (Haïti);

Claude Sainnécharles (Rép. Dominicaine);

Hiroyuki Yamauchi (Japon).

Et enfin, dans la Catégorie Enfants, Deuxième Prix :

Thomas Toan Verlon (7 ans, France).

°°°

un waka anonyme du Manyôshû

18 décembre 2009

Sazare-nami
tagichite nagaru
tomase-gawa
yorube naki iso no
saki ga sabushisa

Rippling waves
Flow seething down the River Tomase;
Lonely is the shore
Which they approach.

Des vagues ondulantes
bouillonnent le long de la rivière Tomase;
Solitaire est la rive
dont elles approchent.

Anon.

(dans HAIKU de Blyth, p.289)

de Bashô

18 décembre 2009

Aki fukaki
tonari wa nani wo
suru hito zo

It is deep autumn :
My neighbour, -
How does he live ?

Automne profond -
Mon voisin,
comment vit-il ?

Bashô

(dans HAIKU de Blyth, p.288)