Haïkus, etc. de Py – avril 2010

°°°

pour sortir son chapeau
il choisit les jours sans vent

-

(Il n’avait qu’une angoisse :
que son chapeau s’envolât.)

°

Pour qu’il y ait haïku, il faut qu’il y ait déclic :

1°) « L’instant-haïku »

(S’il n’y avait qu’un critère, ce serait celui-ci.)

Le haïku n’est pas une pensée linéaire. Il y a souvent une rupture dans le haïku, une surprise, une confrontation (de deux éléments, souvent)

Et un sens – très fort – du présent.
L’espace-temps y est souvent très réduit. Il est étincelle, étoile filante presque aussitôt filée.

Il est court. Il va à l’essentiel. Pas de mot(s) inutile(s). Pas de fioriture. Pratiquement pas de verbe(s) conjugué(s), d’adverbes, d’adjectifs (peu)… de conjonctions, de pronoms relatifs voire personnels… c’est une grammaire dépouillée au possible. Pas de discursif…
Le moins possible de comparaison, de métaphore.

De la sensation à l’état brut – ou presque.

Du concret, du très concret.

C’est (au mieux) un instantané – ou une prise de conscience soudaine.
L’incongru n’y est pas étranger, le surprenant, le frappant, (…)

-

ton toi
dans tes pieds
quand tu recules

-

la pluie s’arrête à l’aube
des pigeons lentement commencent à arpenter
le toit

-

avec son épée
dans le ciel incertain
- matin de Pâques

-

posture de l’arbre °
au milieu de mille oiseaux

° posture (statique) de QiGong

-

quel fouillis d’oiseaux piailleurs !
- premier dimanche d’avril

-

surpris
par une feuille rouge
sur le trottoir gris
(de gris avril)

-

(méprise :)

« un bracelet électronique
pour Marie Violant »
(France-Culture, 4/4/10)

-

un porte-manteau
canard
sur le trottoir

-

(joeufs de mots ?)

né aux œufs
(nauséeux)
: Pâques

-

la roue avant du vélo crevée
: galère pour l’école

-

s’épanouissent
piaillements d’oiseaux
- et bourgeons

-

alignés en terrasse
: une brochette
- début d’avril

-

(tanku :)

Faisant mon pain
Pensant à toi
au Burundi

-

mardi de Pâques
un pigeon posé
sur le trottoir

-

sur un panneau
dans le métro :
« voter
rend
con »

-

sobre
il passa
rue Bouret °

° 75019.

-

« Noces de sang »
un pigeon
macadam

-

quinze jours de vacance(s) heureux
(la mort n’est jamais loin,
tapie sous le buisson d’un mot)

°

(kyôbun au cygne noir :)

Au lecteur (du haïku) de recomposer (à sa manière) la scène
dont l’auteur (ne) donne (que) quelques éléments.

d’un côté
le sac plastique blanc
de l’autre
le cygne noir

°

héron gris
sur la pièce d’eau
qigong au parc

-

au centre du cercle de QiGong
tombe
une feuille de printemps

-

loin, loin,
au-delà des grues, des antennes,
et ramener au centre

-

deux garnements
le héron s’envole

-

un confetti encore
hors de mon sac
- déjà lointain le début de l’an !

-

les fous du roi
au silence ?
Sarkorizyble

-

je me gratte les cheveux
un pigeon s’envole

-

autarcissique

-

anguille sous proche

-

candide =
blanc comme un singe
sous la neige ?

-

dans la cuisine
la pomme
(attend
…la dent…)

-

samare
prend le train avec moi
(sur mon sac)

/

une samare
par le train

-

ses yeux éclairés
par son portable
- voile intégral

(Vitry s/Seine)

-

partout où elle va
elle emporte son chat
(…)

-

les tambours silencieux :
laverie
du vendredi soir

-

cela fait bien des lunes !
et toujours les cerisiers fleurissent…

(= contre ceux qu’agite la pensée de devoir en finir avec les thèmes anciens ( – éléments constants ! – ) dans le haïku, dans la poésie…)

-

replanté
où le voulait ma sœur :
le chat visqueux

-

(paradoxe :)

(Nous sommes) limités
cependant
sans limite

car où
le carcan
du corps

l’imagination
déborde

-

la ceinture
scinde la poitrine
de la conductrice

-

en rentrant
m’accueille
l’odeur du pain

-

une porte
en grinçant
siffla le début du concerto pour violon de Mendelssohn

-

la déco
d’une samare
sur sa veste

/

une samare
au revers
de sa veste

-

liberté
l’absolue

ou
rien

-

cette parisienne entrevue aujourd’hui :
l’ampleur, la totale liberté de son corps…
de son cœur, de son esprit ?

-

un pigeon
à deux pattes
sur sa baguette viennoise

-

« Sarkozy au plus bas »
- va crasher
son karcher ?

-

(le) silence infini
du soir qui tombe
sur mon chapeau

-

un fil à l’oreille
: musique partagée

-

en cuisses
sur son scooter
- avril parisien

-

le tissu s’écarte :
cuisse

(rue de la Jonquière, 14/4)

-

violettes ses cuisses
sur son vélo
louée

-

Dans la mer
elle s’élance
Nous la suivons des seins

(7/09)

-

trop de mots
chassent l’esprit

-

amenuisier

-

Gorge Saint-Lazare …

-

savon de Marseille
au cou, aux manches
avant la lessive :
grand-mère

-

confetti la fête
tout autour de l’école

-

tout arrive
la mort arrive
reste tranquille

-

Lâchez les mots !
(Lâchez les chiens !)
Laissez-les s’échapper !

-

(kyôbun aux doigts / « Cœur d’instant » )

Pour aller au cœur de l’instant :
les mots courts
- l’émotion grande !

Ce ne sont justement pas les mots qui comptent
mais le sens qu’ils pointent !
Le mot n’est qu’un doigt vers une lune !

« Si c’est l’instrument qui joue,
Pourquoi ne joue-t-il pas dans son étui ?
Si la musique sort des doigts du musicien,
Pourquoi n’écoutes-tu pas les doigts ? »

Su Dongpo.

-

« cette fonction opacifiante de l’esprit »
D. Odier, in Chan & Zen, Pocket n° 13856, , 2006, p.125

Les mots opaques

Effacer. Ces mots opaques
qui obscurcissent le sens,
opacifient le réel -

Ne pas s’y fier !

°

les vaches broutent
le milieu de l’après-midi
les tgv au loin

-

premières hirondelles
rue Principale
pas un magasin

(Mondrecourt, D.126)

-

une boîte jaune de La Poste
quelques pissenlits à son pied

-

le paysan
arrête son tracteur
pour faire un brin de causette

il espère avoir fini de traire
à l’heure du dernier tgv
(22h30)

-

marché trois heures (et plus)
(dans la Meuse)
- et pas un point de bière !

-

sur le bus-navette tgv
« Le plaisir de bouger en Meuse »

-

les roses artificielles,
les gouttes de rosée
artificielles
- intérieur (bourgeois)

-

traces de pisse
descendant les pentes
du trottoir

(matin d’avril / ensoleillé)

-

un petit moineau
dans le sable s’ébroue
après-midi d’avril

-

soleil du soir
citron
sur les poissons

-

un gros nounours
à la rue
ce matin de bonne heure

-

rouge
d’avoir couru
elle descend à Blanche

-

le bleu nuit gravement à la santé ?

-

au supermarché
grimbergen
et
gingembre

-

les oiseaux du printemps
babillent gazouillent –
le bleu encore profond

-

crépuscule
la Loire
entièrement rouge

-

le soleil se couche
sur le champ de colza
une biche

-

champ de colza
pleine lune

-

(kyôka court :)

Chaque matin,
polir la vitre du poème

… que les mots transparaissent

-

effacer la distance
des mots
au réel

-

dans un jardin
du parc du château :
« nombril de bonne sœur »

-

le haïjin
se méfie des mots

-

sur son gros bidon
son livre posé

-

sous l’arbre aux fleurs roses
(qu’il perd),
canards, pie, pigeons –
l’odeur de l’eau

-

devant les fleurs roses
dérivant sur l’eau,
un canard, posé

-

n’a pas voulu que je le photographie,
le pigeon sur l’arbre aux fleurs roses

/

sur une branche
de l’arbre aux fleurs roses
un pigeon

-

un coup de vent
les fleurs (se) lâchent
(de) l’arbre rose

-

cris d’amour
en tous sens, parades :
fin avril au parc

-

un calendrier
pour l’anniversaire de mère
- 90 ans

-

un narguilé
à la poubelle
- petit matin

-

tout élément qui surprend
peut être haïku

-

le vent secoue
l’odeur des lilas
- le parc en ville

-

elle écrit
jambes croisées
des mots croisés

-

au milieu des marguerites
le cygne blanc

-

une feuille
devant moi
tourne

- quelle séduction ?

-

les mots s’en viennent
les pétales tombent

le cygne (et moi ,)
posé(s)

-

la bouilloire
joue un air folklorique
(derniers jours d’avril)

-

les racines de l’art :
si l’on ignore les racines,
on ignore l’art
( : ainsi du haïku !)

-

pleine nuit
le trot du réveil

-

je travaille de la langue

travailler
trouvailler…

-

son message :
seul le chant
de la mésange huppée

-

ouvrir l’appétit,
ouvrir la narine,
ouvrir l’esprit (par la raréfaction des mots),
voilà ce à quoi devrait (/ pourrait) tendre
le haïku

-

chant diphonique
de plus en plus proche :
la bouilloire

°°°

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