°°
trois heures du matin
la courte plainte réitérée
d’une (voix de) femme
-
depuis la nuit
où elle jouit
la fenêtre de l’appartement bat
°
a lone survivor
tonite
in my toilet bowl
un seul survivant
cette nuit
dans mes toilettes
°
lundi matin
de la rentrée –
elle astique
sa voiture
-
matin de brume
tant de toiles d’araignées
sur les bas-côtés !
-
assise sur le trottoir
elle mendie
en tricotant
°
musée d’Orsay –
le premier vendeur d’affiches du rang
pris et menotté
-
musée d’Orsay –
le premier vendeur d’affiches emmené
avec son carton à dessin
-
carton à dessin sous le bras,
le flic en tenue :
vendeur alpagué
°
transporté
par une belle musique,
lâcher le présent
-
tout fin croissant de lune
au bout de mon doigt
la lumière du jour
-
dimanche nuageux
l’écran de l’ordinateur
°
comme deux dents manquant
dans la bouche de Manhattan
-
de la tour en feu
des milliers de papiers volent
des corps s’écrasent
(cf : documentaire des frères Naudet)
-
en contrebas des tours
ses peintures
soufflées,
criblées de verre
-
fourmis multicolores
cherchant encore d’autres fourmis
un an plus tard
-
ratissant
systématiquement
le jardin de métal
-
contempler la lune -–
contempler l’espace
des tours manquantes
-
343 pompiers morts -
des haïkus 575
-
tels guêpes
au pied d’un mille-feuilles :
pompiers sur ground zero
-
humains disloqués
sculptures de Rodin en miettes
au pied des jumelles
-
°
brouillage télévisuel :
représentation de plus en plus virtuelle
du monde bidonné
-
sur le muret
une portion de frites -
le jour grandit
-
long train
de voitures neuves -
le soleil au bout des rails
-
before crossing me
she buttons her jacket –
rue de la Jonquière
avant que je la croise
elle boutonne sa veste –
rue de la Jonquière
-
apprenant du vin
la robe
la jambe
les larmes
-
slip fuchsia
Japonaise
train septembre
-
saules penchés
rivière ridée
parcours kayak
-
semant ces miettes
- pour quels oiseaux ?
-
ne pas oublier …
: se repasser une cassette
d’océan
d’oiseaux
-
les pentes noires
de ses monts jumeaux
… neiger
-
début mai
le nuage nucléaire dérive
à travers l’Europe
(Tchernobyl, 1986)
-
(” kyôku ” :)
” Donner à voir. ” (Éluard)
-
musique tibétaine -
au pied du podium
trois fillettes dansent
°
le vin du soir
par-dessus les vignes
de Champagne
-
feu du couchant
dans les arbres sages
- la fin de l’été
-
le feu des nuages
enflamme les arbres sombres
- couchant de septembre
-
l’incendie du ciel
au-dessus des vignobles de Champagne,
septembre
-
la colline brûle
les vins s’endorment
Champagne septembre
-
comme si j’avais bu
le vin du soir
dans les vignes de Champagne,
m’endors
-
tout d’un coup
le rouge du soir
mouché -
train noir
-
au lieu d’écrire
grosses bises,
écrivant
grosses bites
- oh !
°
quelques gouttes à la fenêtre
viennent arroser
les fleurs en plastique
-
gouttes de pluie
à la fenêtre
pour les fleurs en plastique
-
petites gouttes
à la fenêtre
les fleurs en plastique
°
nue
sous ses bottes
et sa fourrure
: matin dans Paris
(1970 ?)
-
ton soutien-colombes
pigeonnant…
-
petit à petit
le nid
fait l’oiseau
-
la pointe de tes seins
masse le creux de mes paumes
- quel meilleur chi-kong ?
-
libérées
tes deux tourterelles
s’envolent vers mes paumes…
-
la cuisinière
nous présente sa recette
: la manger des yeux !
-
le ventilateur
encore dans son bureau
à l’entrée de l’automne
-
sur la neige
les étoiles
de la voie
(cf Evelyne Voldeng, in Dire le Nord, p.108)
-
le rebord du toit
ourlé de lumière
- la mer lointaine
-
Il fraîchit -
livre écorné
dans le noir
-
le chat
détale du comptoir,
sac à poissons en bandoulière
-
tandis qu’elle regarde
dans la poubelle,
son chien pisse dessus
°
une mouche
m’accueille chez moi
fin septembre
-
dans l’appartement de septembre
une mouche
pour compagne
-
mouche de septembre,
passeras-tu octobre
avec moi ?
°
au faîte de l’île :
ailes renversées
-
(kyôku :)
haïku sans kigo (/5) = alexandrin ?
°°
d. (septembre 02)