Dans haikudevent@yahoogroupes.fr, “anna” a écrit :
>
>
dans le haïku l’essentiel n’est pas de doser les mots, mais de trouver les bons … en ça c’est tout le regard du haïjin qui est capital… c’est dans cet équilibre que se trouve la qualité et l’âme du haïku…
>
> pour décrire une chose et lui donner vie même dans son immobilité, il faut un certain nombres de mots… dans ses mots, le plus important, n’est pas la rhétorique mais la force des mots…et la capacité de les choisir simples et sans étalage… pour nous occidentaux , au verbe dense et riche, le plus difficile reste dans cette manœuvre littéraire qui consiste à simplifier la transcription… et pourtant c’est dans ce dépouillement que tout réside…c’est dans ce dépouillement que réside le regard nu …
>
> on met pas mal de temps à le comprendre (…) et pour beaucoup d’entre nous, cette notion ne franchit même pas le seuil de la pensée … c’est dommage parce que de cette impossibilité de voir l’évidence, beaucoup d’écrits ne resteront à jamais que des écrits …
> le DÉTACHEMENT DE SOI , est incontournable pour trouver les mots…
>
>
> anna
Archive de la catégorie «art poétique»
d’anna : l’essentiel du haïku – sur “haïku-de-vent”
6 novembre 2009Quelques jalons pour un haïku sec !
3 novembre 2009Dans le haïku, discerner les mots “pleins” des mots “creux”.
Les mots pleins sont ceux qui donnent du sens, le sens, qui sont “lourds de sens”, vivants.
Les mots creux sont ceux qui sont vides de sens, “morts”.
Éliminer les / Se passer des mots “creux”, au possible.
(28/10/09)
°
(de chez anna :)
des tuiles des toits
jusqu’à la mer
(1/11/09)
-
Le(s) blanc(s)
que je laisse
dans le haïku,
le lecteur
franchira
(ou pas.)
-
tendre au lecteur
du silence
du vide
…
-
mon haïku :
un bol
présenté
au lecteur
-
S’enfoncer dans le blanc du haïku
Le haïku
est une montagne
enneigée
-
Mettre
le plus de vide possible
dans mon haïku
-
“Oublier”
le plus de mots
possible
-
Vider mon haïku
au possible
-
Laver mon haïku
-
décolorer mon haïku
, le délaver
-
,
l’habit
cent fois porté
cent fois lavé
cf : “Chant de l’habit cent fois fois rapiécé” de Hyegûn, p.98 de Ivresse de brumes, griserie de nuages, NRF/Gallimard, Connaissance de l’Orient, 113, 2006.
°
Le haïku est la possibilité d’un bol
Le haïku est la possibilité de boire
°
- Ne manque-t-il pas quelque chose dans votre haïku ?
- Oui, il y manque ce que vous y mettrez
-
Le haïku est une salle de cinéma vide
-
Il s’agit moins de dire,
que de laisser le lecteur se placer
pour qu’il voie
_
Si tu lui mets trop de mots,
tu lui bouches la vue
-
Les mots
bouchent la vue
du haïku
-
((a)perce)voir)
le haïku
à travers
les mots
-
Les mots
voilent /
cachent /
burqachent ? /
obscurcissent
le haïku
-
les mots-nuages
dissipés,
la montagne-haïku
apparaît
-
Le lecteur
lance sa passerelle
pour franchir ton haïku
-
au lecteur
sa clé
du haïku
-
le haïku comme kôan ?
-
le lecteur trouve
(ou ne trouve pas)
sa solution au haïku
…
-
(le haïku n’est pas une femme facile.)
°
Laisser des blancs
dans le haïku
-
Le haïku est un mi-chemin
Le haïku est un demi-pas
°
Ne mets pas tes lunettes
sur le nez de ton lecteur
°
Crée du vide
dans ton haïku
-
Offre à ton lecteur
un saut
par le vide des mots
°
L’essentiel est de laisser le lecteur
compléter le haïku.
-
Le lecteur franchit la faille
que le haïjin a creusée
dans son haïku
-
Creuse
ton haïku,
Laisse
ton lecteur
creuser
-
Encreuse
-
Toussaint -
Creuse
ton
haïku
-
ensevelis tes mots morts
°
écourte
condense
:
haïku sec
°
d.(1-2/11/09)
” Touche pas à mon Bouddha ” – Haïku “zen”
26 octobre 2009Voici un extrait de l’article paru dans le recueil Le haïku en français éd. AFH nov 2004, sous le nom de “Touche pas à mon Bouddha”, p.26/8 :
°
… la lecture d’ouvrages sur le bouddhisme zen m’éclaire tout à fait sur la parenté qu’il y a entre bouddhisme et haïku. Il n’est nullement besoin ici d’une supposée “ illumination “ – de surcroît forcément réductrice – “du bouddhisme zen” pour en comprendre le sens.
Le célèbre haijin et critique américain H.F. “Tom” Noyes dans un essai tiré de Favorite Haiku vol 5, intitulé L’Esprit du Haïku, écrit : “ Bien que le haïku soit traditionnellement une simple expression de l’ordinaire, il a souvent une signification profonde, due à ses racines qui plongent dans les éléments les meilleurs et les plus subtils de l’héritage japonais. En lui fusionnent la compassion du bouddhisme indien, le désintéressement du taoïsme, l’humanité du conficianisme, les profondes inclinations vers la nature du shintoïsme, de la peinture et de la poésie chinoises, la délicatesse de sentiments de l’ancienne poésie amoureuse au Japon, et le sens du concret non intellectualisé du zen. “
J’illustrerai mon propos par quelques courts extraits de deux ouvrages de Maître Deshimaru intitulés Vrai zen , et za-zen . (Maître Deshimaru a largement répandu la pratique du boudhisme zen en France et en Europe à partir de 1967).
Je vois pourquoi le haïku favorise le réel et la nature quand je lis (page 120 de “vrai zen”) : “ nous devons revenir au réel, à la vérité, au naturel, redevenir intimes avec la nature.”
et plus loin : “ Toujours la nature est la grande instructrice; elle ouvre la possibilité de comprendre “. (p.226)
Je comprends bien pourquoi le haïku exalte la simplicité quand j’y lis (p. 49) : “ la vérité réside dans la simplicité.”
Je saisis mieux comment le haïku s’écrit au présent quand je lis (page 54) : “ Maître Dogen (…) nous convi(e) à la concentration sur le présent, l’instant, le seul réel existant. Si nous nous concentrons sans cesse sur l’instant présent, par la succession de ces instants, jusqu’à la mort, notre vie entière est concentrée et vécue. Si nous vivons par la pensée, soit dans le passé, soit dans le futur, nous ne pouvons point saisir le “ réel “ et notre vie n’est pas “ réellement “ vécue.
ou : “ créer, pratiquer, expérimenter ici et maintenant la vieille, l’éternelle vérité, dans toute sa fraîcheur, tel est l’esprit du zen”. (p.116 de za-zen)
et dans “vrai zen “, p. 54) : “ Concentrez vous sur le présent et renaissez à chaque instant.”
°°°
Ces attitudes ne me semblent pas étrangères à la quête de nombreux Occidentaux que le matérialisme exacerbé, les philosophies ou même les religions qu’ils pratiquent sont impuissants à satisfaire. Nombre de poètes présents dans l’Anthologie du Haïku en France, publiée en 2003, témoignent d’une démarche similaire, qu’elle soit spirituelle ou non.
°°°
À la question que je me pose :
Faut-il occidentaliser le haïku ?, ma réponse est résolument : NON.
À l’inverse de se diriger vers un “haïku” où l’on tente, ((si j’ai bien compris)), d’ injecter du sentiment, de la pensée, de la philosophie à l’occidentale – au risque de le galvauder, de le dénaturer (Une des préoccupations de Bashô n’était-elle pas que le haïku meure d’artificialité ?) et (Buson lui-même “ entend décrire l’essence des choses sans la moindre béquille philosophique “ (in : petite histoire du haïku de Corinne Atlan et Zéno Bianu dans Anthologie du poème court japonais Ed. poésie-Gallimard, p.209),
au lieu de faire et promouvoir – comme c’est souvent le cas en France, et en francophonie – l’un peu tout et n’importe-quoi en trois vers, il me semble primordial de préserver et consolider, par-delà les formes, l’esprit originel du haïku, en remontant sans cesse à ses sources
, primordial d’observer et de respecter, – comme dans d’autres pays (Japon, Etats-Unis, Angleterre entre autres) – les distinctions entre genres apparentés au haïku – je pense au senryû en premier lieu -
, ou bien alors (il faut) rebaptiser ces simili-haïkus qui en oublient l’esprit et en perdent la saveur.
°
Daniel Py, Paris, (c) 24 septembre 2004.
Haïku-faisant
20 octobre 2009°
Réduis ton haïku
à son strict minimum vital
-
gomme ses détails
forcément superflus
-
Simplifie ton haïku
à ses plus gros traits
-
donne à ton haïku
sa plus simple expression
-
Que ton haïku
soit pauvre
au possible
-
Déserte ton haïku
(ton lecteur y logera)
-
Ton haïku
est une chambre d’amis ;
tu la ranges / tu l’arranges
avant qu’ils n’arrivent
…
°
d.(20/10/09)
Litotes… L’art d’omettre… Flaubert / Stevenson
20 octobre 2009du livre de Simon Leys :
Le Bonheur des petits poissons
LdP n° 31288, 2008
(p.23/4. Flaubert, à propos de Madame Bovary, disait :)
” Il y a bien des détails que je n’écris pas. Ainsi pour moi, M. Homais est
légèrement marqué de petite vérole. Dans le passage que j’écris immédiatement,
je vois tout un mobilier (y compris des taches sur les meubles) dont il ne sera
pas dit un mot…”
” Il ne suffit pas (poursuit S. Leys) à l’artiste d’avoir la vision de son
sujet. Pour restituer cette vision dans toute son intensité, il doit la suggérer
par la litote (” Il y a bien des détails que je n’écris pas “).
et Robert Louis Stevenson :
” Ah, mon Dieu ! il n’y a qu’un seul art : l’art d’omettre ! Oh, si seulement
j’avais le talent de couper, je n’ambitionnerais nul autre don. Un écrivain qui
saurait comment couper, pourrait transformer n’importe quelle gazette
quotidienne en une épopée homérique. “
Cette puissance expressive des ” blancs ” du récit est d’ailleurs confirmée
par les initiatives de la censure : c’est quand Madame Bovary disparaît pour
quelques heures avec son amant dans un fiacre dont on ne voit plus que les
stores hermétiquement clos, que les censeurs ont vraiment commencé à s’affoler
(…) Nul écrivain ne dispose d’une puissance verbale qui pourrait rivaliser avec
l’imagination de ses lecteurs ; aussi tout son art est-il de jouer sur ce
clavier-là. “
Haïku (2) : Un certain regard, par anna
17 octobre 2009Extrait du même message 2103 d’anna, sur “haiku-de-vent” :
…
un certain
regard…il y manque cet état d’esprit qui nous échappe encore bien trop
souvent, parce que nous ramenons trop les choses à nous … cet égo ronge notre
libre pensée … il est avant tout nécessaire de se détacher de lui, pour voir
ce qu’on ne voit pas …c’est à ce moment là précisément que l’écrit devient
excellent … Nous n’y arrivons, que très rarement, voire peut-être
jamais, parce que nous avons du mal avec ce relâchement propre aux Orientaux, et
ce n’est pas très grave, mais la recherche dans cette direction est
indispensable pour l’amélioration de nos écrits…
c’est pour cela que le haïku, ne peut appartenir qu’au Japon et que, si nous en
écrivons dans notre langue, nous pouvons le faire sans souci de rythme et autres
décors sémantiques… nous pouvons le faire uniquement en cherchant cet état
d’esprit détaché… c’est la seule chose qui apprend à voir et à dire
l’ordinaire…
le haïku est avant tout une histoire d’esprit… et de détachement… c’est un
trait de pinceau longuement médité sans jamais y penser
(…)
anna
:
(Je me permets de citer ces extraits d’anna
qui me semblent très dignes d’être lus et entendus.
merci à elle ici !)
daniel
Haïku et rythmes par anna
17 octobre 2009Extrait du message d’anna N° 2103
sur la liste haiku-de-vent (au 13 octobre 2009) :
lorsqu’on apprend le japonais, on se rend très vite compte de l’absurdité des
rythmes imposés pour structurer une langue chargée comme la nôtre… leur
construction de phrases n’a strictement rien à voir avec la nôtre …
lorsqu’on écrit des haïkus et qu’on se concentre sur le rythme on perd avant
tout la notion de relâchement qui nous permet d’atteindre la cible sans la
voir… c’est un peu comme si on cherchait le centre de la cible là où elle n’est pas
le haïku est une discipline japonaise … on se laisse séduire et on apprend pas
à pas, année après année à perfectionner cet art… c’est dans cet état d’esprit
uniquement qu’on écrit des haïkus, même débutant… tout le reste n’est que poèmes courts.
ceci est mon point de vue… beaucoup de personnes ne le voient pas ainsi…
mais tout se discute et se partage n’est ce pas ??? parce que rien ne nous
appartient…
(…)
la lumière n’a que les limites qu’on lui met…
anna
vers le moins
16 octobre 2009°
(dans ton haïku :)
Pas un mot de trop !
rien d’inutile !
°
d.(15/10/09)
Oser réduire le haïku / Vers le moins
15 octobre 2009°
Réduire un haïku
à son strict minimum vital
c’est comme
effeuiller * une fleur
pour un vase
* effeuiller = ôter des feuilles.
-
dans le sens
de plus de sens :
moins de mots
:
moins de mots
donnent
plus de sens **
** / de directions
-
moins de mots
peuvent emprunter
plus de directions
-
S’abstraire / s’abstenir de(s) verbes
(qui trop orientent).
-
Abrège le haïku,
il s’élargit.
-
Respire.
°
d.(15/10/09)
Immortal myrtles / myrtes immortels / kyôku
13 octobre 2009L’imprévu,
le frappant,
immortelles myrtilles !
d.(13/10/9)